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Un « peu de chose » sur l’auteur de ce blog.

« JOACHIM ou JOAQUIM

« Joachim s’installe facilement. Il est posé. Joaquim n’est pas homme à s’inquiéter. Même si. Il y a quelque chose, des nœuds peut-être, qui s’est dénoué, et dans le ventre c’est comme un lac de montagne. Finies les vagues fracassantes et les bords de falaise. Joaquim marche doucement sur des chemins de terre, ou de cailloux, entre les arbres, il aime ça l’ombre des feuilles, l’odeur d’humus, les bruissements et les chants d’oiseaux, c’est presque le silence. C’est un homme de silence, même si. Il y a des mots à dire, des mots à écrire, oui oui, à écrire, il y pense parfois, pensée distraite, et attachante. Joaquim respire. Une chose à la fois. Pas de pression, c’est bon, pas de pression. Quelque part, un après-midi d’automne, sous un hêtre, un rayon de soleil, un souffle de vent, s’est là sa place. » – Fidéline Dujeu – [5 mai 2018 – Charleroi – « Chez Raoul »]

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Michel Garneau – Les petits chevals amoureux (extraits) [1977]

Charlotte Rudolph Mary Wigman Dance Group circa 1920′s.
Photographe : Charlotte Rudolph « Mary Wigman Dance Group »  (circa 1920)

tout le soleil couché dans nos épaules
les pluies géantes les matins pulpeux
notre haut chant de loup à la lune dans l’ombre

les nuages de nuit sentant la ciboulette
l’océan des sources et le ciel et toute l’eau
qui nous berçe dans l’herbe gracieuse

et les saisons mes quatr’imcomparables
et tout ce qui se mange et nous mange et le feu
les animaux le vent d’automne et les amis

ne sont rien ne sont rien ne sont rien
à côté de l’incandescence des amours
qui nous mènent qui nous mènent
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Emma Santos – La malcastrée (Extraits) [1973]

emelyne duval 2

Réédition 2021, en format poche : https://www.desfemmes.fr/litterature/la-malcastree/

L’important c’était d’attendre l’avion pour le pays de nulle part, l’important c’était d’être là et de simuler. On avait assez d’imagination. On faisait le tour de notre tête à la place du tour de la terre.
Il y avait des chiffres aussi, des tas de pendules. On ne savait pas lire l’heure. Ils ne nous avaient pas appris, un oubli. On ne voulait pas de leur convention. On préférait regarder le ciel, le soleil, la lune. Pour nous, il y avait le jour et la nuit, le jour pour dormir ou se promener la nuit pour cambrioler les banques et les marchands de jouets. On était des hors-la-loi hors du temps.
Les autres, ils ont jugé, classé les mots et les couleurs. Ils leur ont donné un contenu, un sens, une forme. Tout était devenu fade. On ne voulais pas. Ils ont décidé à la hâte, sans réfléchir. Si jours plus un pour faire le monde, c’est un peu rapide… Nous on avait toute la vie pour faire la vie.

Si tu t’arrêtes d’écrire tu sais que tu es seule. Pour le moment tu planes. Surtout surtout il faut écrire vite sans s’entendre, il faut se saouler de mots. Si tu t’écoutes tu trouves tout idiot. Il ne faut pas, il faut parler pour parler. Ne parle jamais pour dire quelque chose. Évite la sincérité, fuis-la même, personne ne t’écouterait. Les mots, les vrais mots sont muets. Écris avec du vent, écris, écris vite. Des frissons des aperçus n’importe comment. Écris n’importe quoi, sans regarder, sans t’en rendre compte. Écris des dedans. Écris les yeux fermés.

