Ne perdons pas un bout de langue (1) : La phonétique

lettres

La phonétique, science des sons du langage

Toute science exige une analyse de la réalité complexe et une classification des faits. Si l’on applique cette règle au langage, on constate que l’unité naturelle du discours est la phrase. Nous parlons pour constater quelque chose ou pour exprimer une émotion, un souhait, un ordre, un jugement, etc. La formule qui sert à cet objet est une phrase. Mais plusieurs phrases différentes comportent des éléments communs qui se recouvrent, ce sont les mots; c’est l’analyse seule qui permet d’aboutir à cette notion du mot; on ne s’étonnera donc pas qu’elle soit plus ou moins claire selon le degré de culture du sujet parlant: dans nombre d’expressions, l’illettré ne sait pas où se trouve le commencement ou la fin des mots. Enfin, une analyse encore plus minutieuse conduit à isoler les éléments communs à des mots divers: ce sont les sons et les groupes de sons ou syllabes.

La phonétique (du grec phônê, voix, son) est la science qui traite des sons du langage; elle comprend : I° une analyse des sons, fondée sur leur nature physique et leur conditions physiologiques (phonétique descriptive): 2° l’étude des lois suivant lesquelles les sons se transforment (phonétique historique).

Orthographe phonétique. Orthographe française. Réforme de l’orthographe.

L’orthographe dite phonétique repose sur ce double principe : I° tout son simple est transcrit par un seul signe, chaque signe conservant toujours la même valeur; 2° tout ce qui se prononce s’écrit, on ne note rien que ce qui se prononce. Une telle transcription, commode pour les savants, représente, on le voit, une convention idéale; l’orthographe de certaines langues, comme l’italien, en approche toutefois dans une certaine mesure; est-il besoin d’ajouter que l’orthographe française n’y prétend à aucun degrés? Tantôt elle conserve aux mots l’état phonétique qui était le leur au XIIe ou au XIIIe siècle (ainsi le mot loi représente la prononciation du moyen âge :l + la diphtongue oy, analogue a celle que l’on entend dans le mot anglais boy); tantôt elle nous présente des mots surchargés de lettres inutiles (dompter, corps, temps), qui, quelquefois, appartenaient au mot latin originel (commettre < committere), mais qui souvent ne sont que des fantaisies de scribes ou d’écrivains public, dépourvues de toute valeur étymologique. On n’oubliera pas qu’aux XIVe, XVe et XVIe siècles les membres de cette corporation étaient payés à la page et qu’ils avaient donc intérêt à gonfler la mesure de leurs travaux. L’orthographe française et ainsi pleine d’anomalies; toutes les tentatives qui eurent pour objet de la simplifier, du XVIe siècle (Meigret) à nos jours, se sont heurtées à des résistances corporatives, à l’indifférence du public et même à l’hostilité de nombreux écrivains et de certains savants.

©Texte : Grand Mémento Encyclopédique Larousse [Publié sous la direction de Paul Augé // 1936]
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René Purnal – Cocktails (Extraits) [1922]

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Dimanche, dimanche, dimanche,
Un syndicat de tous les chiens,
Dieu, bas blancs, pelures d’orange,
L’horaire contient dix-huit trains.

Que faire? Irons-nous renifler
L’odeur de noir et de fruits blets
Que la mer apporte?

Ou bien sur quelque air de banjo
Méthodique et creux à la fois,
Conviés là par Othello,
Verrons-nous comme je te vois

L’étrangleur épousant sa Morte?

ÉLOGE DU SOIR

Voici la cohue sympathique
Des rimes en ieuse et en oir:
Soir, soir, je voix là-bas se tordre
Sa main qui masturbe un banjo.

Le plafond se maquille, ô gué!
Mentons avec sincérité:
Chien et loup, c’est l’heure.

La gloire danse au pas des morts.
Hé poète en bois de Norvège,
Quand donc te retrouvera-t-on
Pendu à ton espagnolette?

Quels singuliers fruits de saison!

CELUI QUI JOUAIT

Pianiste-dactylographe
D’un rêve plus grand que nature!
J’entends encore en ma mémoire
Son rythme d’abomination!

