Jean D’ormesson – Garçon de quoi écrire (Extrait) [1989]

Fabrizio-Clerici-Ottica-zodiacale-1973

Vous savez, un Dieu, je crois qu’il y en a un, mais qu’il ne s’attarde pas à porter des jugements littéraires ; et même qu’il se moque de la littérature. Comme l’exprime le mot foudroyant de Pascal, c’est d’un autre ordre. Si vous retirez l’auteur, et si vous retirez Dieu, il reste les lecteurs. Il n’y a pas d’autre juge que les lecteurs. Alors, la grand faute, c’est de se dire : « Je veux mes lecteurs tout de suite », parce que celui qui veut ses lecteurs tout de suite, hélas, sa prière risque d’être exaucée : comme dit sainte Thérèse d’Avila, bien des larmes seront versées pour des prières exaucées. Une chose est sûre : le grand écrivain n’est pas celui qui a le plus de lecteurs. Et une  autre chose aussi est sûre : il ne faut pas écrire en pensant à ses lecteurs. Il faut bien en avoir, rien n’a de sens sans eux, et pourtant on n’écrit pas pour eux. Il faut les conquérir, et non pas les rechercher. Il faut savoir aussi écrire contre les lecteurs.

©Livre : Jean D’Ormesson/François Sureau – Garçon de quoi écrire [Gallimard // 1989]
©Image : Fabrizio Clerici (Ottica Zodiacale)
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