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Sholem Aleykhem – Etoiles Vagabondes (extraits) [Le Tripode // 2020 – pour la traduction française]

Les Juifs s’en reviennent donc du théâtre. Du théâtre yiddish. Et quand les Juifs s’en reviennent du théâtre, cela n’a rien à voir avec des goyim. Ça parle, ça crie, ça gesticule. Chacun raconte à son voisin ce qu’il a vu et entendu au théâtre et chacun est persuadé que c’est lui seul qui a vu ce qu’il y avait à voir et entendu ce qu’il y avait à entendre. On reprend les chansons du spectacle, et la jeunesse parle plus fort que tout le monde. Les enfants courent devant. Holenechti se réveille. La nuit est troublée, la belle nuit d’été tranquille, tiède et lumineuse. Mais pas pour longtemps. Les gens arrivent chez eux, récitent la prière du soir, éteignent les lumières et vont se couche. Bonne nuit !

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Thibault Bérard – Il est juste que les forts soient frappés (extraits) [Les Editions de l’Observatoire // 2020]

Lorsqu’il est sorti de moi, rouge et fripé, petit singe vagissant, j’ai eu comme un cri de bête blessée pour l’attraper et le prendre contre moi dans un geste trop brutal – je n’avais pas la douceur des mères de carrière, celles qui préparent un sac à langer comme on fait ses lacets. Dans ma besace, j’avais des souvenirs de pare-chocs près des genoux, une rudesse naturelle et plein de rouages mal réglés dans la tête ; mais Simon saurait m’aider, je le savais. Et au besoin, j’avais un Théo solaire pour compenser mes errements lunatiques.

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Quatre poètes italiens (bilingue)

DINO CAMPANA (1885-1932)

La petite promenade du poète (titre en français sur l’original.)

Me ne vado per le strade
strette oscure e misteiose;
vedo dietro le vetrate
affacciarsi Gemme e Rose.
Dalle scale misteriose
c’è chi scende brancolando;
dietro i vetri rilucenti
stan le ciane commentando.

La stradina è solitaria;
non c’è un cane; qualche stella
nella notte sopra i tetti,
e la notte mi par bella.
E cammino poveretto
nella notte fantasiosa,
pur mi sento nella bocca
la saliva disgustaosa.
Via dal tanfo e per le strade
e cammina e via cammina;
già le case son più rade.
Trovo l’erba : mi ci stendo
a conciarmi come un cane.
Da lontano un ubriaco
canta amore alle persiane.

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Langages (1)… Le chinois.

Langage des Images (Armand Gatti // 1956)

M. Li ou M. Chou, lecteur moyen d’une feuille quelconque, est un poète. La réalité mouvante libérée par quatre mille signes, il la rêve. Et non seulement il possède la clef des 4000 signes du quotidien régional de Lo-Yang ou de Tsien-Choa, mais encore il pourrait déchiffrer avec succès les 45.500 caractères du Dictionnaire publié en 1670 par Kang-Hi, le Littré chinois. Qui peut tout « lire » peut aussi tout connaître. Ici, lire ne consiste pas à voir des sons, à regarder la parole et à parler en soi les signes comme nous faisons avec notre musique de mots variant sur vingt-six lettres. Lire en chinois, c’est, mot par mot, déchiffrer un petit tableau représentant l’idée.

Un homme sous un toit ? C’est la nuit.

Un homme côte à côte avec une femme ? Tout simplement, la notion de ce qui est vraiment bon.

Le signe du soleil accolé à celui de la lune ? Cela ne suffit-il pas à désigner un objet essentiellement brillant ?

Ainsi apparaît le chinois écrit ou imprimé : un langage d’idées vues, ce qui est tout simple lorsqu’il s’agit de concepts qui se désignent globalement, comme la maison, la flamme, le cheval. Mais dès qu’il s’agit de nuances, de relief, ou au contraire d’ombres, de restrictions, de finesse, l’écriture change d’école ; une sorte de concret appris comme en se jouant, elle franchit le mur de l’abstraction. C’est alors qu’elle devient incomprarablement belle et supérieure à toute autre : au lieu d’imposer sa loi à son lecteur, elle s’offre à lui, pour tout ce qu’il en veut.