L’âcre torpeur des paquebots
Viâ Suez and Colombo
Sous la nuit foraine,

L’odeur de l’homme et des pays,
Les cris des filles qu’on étrille,
Le cœur qui tourne dans sa cage,
La tendresse perdue en route:

La peine de tout ça, la peine!

LALA

Un pays fait exprès pour moi
Sous du soleil artificiel,
Fruits et fleurs des pires exploits:
Toi, du sourcil jusqu’à l’orteil.

Philtre de l’instinct, poids du sang,
Quatre saisons en même temps,
Prier, jouer, mordre.

Tandis que dans la nuit striée
De sournoise métaphysique,
Tu écoutes sous l’oreiller
L’essaim crissant et phosphorique

Des syphilis couleur d’orage.

TIR A LA CIBLE

Après-midi traînant sans fin
Vos arcs à travers ma figure!
O symphonie en lie de vin!
O bétail d’ennuis sans pâture!

O quinconce! O pas! O torpeur!
Dites-moi de quoi pareille heure
Peut-elle être faite?

Une énorme cloche de verre
Faisant le vide par-dessous
Semble gober la ville entière.
L’asphalte est un rêve qui bout.

Ensommeillement de défaite.

©Livre : René Purnal – Cocktails [Ecrits du Nord // 1922]
©Image : Melischer Entwurf zum Zwölftonspiel für fünf Violinen – Josef Matthias Hauer [1950]
net: http://www.wienbibliothek.at/veranstaltungen-ausstellungen/ausstellungen/josef-matthias-hauer-50-todestag

Arno Calleja – Les animaux sont pauvres

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Les rues sont pleines de maisons vieilles.

Les gens passent : un gen a un chapeau dessus sa tête, un autre tombe il est tombé on le ramasse. C’est le passage des humains.

Les maisons vieilles on les habite pour ne pas payer cher. Et quand on tombe c’est gratuit. Mais si on tombe très fort il faut payer : parce que c’est l’hôpital.

L’hôpital est un vieil hôpital vieux, une soignante pour trente lits.

En général le soignant est une soignante parce que c’est une femme.

Les lits ne sont jamais vides. On dit ‘’lit’’ pour dire ‘’lit avec quelqu’un posé dessus’’.

Sur le lit on dort on se fait soigner et on se fait laver. C’est un lit comme une douche comme un cabinet et comme une pièce. En général, c’est multi-usage.

Quand on sort de l’hôpital il y a une pharmacie à côté, c’est obligé. Il y a toujours aussi un kiosque à journaux à côté quand on sort de l’hôpital pour que dans le lit le malade allongé dessus puisse lire dans son lit comme une bibliothèque.

Il n’y a pas de cheval il n’y a pas de vétérinaire non plus. Pour un vétérinaire il faut aller dehors de la ville, il faut donc trotter si on est un cheval. Si on est un cheval malade qui veut des soins.

Une piqure c’est un soin. Un bandage c’est un soin. Un vétérinaire donne des soins. C’est un médecin de cheval comme un docteur pour humain, pour guérir.

Les rues sont vides de chevaux mais pleines de gens malades dans les maisons vieilles.

On parle des animaux et des humains un peu mélangé.

Les animaux sont pauvres si on les regarde bien. D’ailleurs quand le cheval bande ce n’est pas par plaisir, ça prouve bien. D’ailleurs il ne loue pas sa maison. Il n’achète même pas son box. Ce qui prouve bien qu’un cheval n’a ni le sous ni de quoi le soutirer.

En plus un cheval n’a rien à dire c’est terrible. Aucune imagination. C’est un truc biblique qui remonte à la bible. Les animaux n’avaient rien à la lettre. On pouvait les manger dès qu’on savait cuisiner ils n’avaient rien à dire. Ils n’avaient rien à répondre les animaux longtemps n’avaient rien jusqu’au jour d’aujourd’hui où, en plus d’avoir rien, ils ont eu d’être pauvre. Franchement ça ne vaut pas le coup.

C’est tellement dommage de marcher dans une rue. Avec tous ces visages qui passent on ne voit rien d’autre. Seul un cheval ignore les visages. Il ne les voit pas qui passent. Le cheval n’est qu’au paysage. Le reste lui passe par dessus l’épaule et lui glisse par dessus l’épaule.

Ce sont des vérités de l’ordre de la science des chevaux et de l’ordre de la science des yeux en général.

