Henri Pichette – Apoème 6 (Extrait)

P1280927.JPGEn ce temps-là, l’air avait de solides raisons d’être respiré : mes glandes se promettaient monts et merveilles, mes scies se frottaient l’une à l’autre musicales, et je ricochais. Le finissage aux couteau ne régnait pas sur l’ensemble du globe. Je marchais en l’air, j’étais un coup d’éclat. J’avais déjà, pour ma part, abattu nombre d’arbres ; lorsqu’ils faisaient mine d’entraîner l’azur bolide dans leur chute, je me prenais à bras-le-corps avec la peur. Sous condition que s’établît le silence discipliné, paisible…je me remettais à vivre au sein outré de sèves ; sinon, le moindre friselis m’inspirait un réflexe de gazelle, fft !… Des foudres de guerre froide, on en a vu décamper à la première détonation. Les coups de canon dans la masse orchestrale, c’étaient les chocs des cuivres que le mélomane reçoit comme des fins de monde. Il va sans dire, je préférais n’entendre rien – mais quel problème encore que moi, ombrageux, sujet aux incartades, sentimental et versatile, cyclothymique.

©Livre : Henri Pichette – Apoèmes suivi de Lambeaux d’un manuscrit d’amour et de Fragments du « Sélénite » [Gallimard/poésie // 1995]
©Image : Amaury da Cunha
net : http://www.amaurydacunha.com/

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s