Un livre au nom de l’auteur de ce blog…

Mis en avant

couverture - derrière l'envers du décor

Sort en Février 2019, Aux Editions Cactus Inébranlable : http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/pages/acheter-nos-livres/catalogue/derriere-l-envers-du-decor.html

Illustré par Gwen Guégan : https://www.gwenguegan.com/

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L’agenda des mots : « JE VOUS REGARDE » – Tracés des lettres belges [04 Décembre 2018 – 03 mars 2019 au Bozar/Bruxelles]

Mis en avant

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Croiser Verhaeren, Dotremont, Plisnier ou Michaux, Nougé ou Crommelynck au hasard d’une flânerie autour de la salle Henry Le Boeuf, à travers des reproductions de manuscrits, des photographies, des poèmes, des affiches de théâtre, et même quelques bustes.

Plus d’infos : https://www.bozar.be/fr/activities/148805-je-vous-regarde

Eric Fourez – Conversation avec Baudouin Oosterlynck (Extraits) [2013]

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Eric Fourez [Le même, infiniment]

 

(Baudouin Oosterlynck) Voila donc un peintre – c’est ce que tout le monde pense – qui se dit photographe parce que cinéaste ruiné et qui fut d’abord un comédien jouant Prévert et Becket dans les années soixante. Sans compter qu’il était d’abord électronicien pour gagner sa vie!
Puis aussi un des acteurs principaux de la vie culturelle à Tournai!
Moi non plus, je n’ai pas de problème de vivre avec tout ça! Chaque rencontre et chacune de nos expériences aussi diverses soient-elles nourrissent l’oeuvre et surtout la lisibilité de l’oeuvre. Mais la peinture tout de même… quand commences-tu à peindre en plus d’être photographe? J’avais vu dans l’atelier des peintures anciennes qui te rattacheraient bien un peu aux photos réalistes des années soixante? Lire la suite

À propos de…(17) Jean-Luc Godard ( Par François Musy)

Film Director, Critic Jean-Luc Godard 1930 -Jean-Luc Godard en 1960. © Keyston Pictures USA / Zumapress / MaxPPP

 

Un jour, il a fait une très jolie blague sur le tournage de Je vous salue, Marie à Genève. Il est arrivé avec un magnifique manteau en cachemire, un cigare, et a dit : « Vous voyez, ceci est un stylo pour écrire. Sur ce film, personne n’écrit sauf moi. Personne ne se jette à l’eau sauf moi. » Et il s’est jeté dans le port tout habillé, en plein hiver! Et en sortant, il a dit : « Bon, maintenant je suis mouillé, je rentre à la maison. De toute façon je n’ai pas d’idée pour aujourd’hui. »

©Extrait tiré de l’article « Qu’est-ce que tu veux entendre? » entretien avec François Musy [Cahier du Cinéma / Ecouter le cinéma / Novembre 2018]

Jean Cocteau – Montmartre (1935)

jean cocteauJean Cocteau [La folie de Montmartre]

 

Tragiquement accoudé sur son genoux droit; le pied verni posé sur le dôme du Sacré-Cœur, le visage masqué d’un loup noir, en frac, tube et cape romanesque, Fantômas promène sur Paris le regard de Rastignac et se propose d’en presser l’or comme le jus d’une orange. Il est difficile, en 1935, d’imaginer un vampire de cette sorte et de se représenter un jeune dandy montant les marches de la Butte à seule fin de menacer la capitale et de lui crier : « A nous deux! » Lire la suite

Dans la maison, Place à l’homme… un avis de 1957

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On dit que, dans la vie d’intérieur, l’homme est dépourvu de sens pratique… Telle est du moins l’opinion de la majorité des femmes, qui sont, elles, les grandes organisatrices de l’appartement d’aujourd’hui et dont le rôle est d’imposer un ordre : leur ordre. C’est pour elles que l’architecte groupe les pièces, élimine les espaces inutiles; pour elles que se développe une technique qui a la prétention de devenir un art – art ménager. C’est pour leur éviter des gestes et des pas que l’appartement se simplifie, se plastifie.

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Camille Goemans : Réflexions

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Grand comme une image.

L’on ne joue qu’avec le feu.

Tirez toujours, il en mourra l’un ou l’autre.

Tel qui n’est pas impuissant, ne cesse de se défendre. Il use tous les coups, mais ce sont les siens.

Qui veut trop est plus riche qu’on ne pense. Lire la suite

Colette – Pour un herbier (Extraits) [1948]

47110621_2304633743090752_5926004800515735552_o(collage « Automne de la vue ! »  ©Robert Varlez)

 

Monologue du gardénia

Six heures… Du moins c’est ce qu’affirme le tabac blanc. Mais le tabac blanc est sujet à erreur. Il sera six heures quand j’aurai décrété qu’il est six heures. Alors seulement, la terrasse, le jardin, et l’univers entier suffoqueront de mon parfum.