Il y a des docteurs et des médecins qui se regroupent en cabinet et qui s’occupent de guérir et les animaux et les humains et c’est pratique.

Les docteurs médecins de cabinets ne travaillent jamais que pour le genre humain, c’est là l’intérêt d’être un cheval.

On rapporte des connaissances à son box le soir. Et des connaissances et des médicaments. Même si tu es un cheval pauvre. C’est tout l’intérêt.

©Texte : Arno Calleja
net: http://arnocalleja.tumblr.com/

Béatrice Fontanel – La Ménagère cannibale / Poésie domestique (Extrait) [2003]

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Jacqueline

Elle est méchante et triste
une manière de s’occuper.
Elle hurle dans la rue des obscénités.
Explique aussi à l’épicier
qu’il existe une espère de grenouille
qui n’a pas de cœur.
On raconte qu’elle a été violé
par son père quand elle était petite.
Elle a un fiancé, ivrogne, qu’elle monte
de temps en temps chez elle,
en l’appelant « mon bébé ».
Le reste du temps, assis sur le bord du trottoir,
ils se grattent et s’embrassent.

©Livre : Béatrice Fontanel – La ménagère cannibale / Poésie domestique [Seuil Editions // 2003]
©Dessin : Pierre Lescault (tirée du livre précité) 

À propos de…(4) : Jacques Prévert

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JACQUES PRÉVERT

Que Prévert soit effroyablement athée et blasphémateur, que son action soit corrosive, et qu’il fasse du mal, il ne faut pas le nier. Dans un sens, il faut le rejeter. Pourquoi lui avoir fait ici sa part? C’est qu’il tient une place importante dans la poésie contemporaine, et qu’il y a deux hommes en lui. C’est un défenseur des faibles, des ratés, des pauvres. C’est le poète des faubourgs tristes, du Paris quotidien, des amoureux séparés, des victimes, de la difficulté de  vivre. C’est ce Prévert que nous aimons. C’est aussi un révolté. La révolte est saine quand elle ne manque pas son but. Mais Prévert, dans sa révolte, roule pêle-mêle le vrai et le faux, et surtout se révolte contre Dieu et son Eglise. Encore cette révolte serait-elle admissible si elle postulait un soif d’absolu. Mais Prévert ricane et salit. C’est pourquoi nous n’avons choisi que des poèmes qu’on pourrait appeler de tendresse. Une tendresse peu apparente, mais réelle, qui se cache sous un aspect abrupt et rude.

©Livre : Choix de poèmes contemporains à l’usage des classes de seconde [Editions Universitaires // 1957]
Image : Autographe de Jacques Prévert

Jean Eustache – La maman et la putain (Extrait) [1976]

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Si on allait prendre un petit déjeuner au Mahieu ? C’est un bistrot du boulevard Saint-Michel qui ouvre à 5H25. À cette heure-là on y voit des gens formidables. Des gens qui parlent comme des livres. Comme des dictionnaires. En prononçant un mot, c’est la définition de ce mot qu’ils donnent. Rien avoir avec le jargon, le langage chiffré du Nouvel Observateur ou du Monde.

Je me souviens d’un arabe qui disait, en prononçant chaque syllabe  – Il parait que les femmes noires font l’amour de façon extraordinaire .Quand l’homme introduit son organe sexuel dans le vagin de la femme, il parait qu’il y fait une chaleur de fournaise. C’est un administrateur des colonies qui me l’a dit -. J’aimerais pouvoir parler comme ça. J’y arrive peut-être un peu mais j’aimerais y arriver complètement. Tout à coup au milieu d’une conversation avec des gens, dire « Il parait que les femmes noires font l’amour de façon extraordinaire. Quand l’homme introduit son organe sexuel dans le vagin de la femme, il parait qu’il y fait une chaleur de fournaise. C’est un administrateur des colonies qui me l’a dit. » Parler avec les mots des autres, voilà ce que je voudrais. Ce doit être ça la liberté.

