Lionel Richard – Expressionnistes allemands / Panorama bilingue d’une génération (Extraits) [2001]

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Cimio [Hugo Ball] (all)

Ein roter Himmel von Bukarest nach Paris:
Dein Körper ist über und über voll schwarzer Augen.
Wir legen die Hände gegeneinander wie grosse Fächer,
wenn wir uns lieben.
Dein Blinddarm ist krank, davon bist du sehr gelb.

Fliedersträusse wachsen aus deinen Ohren.
Dein ganzer kopf ist voll Flieder. ufgezäumt
bist du mit Flieder.
Deine Augenwimpern zucken und schlagen gleich
Schmetterlingsflügeln.
Deine Nase ist einer Klaviertaste sehr ähnlich.

Tanzende Hände hast du, T¨chterchen.
Dein schmales Becken bewegt sich, wenn du an
meiner Seite flatterst,
Sanftsüchtig gegen den Wind. Die grossen glühenden
Frauen liebst du.
In deinem Lâcheln lallen Apachenlieder.

Constanza heulte das Meer deinen Oheren.
Deine Finger stechen wie Dolche klirrende Glissandos in die Luft.
Deine Zunge is roter Kopf einer Schlange,
brennender Docht einer Lampe.
Auf deinem Schatten, Cimio, purzeln die kleinen Teufel
Wie schnalzende Fische, die man vom Bottich
aufs Trockene schüttet.

Cimio [Hugo Ball] (Fr)

Ciel rouge de Bucarest à Paris:
Ton corps est tout plein d’yeux noirs.
Nous posons nos mains face à face comme de grands éventails,
Quand nous nous aimons.
Tu as l’appendicite, et ça te rend très jaune.

Des bouquets de lilas poussent dans tes oreilles?
Ta tête entière est remplie de lilas. Tu es
Ornée de Lilas.
Tes cils palpitent et battent pareils
A des ailes et papillon.
Ton nez ressemble beaucoup à une touche de piano.

Tu as des mains qui dansent, fillette.
Ton bassin étroit, quand
Tu flottes à mes côtés,
Remue à contre-vent assoiffé de douceur. Ce sont
Les grandes femmes brûlantes que tu aimes.
Dans ton sourire balbutient des chants d’apaches.

A Constanza la mer hurlait à tes oreilles.
Comme des poignards tes doigts enfoncent dans l’air des glissandos
Qui résonnent.
Ta langue est la tête route d’un serpent,
La mèche enflammée d’une lampe.
Sur ton ombre, Cimio, les petits diables font la culbute
Comme des poissons qui claquent quand on les jette
De la cuve sur le sec.

Kleine Stadt [Ernst Stadler] (All)

Die vielen kleinen Gassen,
die die langgestreckte Hauptstrasse überqueren,
Laufen alle ins Güne.
Ueberall fängt Land an.
Ueberall strömt Himmel ein und Geruch von Bäumen
und der starke Duft der Aecher.
ueberall erlischt die Stadt
in einer feuchten Herrlichkeit von Wiesen,
Und durch den grauen Ausschnitt
niedrer Dächer schwankt
Gebirge, über das die Reben klettern,
die mit hellen Stützen in die Sonne leuchten.
Darüber aber schliesst sich Kiefernwald:
der stösst
Wie eine breite dunkle Mauer an die rote Fröhlichkeit
der Sandsteinkirche.

Am Abend, wenn die Fabriken schliessen,
ist die grosse Strasse mit Menschen gefüllt.
Sie gehen langsam
oder bleiben mitten auf der Gasse stehn.
Sie sind gesehwärzt von Arbeit und Maschinenruss.
Aber ihre Augen tragen
Noch Scholle, zähe Kraft des Bodens
und das feierliche Licht der Felder.

Petite ville [Ernst Stadler] (Fr)

Les ruelles nombreuses
qui coupent l’étendue de la longue rue principale
se dirigent toutes dans la verdure.
Partout la campagne commence.
Partout le ciel afflue et al senteur des arbres
et la forte odeur des champs.
Partout la ville s’efface
dans la souveraineté moite des prairies,
Et par l’échancrure grise des toits bas
les montagnes tanguent, escaladées par les sarments
qui brillent dans le soleil de leurs supports clairs.
et la forêt de pins qui sur tout cela se referme:
contiguë
Comme une baste muraille noire
à la sérénité rouge des églises en grès.

Le soir, quand les usines ferment,
la grand’rue est bourrée de gens.
Ils marchent lentement
ou restent debout au milieu de la chaussée.
Ils sont noircis par le travail et la fumée des machines.
mais ils portent encore dans leurs yeux
La glèbe, la vigueur tenace du sol
et la lumière solennelle des champs.

Krankes Wohnen [Alfred Wolfenstein] (All)

Dieses Gehn im trüben Tunnel der Strasse…
Bleiche Fenster spielen an mir vorbei.
Oben des keinen Himmels Einerlei
Wirft in die Scheiben ein schiefes Lachen.

Trocken kreischt die hündisch liegende Strasse,
Die mein fuss in Unruh und Hass gebraucht.
Niedre Luft, von Stadtgerüchen durcharaucht,
Speit auf meine Stirn aus pfeifenden Rachen.

Gähnend endet die Strasse.
Und die zuckenden Lippen atmen ins Freie hinaus,
Wo sich warm der Tiefe Grün und goldene Hoheit umfängt…!
Doch ich werde mich wenden… dumpf gedrängt…
In der Gewalt der Häuser bin ich zu Haus.