On dit volontiers du chinois écrit qu’il est le latin de la Chine – d’abord parce qu’il est une culture complète et ensuite parce qu’à la différence du chinois parlé il est intelligible partout. On ne perd pas son latin sans laisser un peu de sa raison de penser et de sa raison d’être.

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Monique Wittig – L’opoponax (Extraits) [Les Editions de Minuit // 1964]

Elle voit passer sur la route un camion de déménagement non bâché. Les meubles sont entassés derrière la cabine les uns au-dessus des autres mais sans ordre. Il y a toute sorte de meubles des salamandres, des tables des chaises, des canapés des glaces des armoires. Catherine Legrand voit qu’en bas tout l’édifice est soutenu par un petit garçon qui tient sur sa tête en équilibre une grande armoire, plusieurs chaises sont disposées de la même façon sur ses bras tendus, ainsi qu’un guéridon. Il est tout nu, il a l’air très mal. En regardant avec plus d’attention Catherine Legrand voit qu’il y en un autre mis de la même façon entre les meubles mais vers le milieu de l’échafaudage. Il a le coup tordu parce que la tête est de côté, il a dû la tourner au dernier moment alors qu’on était en train de lui poser quelque chose sur la tête c’était déjà trop tard pour la remettre droite. En effet les petits garçons sont tous deux immobiles comme des statues, le moindre mouvement compromettrait l’équilibre de l’ensemble. Les deux sont nus. Le camion roule doucement mais de derrière on ne peut pas voir les petits garçons.

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Miklós Szentkuthy – En marge de Casanova / Le bréviaire de Saint-Orphé #1 (Extrait) [2015]

23. De même que le sens le plus profond de la musique n’émane point d’un chef d’orchestre savant ou prédicateur d’une quelconque esthétique des anges, mais de celui qui connaît toutes les astuces techniques du basson, ou sait parfaitement repérer les cochons de village dont les boyaux fourniront les meilleures cordes – de même la technique constitue l’essence même de l’amour. Le reste? Scories…

La condition préalable aux trios et quatuors casanoviens – leur premier et ultime soubassement métaphysique! – ce sont ces lits d’une largeur extrême qu’offraient les auberges italiennes au XVIIIe siècle. Sans de telles couches, point d’Arcadie, point de Lesbos, point de polygamie innocente. Sans oublier l’éclairage – des bougies, encore et toujours!

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Interviews (8) Quentin Dallorme (Extraits) [comptoir.org // 2021]

Le désir d’écrire était sous-cutané, il m’a toujours poursuivi. Auparavant, chanter ou simplement vivre ces moments relevait du même besoin. La volonté de raconter précisément une histoire est venue quant à elle de la pratique de l’écriture et de l’évaluation : tout ce que j’observe en moi et alentour.

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Valère Novarina – Le jeu des Ombres (Extrait) [P.O.L. // 2020]

Prévenir les vivants.

LE PERSONNAGE DU CORPS

« Mon réel est carré
Dans lequel je tourne en rond
J’ai fabriqué, j’ai fa-bri-qué
Ma prison!
Ma pri-son »

Ici plus bas que terre, sept lieux ont lieu :
là… ici et là… à bout ici là-bas-en-bas… là-bas
d’ici à là… ici-bas là-bas d’dans… ici là-bas… ici-
bas : pas par là… dans les dessous.

Ceux qui peuplent ces lieux hors de terre
sont en flammes; en bois ceux qui les traversent.
Dans les mers perplexes qui les recouvrent,
les poissons sont un mélange de glace et de feu.

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Howard McCord – Longjaunes son périple (Extraits) [La Barque & La Grange Batelière // 2019]

version française

I

Une malle pleine de cartes
constitue un héritage plus important
qu’une caisse de whisky.

Mon père m’a laissé les deux.
Des jambes solides, une disposition
à souffrir.

L’endurance comme le gardon, et
un sens de la beauté formé
par l’excellence de la géographie.

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