©Monologue : La maman est la putain [Jean Eustache // 1976]
Le Film :La maman et la putain
©Image : La maman et la putain

Jacques A. Bertrand – Les autres, c’est toujours rien que des sales types (Extrait) [2012]

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LE JARGONAUTE

Le Jargonaute, qui navigue en jargon, est un sale type. Et un drôle d’oiseau. Car le jargon remonte au gargun (douzième siècle), qui désignait la production vocale de la gent ailée. Le Jargonaute gazouille, jase, pépie, et finit par se vautrer dans le verbiage, comme le pigeon urbain dans le caniveau. C’est le roi du charabia, l’empereur du galimatias, le grand vizir du sabir, le parangon du baragouin, bref: le prince du phonème au Larousse aboli.
Son chien, un mâtin, aboie en serbo-croate mâtiné de persan.

Le Jargonaute jargonne, comme le jars. Il épouse une oie blanche qui le croit sur parole.
Trouvant l’univers trop simple, le Jargonaute s’emploie à le compliquer. Il se lance dans de longues périphrases, échafaude des problèmes insolubles. De toute façon, le Jargonaute ne résout rien: il solutionne.

Il se complaît exagérément dans la préface -en principe destinée à faciliter l’accès d’une oeuvre ou d’un auteur. Le lecteur consciencieux la lit jusqu’au bout. Après quoi il renonce parfois à lire le reste.
La préface de mon édition des « frères Karamozov », par exemple, fait une trentaine de pages. vers la fin, le préfacier m’avertit: « Il est de notoriété publique que Fédor Dostoïevski écrivait mal ». Ah bon? Je décide donc de me rabattre sur la « Comédie humaine », le cousin Pons, la cousine Berte… La préface fait quarante pages. Et là encore, heureusement, le préfacier me prévient aimablement : « Honoré de Balzac écrivait mal ». Devrais-je recourir aux écrivains contemporains non préfacés? Mais écrivent-ils si bien que ça? Et, parfois, ce n’est pas le préfacier qui jargonne, mais l’écrivain.
Le Jargonaute excelle dans le rapport officiel de trois-cent-cinquante pages. Qui décourage le lecteur et incite le ministre ou le président à surseoir  à toute décision.

Le Jargonaute ne donne pas l’impression de souhaiter être compris. Craint-il qu’on ne le trouve pas assez intelligent? Ou que nous le soyons insuffisamment? Se pourrait-il qu’il ait peur de se comprendre lui-même? Il est vrai que les gens ont souvent du mal à se comprendre.
Il peut d’ailleurs arriver que son art, du confus tourne à sa propre confusion et confine à la pathologie. Quand il écrit, le jargonographie le guette. Mais personne n’est à l’abrir de la jargonophasie, l’aphasie jargonnesque. Car la vie n’est pas toujours bien faite et il n’est pas nécessaire de vivre par l’épée pour mourir par l’épée.

On repère facilement le Jargonaute dans les sciences humaines: il possède plus de mots pour définir la psychosociobiologie cognitive que le Mongol pour définir le cheval, ce qui n’est pas rien. En politique, c’est un ténor de la langue de bois – dans son acception dialectale germanopratine. Il ne déteste pas « complexifier » la philosophie, à l’occasion. ( Diogène s’en retourne dans son tonneau.)
Mais la critique d’art (contemporain) est son domaine de prédilection.
Pierre Jourde a fait remarquer que le mot « beauté » a été totalement éradiqué de la critique d’art. L’art n’est pas beau. Il n’a pas pour but de déclencher une émotion esthétique. L’art interroge. Et d’abord, il interroge l’art lui-même. L’art interroge l’art, c’est même à ça qu’on le reconnaîtrait.
Pour ma part, j’ai cessé de m’interroger sur les fameuses « colonnes de Buren », dans les jardins du Palais-Royal, sous les fenêtres du ministère de la Culture. Un dictionnaire populaire m’assure, à propos de M. Buren, que « sa critique sociologique de l’art passe par un travail sur l’environnement ». N’est-ce pas lumineux?
On voit bien l’utilité de l’art contemporain. Et celle du travail. Telle est la fonction de la fonctionnalité.

