Pierre Albert Castanet – Tout est bruit pour qui a peur (Extrait) [1999]

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Conçu à l’origine dans un souci de dérision contre le Mur de Berlin, le concept de Love Parade, né en 1989 de l’imagination d’un disc-jockey est-allemand surnommé Dr Motte, n’a cessé de s’accaparer du besoin de ne pas renoncer,. Un million de ravers ont participé à la neuvième Love Parade de Berlin en juillet 1997. Post-soixante-huitard, le mot d’ordre de la plus grande rave mondiale était « Let the Sun shine in your Heart ». Symboliquement, l’imposante colonne de la Victoire, monument honorifique des campagnes militaires prussiennes, était occupée par une armée de D.J. bardée de spots multicolores, gérant la méga-diffusion sonique grâce à l’intervention de trente-neuf chars (dont des tanks de l’Armée Soviétique), transformés en buildings d’amplificateurs ambulants. L’axe est-ouest du Tiergaten, élargi en 1938 pour accueillir les parades nazies, était transformé en forum international de la danse, et la gare de Berlin-Zoo, terminus avant la chute du Mur des trains de l’Europe libre, faisait office d’oasis festif et de point de ralliement.

Face à ce besoin orgiaque de « défonce » collective, le quotidien Berliner Zeitung a exhumé un avis de Napoléon expliquant qu’il est un devoir d' »offrir des fêtes  bruyantes à la masse, car les imbéciles aiment le bruit, et la masse se compose d’imbéciles ». Des groupuscules d’extrême droite ont dénoncé cette « dégénérescence » de la culture allemande tandis que des hordes de Punks ont annoncé qu’ils déplaceraient leurs traditionnelles « Journée du Chaos » de Hanovre à Berlin, pour parasiter l’enthousiasme généralisé et saccager cette « Fête de l’Amour ». Une « Hate Parade » (« Parade de la Haine ») a même été organiser par des puristes pour protester contre la commercialisation de cette Love Parade. Si la Rave de l’Amour s’est limité à un tempo de 130 beats par minute, celle de la Haine a poussé les machines à plus de 300 battements par minute.

©Livre : Pierre Albert Castanet – Tout est bruit pour qui a peur / Pour une histoire sociale du son sale [Michel de Maule // 2007]
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