Gérard Mordillat – La brigade du rire (extrait) [2015]

12507458_10207756162449497_8694551882951049396_nTu les as tous lus ? demanda Victoria quand Kol la surprit en train de ranger sa bibliothèque par ordre alphabétique.
-Oui, admit Kol, tous. Et je les relis…
-Tu n’en achètes pas d’autres ?
-Si, parfois, j’aime beaucoup Philip Roth ou John McGahem, par exemple. Mais j’ai toujours en tête ce que m’a dit un vieil Arabe qui travaillait à l’imprimerie : « Si tu avais vraiment lu un seul de tes livres, tu n’aurais plus besoin d’en lire d’autres. »
-Qu’est-ce que ça veut dire ?
-Je crois que ça veut dire qu’il y a dans un livre tout ce qu’un homme peut attendre de l’esprit mais que nous ne savons par le lire.
-Dans n’importe quel livre ?
La question était redoutable.
-Tu vois, dit Kol avec prudence, d’abord j’ai pensé que seul un très petit nombre de livres méritait que l’on s’y plonge jusqu’à s’y perdre ou s’y trouver. À la réflexion, je crois que cela vaut pour tous les livres. Parce que le livre en n’est rien, il n’est que le support du mot. Et, que ce soit dans un roman de gare, un traité de géographie ou « Le Capital », la vérité de ce que nous sommes peut sortir de n’importe quel mot lu dans n’importe quel livre.

©Livre : Gérard Mordillat – La brigrade du rire [Albin Michel // 2015]

 

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