Alain Berenboom – La position du missionnaire roux (Extraits) [1990]

david hamilton

Il n’y a pas de plus beau spectacle au monde que celui d’une femme endormie, presque dévêtue, à demi cachée par un drap. Son corps semble offert et en même temps inaccessible. Il palpite. Sa peau vibre, légèrement humide dans la lumière rose de la lune, les yeux fermés comme dans l’amour. Le soupir qui s’échappe de ses lèvres entrouvertes évoque les mystères du désir partagé. La femme pirate dormait devant moi dans la cabine de pilotage, cette splendide créature à qui j’avais arraché un rire quelques instants auparavant, le premier vrai rire de notre épopée. Pendant que nous parlions, son chef et moi, elle s’était étendue sur un matelas coincé contre le fauteuil du copilote en dessous de la tablette du navigateur. À cause de l’étroitesse du lieu, elle s’était mise en chien de fusil en nous tournant le dos. Son chemisier ôté, sans honte, elle reposait en soutien-gorge. Sa peau ambrée faisait une tache obscène et provocante au milieu de tous ces appareils métalliques, face à son complice. Sa chevelure, enfin libérée du bandeau rouge, s’était répandue sur le sol en corolle comme une tulipe noire. Son pantalon avait glissé un peu, laissant deviner la naissance de ses fesses. En cet instant où se jouait ma vie, rien d’autre n’existait plus que cette image de la beauté absolue.

Et voila qu’à mon tour, je laissais tomber les bras ! Au moment crucial, alors que ma vie était en danger, j’acceptais, sans révolte, d’en rester là. Simplement parce qu’une femme, belle et sauvage, s’offrait à moi. À moi ? oui ! Guère de doute à ce sujet. Sinon, pourquoi serait-elle venue s’étendre dans la cabine de pilotage alors que, quelques instants auparavant, bien en éveil, elle tenait la carlingue sous la menace de sa mitraillette ? Qui va croire que la fatigue l’avait brusquement vaincue ou que l’indifférence l’avait gagnée à un moment dramatique ? Comme si elle pouvait piquer un petit somme pendant que ses complices passaient à l’action en se préparant à abattre de sang-froid leurs otages ! Non ! Il n’y avait qu’une explication à son attitude : elle me donnait son corps, du moins tout ce qu’elle pouvait donner, vu les circonstances. Elle me tendait l’arrondi de ses fesses légèrement découvertes, son dos au galbe parfait. Elle me permettait de rêver aux mystères de sa peau palpitante. Elle guidait mon regard là où elle voulait qu’il se pose, écartant ses vêtement jusqu’à l’extrême limite du supportable. »

©Texte: Alain Berenboom – La position du missionnaire roux [éditions Labor-Espace Nord // 200]
©Image : David Hamilton
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