Adoré Floupette – Déliquescences / Poèmes décadents (Extraits) [1885]

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Extrait de la préface par Marius Tapora

Sans perdre un instant, j’avisai Floupette de cette chance unique et le lendemain soir j’étais à Paris, ce Paris dont nous avions tant parlé jadis à Lons-le-Saulnier, lorsqu’au sortir du café Chabout nous décrivions d’interminables cercles, autour de la statue du général Lecourbe, ce Paris qui, dans mes rêves de jeunesse, m’apparaissait comme le paradis des poètes et des pharmaciens. Malgré la fatigue du voyage, je dormis peu, tant j’étais ému. Vers le matin cependant je commençais à m’assoupir, les songes les plus délicieux me berçaient et je me figurais avoir découvert la crème des opiats lorsqu’un coup, vigoureusement frappé à ma porte, m’éveilla en sursaut.

Les yeux encore gonflés de sommeil, je saute à bas du lit et je vais ouvrir. Qu’on juge de ma joie. C’était Adoré, mon bon, mon vieil, mon fidèle Adoré Floupette. Il se tenait là devant moi avec sa grosse figure ronde, son gros nez camus, ses petits yeux malins, ses bonnes grosses joues roses qui toutefois me sembleraient u peu pâlies. Sans mot dire, nous nous précipitâmes dans les bras de l’un de l’autre. C’est bon je vous assure, de s’aimer comme ça.

Après les premiers épanchements, nous nous assîmes côte à côte, sur un vieux canapé fané qui ornait mon logis d’occasion et les questions allèrent leur train. Quel brave cœur qu’Adoré! Lui, un poète, un artiste, qui aurait si bien le droit de dédaigner les petites gens comme nous, il n’oublia personne. Il voulait savoir ce qu’était devenu M; Tourniret le notaire et comment se portait la petite Marguerite Clapot, la fille du sacristain d’Orgelet et si la famille Trouillet, de Lons, continuait à prospérer, etc., etc. Enfin je lui demandai : « Et la poésie? » – « De mieux en mieux me répondit-il, je ne suis pas trop mécontent. » – « Comment va Zola? » – « Peuh! fit-il avec une moue qui m’impressionna, il commence a être bien démodé. »Et Hugo? » – « Un burgrave » – « Et Coppée? » – « Un bourgeois. » Ces paroles, je ne sais pourquoi, me consternèrent. J’étais surpris et je le laissai voir. J’avais tort, car Adoré s’en aperçu; mais avec sa bonté ordinaire: « Mon cher, me dit-il tu arrives de province; tu n’es pas à la hauteur. Ne te désole pas, nous te formerons. » – « Ainsi le Parnasse… » – « Oh! la vieille histoire! » – « La poésie rustique… » – « Bonne pour les félibres! » – « Et le naturalisme? » – « Hum, Hum! Pas de rêve, pas d’au delà; la serinette à Trublot. » J’étais devenu inquiet; Sans réfléchir, je m’écriai: « Mais enfin que reste-t-il donc? » Il me regarda fixement et d’une voix grave qui tremblait un peu, il prononça : « Il reste le Symbole. »

Platonisme

La chair de la Femme, argile Extatique,
Nos doigts polluants la vont-ils toucher?
Non, non, le Désir n’ose effaroucher
La vierge Dormante au fond du Tryptique.

La chair de la Femme est comme un Cantique
Qui s’enroule autour d’un divin clocher,
C’est comme un bouton de fleur de pêcher
Eclos au Jardin de la nuit Mystique.

Combien je vous plains, mâles épaissis,
Rongés d’Hébétude et bleus de soucis,
Dont l’âme se vautre en de viles proses!

O sommeil de la Belle au bois Dormant,
Je veux t’adorer dans la Paix des roses,
Mon angelot d’or, angéliquement

©Livre :  Adoré Floupette – Les déliquescences / Poèmes décadents [Chez Lion Vanné, Editeur // 1885]
net : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113350w
merci à Eric Dejaeger pour la découverte de ce livre : http://courttoujours.hautetfort.com/

 

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