Le gong Gedé (Gamelan)

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GONG GEDE [Bali]

Lors des grandes fêtes des temples, l’un des éléments fondamentaux des rituels est la musique, sans laquelle il n’est pas concevable d’organiser une cérémonie. Aussi n’existe-t-il point de villages qui ne possèdent pas au moins un orchestre ; sinon, les hameaux les plus pauvres font appel à des musiciens des villages voisins. Il n’est pas rare, dans certains temples importants, et surtout dans le centre d’ l’île, de voir réunir au moment des fêtes quatre ou cinq orchestres et groupes de danseurs, parfois même plus. Si l’orchestre utilisé actuellement est celui appelé « gong Kebyar » dont la formation remonte seulement aux années 1920 – il est devenu le gamelan le plus pratiqué à Bali – il existe encore dans quelques régions un orchestre de grande taille, tant par la dimension des instruments que par le nombre des exécutants, qu’on appelle le « gong gedé » ou « grand gamelan ». Cette formation est l’une des plus anciennes de Bali et la musique qui y est exécutée fait partie des plus archaïques. Il ne reste de ce type d’orchestre que trois ou quatre exemples dans l’île. Réservés essentiellement aux rituels religieux et à quelques danses du même type, ces gamelans ne sont utilisés que deux ou trois fois par an dans les temples auxquels ils appartiennent.
Le « gong gedé » de Batur, dans le Nord de l’île, est le plus ancien de Bali. La légende raconte que le grand gong suspendu aurait été apporté au Roi de Batur par une princesse chinoise qu’il aurait épousée au XVe siècle. La princesse aurait en même temps apporté le métal nécessaire pour faire fabriquer le gamelan tout entier. Lié à l’un des grands temples sacrés de Bali, au bord du cratère du Mont Batur, il est protégé par les divinités du volcan et de ce fait possède un statut particulier. Seul les musiciens de Batur et ceux du village de Sabatu (qui sont liés à Batur par des liens religieux remontant loin dans le passé) peuvent toucher et jouer de ces instruments, et un répertoire bien déterminé lui es consacré. Ces compositions datent peut-être du XVe siècle car on retrouve une musique de même style exécutée par les orchestres les plus anciens de Java, les « gamelan sekati », conservés dans le palais des sultans.
Ces gamelans, autrefois entretenus à la cours des rois balinais (ceux de Klung-Kung, Badung et Bangli plus particulièrement) nécessitent l’emploi d’une quarantaine de musiciens. Actuellement seuls les « gong gedé » de Batur, Sulahan et Sanur ont conservé leur formation première, tandis que dans les autres villages on utilise une formation plus petite, de vingt-cinq musiciens environ, sur les instruments des « gamelan gong kebyar » habituels. La structure du « gong gedé » est à l’origine de la base des formations instrumentales diverses qu’on entend ailleurs à Bali. L’organisation d’un gamelan balinais est toujours fondée sur les mêmes principes : Un groupe d’instruments joue la ligne mélodique de base, un autre l’ornementation, un troisième groupe ponctue la mélodie, enfin le dernier groupe est constitué par les tambours qui dirigent l’orchestre.
Dans le « gong gedé » de Batur, le premier groupe d’instruments est composé de quatre « penyacah », métallophones à 5 lames suspendues sur des résonateurs, de 12 « saron », instruments à lames à résonance courte qui reposent directement sur le socle et dont la frappe produit un son brillant et bref. Les 4 « jegog » aus sons graves soulignent en valeurs longues la ligne mélodique, 4 « jublag » à 5 lames suspendues interviennent aux temps forts et prolongent ainsi le thème mélodique grâce à leur sonorité profonde et tenue. A ces instruments sont associés 2 « terompong », rangées horizontales de petits gongs bulbés qui forment le cœur de la composition.
Les musiciens en jouent avec deux maillets. Le deuxième groupe d’instrument est constitué par un « réong », ensemble de 6 petits gongs bulbés joués par trois musiciens ; cet instrument orne la mélodie ; sa faible sonorité se perd souvent dans les percussions très vives des autres instruments. Le troisième groupe comprend les grands gongs suspendus aux sonorités très graves et profondes qui ponctuent chaque phrase musicale, enfin diverses percussions telles que les huit grandes cymbales « ceng-ceng » et deux petits gongs posés sur des socles en bois et frappés d’une mailloche « kempli » et « ponggang ». Le quatrième groupe est formé des deux tambours mâle et femelle « kendang lanang » et « kendang wadon ». L’ensemble de l’orchestre atteint une étendue de plus de sept octaves, l’accord des grands gongs suspendus étant difficile à définir avec précision.
Si les instruments mélodiques du « gong gedé » ne présentent aucune difficulté technique, il n’en est pas de même des deux « terompong » qui exigent des musiciens un sens profond de la musique. C’est le grand « terompong » qui introduit chaque compostions dans un long solo ; ce solo est une improvisation libre sur le thème mélodique de base que le musicien ne doit pas perdre de vue mais q’uil peut orner selon son gré. Lorsque l’ensemble instrumental intervient, le « terompong » (qui est l’instrument mélodique conducteur) doit se maintenir sur une base rythmique stricte tout en conservant une certaine liberté d’improvisation. Il est alors doublé par le second « terompong » à une octave au-dessus. Mais c’est le « terompong » principal qui soutient la mélodie tout en la faisant avancer en lui insufflant le dynamisme nécessaire.

©Texte : Jacques Brunet (tiré de l’album « BALI : Musique pour le Gong Gedé // Ocora // 1987)
Image : Gamelan Gong Gde Denpasar
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