Véronique Soulé – Les Tartares de Crimée

1175672_10202997810013660_162150141_nLES TATARS DE CRIMÉE

Peuple « puni » par Staline et déporté à ce titre en mai 1944 en Sibérie et en Asie Centrale, les Tatars de Crimée ont été les derniers à être autorisés à entrer chez eux en 1989. Environ 300 000 ont alors regagné la péninsule qu’ils habitent depuis le XIIIè siècle. La déportation s’était accompagnée d’une épuration culturelle ; il était par exemple quasiment impossible d’emporter des livres en exil. Dès le retour, l’identité à peu à peu recollé ses morceaux. Il existe aujourd’hui à Simferopol un théâtre en langue tatare, un orchestre national, un centre culturel et même une bibliothèque Gasprinski, du nom du « grand écrivain Tatar » qui édita le premier journal en tatar entre 1883 et 1918. La langue est aujourd’hui enseignée dans des écoles tatares.
Mais le retour a aussi été difficile. Les Russes, majoritaires sur la péninsule, ont accueilli avec suspicion les Tatars soupçonnés de séparatisme. La Crimée est déjà un problème en soi : Les Russes n’ont jamais vraiment accepté le « don » de la péninsule à l’Ukraine par Khrouchtchev en 1954. L’Ukraine indépendante à dû lui concéder un statut d’autonomie. Dans ce cadre, le retour des Tatars a souvent été perçu comme une nouvelle « invasion tatare ». Résultat : une bonne partie d’entre eux n’ont toujours pas reçu la citoyenneté ukrainienne. Ils n’ont guère bénéficié d’aide au retour. En butte à des tracasseries administratives, il a fallu qu’ils se battent pour obtenir des terres et avoir le droit de bâtir des maisons. Les Tatars forment aussi le gros des chômeurs dans cette Crimée durement frappée par les difficultés économiques.
Après l’enthousiasme du retour, de nombreux Tatars s’avouent aujourd’hui déçus. En 1999 à la veille de sa réélection, le président ukrainien Leonid Koutchma a toutefois fait un geste en créant un Conseil représentatif des Tatars de Crimée auprès de la présidence. Aujourd’hui les Tatars réclament la reconnaissance de leur peuple comme « peuple constitutif d’Ukraine », celle de leur langue comme langue nationale, la restauration d’une autonomie territoriale etc.

©Livre : Alain Keler – Vents d’est / Les minorités dans l’ex-monde communiste (texte de Véronique Soulé) [Marval // 2000]
©Image : Alain Keler

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