Demeures malsaines [Alfred Wolfenstein] (Fr)

Cette marche dans le tunnel sombre de la rue…
Des fenêtres blafardes jouent à défiler devant moi.
En haut l’uniformité du ciel exigu
Jette sur les vitres un rire oblique.

Desséchée braille couchée comme un chien la rue,
Que mon pas suit dans l’inquiétude et la haine?
Un air bas, travers des odeurs de la ville,
Vomit sur mon front en des sifflements vengeurs.

Elle finit sur un bâillement, cette rue.
Et les lèvres pantelantes respirent à l’air libre,
Où le vert des profondeurs
Et leur majesté dorée s’enlacent avec chaleur!…
Mais je vais m’en retourner…avec une oppression sourde…
C’est à la merci des maisons que j’habite.

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Mein Schrei [Johannes R. Becher] (All)

Die trunkenen Nächte! Die trunkenen Nächte! –
Oh meine Jugend du! Blutende du! Empor, empor und
aufstehn, oh auferstehn!
Die schlaffen Muskeln wieder strecken!
Die matten Flügel wieder spreiten!
Die müden Schwingen wieder entfalten:
der Sonne zu!
Oh wieder:
Morgenröte-Umarmungen!…
Ja empor und aufstehn! Wenn es nicht anders geht
dich aufreissen, dein wimmerndes Herz ausreissen,
dich aufreissen aus Traumdämmerungen, Abendruhen
mit der kalten, höhnischen Gelassenheit und Grausamkeit der
Starken über die Vergewaltigten…

Dann:
mit gebreiteten Armen springen ins Morgenrot,
fliegen im Strahl der Sonne über die grossen Städte hin,
über namenlose Finsternisse hin,
Donnergründe, brausende Geheimnisse hin,
höher empor über alle Not, alle Armut, alle Schmerzen hin,
höher, höher empor:
dem Aufgang zu!…
Ja:
empor und aufstehn! Empor aus
qualmigen Verbrecherhöhlen, empor aus fettigen Dirnenspelunken
mit dem roten, gedämpfen Ampellicht, mit dem geputzten Schielen
weisshaariger Kupplerinnen, all der plumpen bäuerischen,
jämmerlichen Koketterie der Fleischschau
Empor aus spielhöllen, dem stieren Blick, dem Münzengeklirr,
empor aus Zuhälterkneipen, Ställen mit Absinthgerüchen,
schmierigen Aborten, Samengestank und Eitergeträufel,
dem Geklimper all der Tamburins, Klaviers und Musikautomaten.
Empor aus Freudenhäusern, den Kneiplokalen der Homosexuellen.
Empor aus Asylen, Krankenhäusern, Zuchthäusern,
Empor aus Irrenanstalten, Pestbarachen, all den Gehegen
tobender Alkohiker,
ächzender Tuberkulöser,
demaskierter Syphilitiker…

Oh du mein Schrei: auch Schrei der Zeit!
Steht auf! Steht auf! Schlagt nieder! Stosst zu! Brecht auf!…

Mon cri [Johannes R. Becher] (Fr)

Nuits ennivrées! Nuits enivrées!…
Oh! ma jeunesse, ô toi, sanglante, ô toi! Ascension, ascension et
Insurrection, ô résurrection!
De nouveau tendre les muscles flasques!
De nouveau étendre les ailes engourdies!
De nouveau déployer l’envol fatigué
Vers le soleil!
O de nouveau
Les étreintes-aurores!
Oui ascension et résurrection! S’il n’en va pas autrement
Que tu te déchires, t’arraches ton cœur geignant,
Te déchires des crépuscules chimériques, des silences du soir
Avec la froide placidité sarcastique et la cruauté des
Forts sur les violentés.

Puis
Bras tendus bondir dans l’aurore,
Dans le rayonnement du soleil survoler les vastes villes,
Survoler les ténèbres anonymes,
Les replis tonnants, les mystères mugissants,
Plus haut l’ascension,
Sur toute misère, toute pauvreté, toutes douleurs,
Plus haut, plus haut l’ascension
Vers le levant!
Oui ascension et résurrection! Ascension pour sortir
Des cavernes enfumées des criminels, des crasseux bouges à putains
Avec leur lumière rouge tamisée, avec le biglage endimanché
Des maquerelles aux cheveux blancs, toute la balourde coquetterie
Campagnarde pitoyable des chairs à l’étal.
Pour sortir des tripots, des yeux hagards, du cliquetis de la monnaie,
Des latrines sordides, du sperme puant, du pus qui coule,
De la sonnaille de tous les tambourins, pianos et machines à musique.
Pour sortir des maisons de joie, des boîtes pour homosexuels,
Pour sortir des refuges, des hôpitaux, des bagnes.
Pour sortir des asiles de fous, des baraques à pestiférés, des réserves
De tous les alcooliques déchaînés,
Tuberculeux gémissants,
Syphilitiques démasqués…

O toi mon cri: cri aussi de ce temps!
Insurgez-vous! Insurgez-vous! Abattez! Frappez! Défoncez!!

©Livre : Lionel Richard – Expressionnistes allemands / Panorama bilingue d’une génération [Editions complexe // 2001]
©Image 1 : Alfred Zacharias [Die Verratenen / Les trahis (« Die Aktion », XI. Jahr. N° 15-16)]
©Image 2 : Anonyme [Der Kapitalismus, der das werkärtige Volk zur Schlachtbank hetzte und entrechtete, schreit, um weiter entrechten und ausplündern zu können , nach der « Nationaversammlung » (« Die Aktion » 1918, N° 45-46)]

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