Parfois sous le coup d’une émotion forte, le Jargonaute se met à parler normalement, en termes simples. Sa famille s’inquiète.
Parmi les sous-espèces, l’accro du poncif – qui vous déverse dans l’oreille le cliché et l’expression toute faire comme jadis le bougnat versait le charbon dans les caves – est le plus polluant.
C’est un type qui a la « culture » du dialogue, la culture de quartier ou la culture de la négociation, la « culture » des mots. En passe de retrouver ses sensations (il les avait perdues), il monte en puissance; il découvre la culture du succès. Délaissant les filières bovines et porcines, trop courues, il suit désormais à Roland-Garros la filière service/filet.
Ailleurs, immergé dans la culture d’entreprise, il apprécie le goût anglais du sigle animalier. En vue d’une prochaine réunion, le Jargonaute abréviationiste se concentre sur un DOG (document d’orientation générale), en vue de la création d’un PIG (produit d’intérêt général) et fait circuler une NIG (note interne générale) pour recommander le CAT (compte à terme).
Abrégeons, nous aussi.
Passons rapidement sur le Jargonaute édulcorant.
C’est celui qui pense que nous nous sentirons moins dirigés par une gouvernance que par un gouvernement. Moins gênés par une régulation que par une réglementation. Moins affectés par une maltraitance que par de simples sévices…

Résumons. Le Jargonaute pépie. Il préfère qu’on ne le comprenne pas. Il ne se comprend peut-être pas lui-même. Il a la culture de l’interrogation.
Mais quand, pour évoquer quelqu’un dans la tourmente (politique, juridique ou sportive), il prétend qu’il est « dans l’œil du cyclone », c’est dans son œil à lui qu’il se met le doigt. Car, nous assure les diplômés des catastrophes naturelles, au milieu de la tornade, il reste un endroit calme, où il ne se passe absolument rien, et c’est justement dans l’œil du cyclone.
On aimerait pouvoir être tranquille cinq minutes dans l’œil du cyclone.

©Livre : Jacques-André Bertrand – Les autres, c’est toujours rien que des sales types. [Julliard // 2012]
©Image : Micael Filipe [Beau-Parleur]
net: http://www.micaelfilipe.com/

Carlos Edmundo de Ory – Aérolithes (Extraits) [1962]

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« Si je pleure, c’est parce que j’ai des larmes »

« Le sang engendre des fantômes. »

« L’inglorieuse fin de la vie. »

« Sois poète un instant et homme tous les jours. »

« La phonétique ne s’apprend pas dans les livres, mais dans le bruit du monde sur ton cœur. »

« L’imagination, cette éponge de  l’infini. »

« Hostilité de rondeurs et de couleurs entre l’orange et la tomate. »

« Se souvenir  d’un plaisir est un plaisir nouveau qui ne laisse pas de traces »

« Je suis le crieur du Silence. »

« Par mes mains pleines de curiosité je touche l’insecte de l’inconnu. »

« Lorsque tu dors, souviens-toi de te réveiller. »

« Je suis fatigué de demain. »

« Pourquoi plus d’obscurité si la nuit nous donne déjà tout ce dont nous avons besoin? »

« Le sel: menstruation universelle extraite de l’Eau. »

« Oh, Musique! Langue de la douleur de Dionysos. »

« De quoi sont faites les cathédrales gothiques sinon d’intransigeances mystiques? »

« Je demandais à un enfant de 3 ans :
– Qui sont les hommes? Et il me répondit :
– Le mal.
– Et les femmes :
– Un chapeau »

« L’oreiller est la flûte du sommeil. »

« J’aimerai de Dieu, pour l’adorer, qu’il sache exactement et sans les compter combien de cheveux j’ai sur la tête. »

« Tu ne dis rien : tu parles. »

« Un héros est la misère la plus épouvantable. »

« Les jeunes filles! Attends un peu. ne les habilles pas avec tes robes. »

« Si tu aimes être appelé poète dès ta jeunesse, veille à vivre peu. Toute une longue vie pour un petit sobriquet est ridicule. »

« Ne souffre pas pour la poésie. Qu’elle te supporte. Ne la conçois pas. Qu’elle te conçoive. Les larmes ont besoin de l’homme. Et le vin. Et l’eau. Le contraire produit des rhétoriciens des ivrognes, des assoiffés. »

« Si tu veux donner un style à ton oeuvre, donne une cohérence à tes sentiments, non à tes phrases. »

© Extraits tirés de « Aérolithes » de Carlos Edmundo de Ory publié dans le numéro XIV de la revue Réalités Secrètes en 1962 [Rougerie]
©Image : Emiliano Ponzi