Si heures, à peine… Je ne fais que m’éveiller, et j’ai le réveil lent. Je tarde à proclamer la certitude, la lucidité qui assurent mon règne, de la nuit close au petit matin , noir, à peine blessé sur l’Est d’une plaie brune et pourprée.

Le jour qui s’achève fut long. Tout le temps qu’il dura j’ai retenu mon haleine, le souffle qui m’environne au crépuscule et fait trébucher dans leur premier vol les papillons de la nuit. Je dormais. Je dormais, dans mes pétales pulpeux, lâchement noués, juste assez désordonnés pour qu’on ne me confonde pas avec la fade régularité du camélia. Je dors, en plein jour, comme dort ce qui est blanc et riche d’un secret d’odeur. Pour nous autres floraisons blanches, chargées de troubler la créature humaine, le milieu du jour est une traîtrise dont nous ne nous lassons pas. C’est alors que l’ingénue, l’ignorant, l’amante distraite cassent de l’ongle une de nos tiges qui porte fleur et l’épinglent, toute froide et sans plus d’expression qu’une renoncule, entre leurs tresses, à leur ceinture. Là, je dors inodore. Mais à l’heure dite, « six heures ! », j’exhale mon fiévreux et muet discours. Une fleur d’oranger imaginaire, un mousseron crû en une heure, s’unissent en moi, dirait-on, pour la perdition des âmes et des corps. L’ingénue se change en chèvre, l’amante distraite s’échauffe et s’enfuit – mais point seule ! – l’ignorant se jette vers une science que je lui enseigne, et la ronde terre compte une nuit folle de plus.

Il est six heures. Le blanc verdissant de mes pétales tolère encore, dans un reste de clarté, qu’auprès de lui se devinent le tabac blanc, le terne pittosporum et l’oléafragrans, le bouvardia délicieux mais qui retarde, les œufs démesurés et vulnérables du magnolia – ce n’est certes pas sa chair que Swimburne renomme « plus belle pour une tache » ! – la pluie légère du catalpa, le lys des sables qui boit, faute de mieux, l’eau marine, et le jasmin presque aussi lumineux que l’étoile. J’accepte tous ces humbles détenteurs de baumes nocturne, sûr que je suis de n’avoir pas de rivaux, hormis, je l’avoue, une rivale… devant qui je fais parfois pis que d’avouer, j’abdique. Certaines nuits méridionales sont prometteuses de pluie, certains après-midi grondants de foudre nonchalante, alors ma rivale ineffable n’a qu’à paraître, et tout gardénia que je suis-je faiblis, je me prosterne devant la tubéreuse.

Elle ne m’en a pas de gratitude. Sa fraîcheur, qui est celle d’un jeune bout de sein, dure plus que la mienne. Elle en abuse pour insinuer que je vieillis mal, et que dès le troisième jour de mon épanouissement, j’ai l’air d’un gant de bal tombé dans le ruisseau. Lire la suite

Arsène Soreil -Superstitions et faux scrupules [1946]

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La perfection se compose
de minuties. le ridicule n’est pas de
les employer, mais de les mettre
hors de leur place.
JOUBERT

 

Un mot sur l’orthographe. – On confond trop communément, dans la pratique du style, une heureuse diligence avec certaines superstitions. Toute prescription positive, toute interdiction sans nuance, est pain bénit pour la paresse et la médiocrité d’esprit. Recourir au dictionnaire, observer la lettre des grammaires, est moins fatigant que de mériter, par un effort personnel, une vérité plus subtile. Et s’il est vrai que l’art est long, comme dit le latin, la recette, en revanche, est courte, c’est-à-dire vite apprise, et elle ne mène pas loin. Elle laisse l’écrivain à lui-même, à son instinct, à son goût, à sa chance, précisément là où les choses deviennent délicates à trancher.

Le prestige excessif de l’orthographe – pour le dire en passant – , tient en partie au fait qu’elle est un savoir tout en formules, un savoir court, encore que tatillon, et même chinois, singulièrement l’orthographe française. On peut devenir fort en orthographe sans pénétrer bien avant dans les raisons de l’art d’écrire. Or, c’est un fait, quelque menue faute d’orthographe déshonore plus sûrement, aux yeux des gens, qu’une ponctuation inconséquente et une distribution extravagante des aliénas. C’est que l’orthographe est un savoir qui se décide sur-le-champ, sans contention d’esprit ni mystère d’aucune sorte : il n’est que d’ouvrir le petit Larousse. Le prestige du zéro faute n’est sans doute pas près de fléchir. Lire la suite

Ivar Ch’vavar – La lune [2008]

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La lune

Pour Claire Ceira.

