Pierre Hemptine – Des Agoras du sensible, pour de nouveaux lieux de critique et de rassemblement (Extrait)

12783667_10208047881382288_635582329862819858_oAujourd’hui, le temps disponible dont les cerveaux disposent pour, à partir de biens culturels, produire de la subjectivité et investir dans un partage du sensible responsable, est majoritairement occupé par des produits de distraction dont la propagation populaire fascine toutes les instances décisionnelles reposant sur l’électoralisme, l’audimat, le profit rapide et facile. Et ces évolutions sont naturalisée tant la révolution conservatrice avec ses bras armés du management et du marketing à sournoisement infiltré les savoir-faire quotidiens, les gestions, les règles de bonne gouvernance, les automatismes, même les nôtres. Au stade avancé de la société du spectacle, il ne suffit pas d’accuser tel ou tel décideur de favoriser « la suprématie progressive du spectaculaire ». Cette suprématie s’installe aussi en passant par nos actes, à nos corps défendant souvent, parce que l’on ne comprend pas toujours la portée collaborative de nos gestes ou que l’on ne voit plus la raison de résister et que nous dépendons de ces décideurs avec lesquels il faut s’entendre et qui ne discernent plus toujours ce qui sépare culture et inculture.

Comment utiliser l’argent public pour construire et encourager d’autres pratiques culturelles ? Bien sûr, on peut dire que c’est aux pouvoir publics d’apporter ce genre de vision globale et les moyens pour la réaliser. Mais pourquoi cela dispenserait-il les acteurs de reprendre en main la définition d’objectifs culturels communs pour la société et de proposer de nouveaux agencements industriels d’émancipation ? De produire ce qui manque : Une pensée. Nous devons paradoxalement aujourd’hui apporter la preuve de l’utilité d’une politique publique des savoirs et des cultures pour préserver une attention désintéressée au devenir du commun, pour construire des technologies du sensible et de l’esprit au service d’un avenir plus heureux pour tous. Et si nous le faisons pas, qui s’en chargera ? Cela ne peut se faire que sur un front élargi et en proposant de nouveaux partages entre « puissance publique, académies, sociétés savantes, société civile et citoyens », agencement dans lequel bien entendu il faut inclure les institutions culturelles sans oublier la lecture publique (au sens large, créant des capacités de lectures de toutes les formes d’écritures proliférant dans l’espace public).

©Texte : Pierre Hemptine – Des Agoras du Sensible, pour de nouveaux lieux de critique et de rassemblement [périodique -Le Journal de la culture & Démocratie # 28 // 2013]
©Image : Cauqueraumont Joaquim

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