Extraits du hasard (5)

(Des extraits trouvés au hasard d’un site internet, d’un partage sur Facebook, d’une citation dans un livre, une référence dans un film…)

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Quand un homme a atteint la vieillesse et accompli sa mission, il a le droit de considérer en paix l’idée de la mort. Il n’a aucun besoin de ses semblables, il les connaît déjà, il en a vu assez. Ce qu’il lui faut, c’est la paix. Et qu’on n’aille pas le chercher, qu’on ne l’accable pas de bavardages, qu’on ne l’oblige pas à souffrir des banalités. Que l’on passe devant chez lui, comme si personne n’habitait.

Texte : Meng‑Tseu (Mencius)
©Photographie : Joaquim Cauqueraumont

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j’ai des perspectives qui s’ouvrent et des mondes entiers à écrire

©Texte : Florian Houdart
©Image : John Pederson [Spaceman on small planetoid passing through Jupiter’s Moon belt]

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Les mots ça ne sert à rien surtout pas à communiquer. C’est comme déposer ses excréments, rejeter, parler, dire n’importe quoi, aimer, être vivant. On est obligé autrement on a des vapeurs, des maux de tête et on meurt. On devient fou à cause du silence. Je me tue quand je suis muette. Je joue à tuer. Je joue à aimer. Je joue à jouer.
Parce que je dis des trucs inutiles, je peux passer une journée à ne rien faire assise sur le banc du métro avec mon cahier. Je me ronge les ongles et j’arrache les petites peaux autour. Je me gratte les dents avec une allumette. Je mets un doigt dans le nez, dans l’oreille. Je m’accorde à mon corps. Je fais connaissance. Nous nous retrouvons. des mots, des mots toujours, ça devient fatiguant … Je m’aperçois que j’ai des seins, des genoux, un ventre, un enfant bientôt. Je me sens bientôt. Je me sens corps. Je répète le mot Corps

©Livre : Emma Santos – La malcastrée [Editions des femmes // 1976]

Louis Calaferte – Paraphe (Extraits) [1974]

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« Tout ce que je dis n’a aucune importance, comme tout ce que je ne dis pas. »

« Il lisait les gens par-dessus son journal. »

« Si vous ne vous sentez pas libres, cassez tout! »

« Hâtez vos agonies, on ferme! »

« Il n’y a pas de belles têtes de bourgeois. Ce sont toujours de sales gueules. »

« Le temps passe en décolorant. »

« Il est indispensable de s’accueillir quelquefois soit-même avec sympathie »

« Je sais que ça vous est insupportable, mais je n’y peux rien, je ne suis pas comme vous. »

« Il faut bien se survivre… »

« Il faut me juger en édition intégrale »

« Je vais vous dire comment il faut vivre : dans L’INSURRECTION MAJUSCULE. »

« Un mensonge derrière chaque vitre. La ville s’engrosse. »

« Il faut compter avec moi, parce que je compte sans vous. »

« Il y a beaucoup de terrains impraticables dans ma mémoire. »

« Ils lui ont coupé la tête qu’il avait de plus qu’eux. »

« Je me marmonne toujours un peu. »

« Les armes à double léchant. »

« Nous entrions timidement dans les orages de la gloire »

« Il faut compter aussi avec les heures de rêveries, d’inconscience, d’oubli, de distration, de bêtise, de jacasserie, de plaisir.
L’un dans l’autre, ça passe vite »

« Il faut que je vous dise:
J’en ai gros
gros
gros
j’en ai gros comme ça sur le cœur. »

« Je ne veux pas qu’on
un point, c’est tout »

« On passerait des heures à songer à la mécanique de l’œil. »

« Les rues sont pleines de gens qui ont réellement de très sales gueules. »

« C’était une femme qui avait des dizaines de bienfaits à se reprocher. »

« Une sibylle est léchée sous son sein qui larmoie dans la cohue pendant que je prie.
Un indocile biffe son bien qu’il doit à la Russe pendant que je ris. »

« J’ai horreur qu’on touche à ce qui m’appartient. Je ne touche qu’à ce qui appartient aux autres. »

« MES IMAGES SONT DES HOMICIDES. »

« Ça manque d’imprévu. On sait comment ça finit pour tout le monde. »