La lune est bleue comme une flamme.
La lune déploie une ombre énorme, longue et tirée comme une épée.
Tourne la lune: cou flexible et musclé, oh! l’os de la mâchoire est trop beau!
La lune est une perle qui regarde une perle qui regarde la lune.
La lune nous suit par la lunette arrière.
Des fiacres se rangent dans la lune, qui est une rue du XIXe siècle dans une nuit sans lune. Lire la suite

Werner Lambersy – À l’ombre du bonsaï (Extraits) [2013]

franquin©Franquin / Idées Noires

 

« La poésie ne
Dit rien la musique non plus mais beaucoup mieux »

« Un ami
Vient dans mon silence nous guettons les nuages »

« Vérité
De chrysanthème on marche sur des couches de morts » Lire la suite

Albert D. Lucky – Terrain vague (Extraits) [1957]

albert lucky terrain vague (recueil de poésie)(Illustration tirée du livre)

Rue pauvres
quartiers morts

les souvenirs
tas de pierres en pleurs
ne parleront qu’en évoquant
une pluie fine de pensées tristes
qui piquent le cœur d’une raison

Il n’y a ni grand ni beau ni laid
l’infini est indifférent
l’indifférence est infinie

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Henri Focillon – Eloge de la main (Extraits) [1934]

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Elles ne sont pas un couple de jumeaux passivement identiques. Elles ne se distinguent pas non plus l’une de l’autre comme la cadette et l’aînée, ou comme deux filles aux dons inégaux, l’une rompue à toutes les adresses, l’autre, serve engourdie dans la monotone pratique des gros travaux. Je ne crois pas absolument à l’éminente dignité de la droite. Si la gauche lui manque, elle entre dans une solitude difficile et presque stérile. La gauche, cette main qui désigne injustement le mauvais côté de la vie, la portion sinistre de l’espace, celle où il ne faut pas rencontrer le mort, l’ennemi ou l’oiseau, elle est capable de s’entraîner à remplir tous les devoirs de l’autre. Construire comme l’autre, elle a les mêmes aptitudes, auxquelles elle renonce pour l’aider. Serre-t-elle moins vigoureusement le tronc de l’arbre, le manche de la hache? Étreint-elle avec moins de force le corps de l’adversaire? A-t-elle moins de poids quand elle frappe? Sur le violon n’est-ce pas elle qui fait les notes, en attaquant directement les cordes, tandis que, par l’intermédiaire de l’archet, la droite ne fait que propager la mélodie? C’est un bonheur que nous n’ayons pas deux mains droites. Comment se répartirait la diversité des tâches? Ce qu’il y a de « gauche » dans la main gauche est assurément nécessaire à une civilisation supérieure; elle nous relie au passé vénérable de l’homme, alors qu’il n’était pas trop habile, encore loin de pouvoir faire, selon le dicton populaire, « tout ce qu’il veut de ses dix doigts ». S’il en était autrement, nous serions submergés par un affreux excès de virtuosité. Nous aurions sans doute poussé à ses limites extrêmes l’art  des jongleurs – et probablement rien de plus.

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Dany Laferrière – Le cri des oiseaux fous (Extraits) [2015]

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Photographie : ©Gregory Buchakjian, Hôtel Beau Rivage, 2014, série « Habitats abandonnés de Beyrouth. »

Un morne dimanche soir de juin, la voix de mon père perdit complètement son pouvoir de séduction. Malgré ses efforts désespérés, sa nouvelle voix,  agrémentée de tant d’accents, n’arrivait plus à toucher ma mère. Même en parlant créole, mon père ne parvenait pas à se délester de cet étrange accent qui est le résultat d’une accumulation d’accents différents. Sans le savoir, il avait attrapé un accent mortel, comme d’autres attrapent une maladie infectieuse. Ce fut la fin. Mon père était devenu un étranger pour ma mère. Sa voix  n’opérait plus. Elle ne le reconnaissait plus. Ce son ne pouvait sortir  que d’un corps inconnu de ma mère. Elle ne reconnaissait plus son tambour venu du fond du corps. Le son du corps de mon père lui était devenu étranger, pour ne pas dire hostile.

– Non, il avait mis une de mes robes avant de filer par la fenêtre. L’officier, en entrant, a senti qu’il s’était passé quelque chose. Les gendarmes ont fouillé la maison de fond en comble. Ils n’ont rien trouvé. Finalement, au moment de partir, l’officier s’est rapproché de toi. J’ai eu un moment de panique. Il t’a demandé où était ton père, j’ai failli m’évanouir. On voyait bien que tu réfléchissais à sa question. Moi, , j’étais sur des charbons ardents, mai je ne pouvais rien dire ni rien faire. Finalement tu as dit : « Papa, il reviendra hier. »

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