« J’agis par abréviation. »

©Livre : Louis Calaferte – Paraphe [Denoël // 1974]
©Image : Pierre Bolide
net: http://www.pierrebolide.fr/

Mikhaïl Mitsakis – Dans la maison des fous (Extrait)

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La population de l’asile est plutôt modeste. Si je ne m’abuse, le nombre de ses pensionnaires ne doit pas excéder la centaine, hommes et femmes confondus. Mais quelles dimensions gigantesques ne faudrait=il pas donner à l’édifice si ce dernier devait contenir tous ceux qui y ont leur place! Combien d’individus censément sains d’esprit ne se révéleraient=ils pas atteints de toquades bien pires et autrement plus inquiétantes que celles dont souffrent ceux qui sont ici enfermés! Comme si l’ambition et la vanité, dont l’obstination n’a d’égale que la vacuité, et le désir de s’enrichir toujours d’avantage, et la poursuite de chimères à jamais hors d’atteinte, et la soumission à des idées reçues et notoirement ineptes n’étaient pas autant de formes déguisées de la folie? Combien d’hommes politiques agitateurs d’idées creuses et prêts à tout pour voir se réaliser leurs utopies ne seraient-ils pas parfaitement à leur place parmi les pensionnaires de cet établissement! Et combien de solliciteurs, brigueurs de postes, et d’honneurs, et de considération, qui n’hésiteraient pas à tout briser sur leur passage pour satisfaire leur passion d’un jour! Combien d’esprits médiocres qui, à l’instar de Koskinas le mathématicien, prétendent au génie! Et combien d’âmes plus violentes et brutales que le faciès du géant frissonnant! Combien d’amoureux sans plus d’espoir ni d’avenir que le malheureux gendarme, combien de fous en liberté et de déments qui s’ignorent, combien de possédés circulant par les rues, en toute impunité?

©Mikhaïl Mitsakis : Un chercheur d’or  / La vie / Dans la maison des fous (Traduit par Gilles Ortlieb) [Finitude // 2003]
©Photographie : Eugène Richards
net: https://eugenerichards.com/

Le livre et l’écolier au 19e siècle (extrait) [1970]

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ABECEDAIRES

« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu… » (A. Rimbaud)

Au début du XIXe siècle, il faut parfois plusieurs années pour apprendre à lire. L’enfant commence à épeler une grande partie de la journée; puis il assemble des groupes de lettres de plus en plus longs; il aborde enfin directement les mots sans les décomposer en syllabes. Les textes latins aux articulations plus simples et sans voyelles muettes sont fréquemment utilisés. Nombreux sont encore les « patoisants », et les frères des Ecoles Chrétiennes eurent la lourde tâche de renoncer au latin pour leur apprendre à lire en français

Après 1830, la méthode Peigné connaîtra un vif succès; elle va de syllabes simples aux mots simples et passe rapidement à de petites phrases pour encourager les enfants du siècle : « On aime à porter un pantalon de nankin au mois d’août…Les Kalmouks habitent la grande Tartarie… »

L’élève, sous la Restauration, apprend les lettres dans des alphabets ou « Sainte Croix » ornés d’un crucifix. Souvent avant de lire, il porte le doigt sur chaque branche de la croix en disant : « Sainte Croix Aidez-moi A bien lire Ma leçon ». Ces alphabets ont un aspect austère si nous les comparons aux ravissants abécédaires illustrés à l’usages des enfants des classes aisées. L’image, discrètement, s’introduit en suggérant les sons.

On remarquera surtout, dans l’évolution de l’abécédaire, les diverses astuces typographiques pour diminuer peu à peu les caractères,  séparer les syllabes, mettre en valeur les lettres réellement prononcées d’un mot, qui, trop souvent encore, n’évoque rien pour l’enfant.

Dans les salles de classe des tableaux de bois, sur lesquels sont peints l’alphabet, les principales syllabes et les signes de ponctuation, précèdent les tableaux imprimés pour lesquels des caractères de taille suffisante manquent au début du siècle. Parfois même une ingénieuse « machine à rubans » permet de faire glisser des bandes et de juxtaposer radicaux et suffixes de façons variées.

©Le livre et l’écolier au 19e siècle [Nice 1970]
©Photographie : Becca Bond Photography