G. C Lichtenberg – Le miroir de l’âme (Extraits)

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« Comme toutes les espèces animales témoignent du dessein très sage de leur grand créateur, on se demande pourquoi les rejetons de la communauté humaine n’en expriment souvent aucun. »

« Les aliments ont sans contredit une très grande influence sur la condition humaine telle qu’elle est de nos jours. C’est le vin qui exerce le pouvoir le plus ostensible; celui des aliments est certes plus lent, mais tout aussi certain. Qui sait si l’on n’est pas redevable de la pompe à air à une soupe bien préparée et, souvent, d’une guerre à une qui l’es moins? Voilù qui exigerait une recherche approfondie. Qui donc sait si le Ciel n’atteint pas ainsi ses vastes fins, soutenant les sujets fidèles, bousculant les trônes et libérant les Etats, et si les aliments ne sont pas, en fait, responsables de ce que l’on nomme « influence du climat »? »

« Notre vie est si parfaitement suspendue entre le plaisir et la douleur que des choses peuvent parfois nous blesser qui servent à notre subsistance, comme un naturel changement d’air et pourtant, nous sommes faits d’une bourrasque.Qui sait si une bonne part de nos plaisirs ne provient point du balancement? Cette sensibilité est, peut-être, l’une des pièces maîtresses qui font notre avantage sur les bêtes. »

« Observer d’un angle différent les choses que l’on a tous les jours sous les yeux ou, mieux encore, à travers u verre grossissant est souvent un moyen d’étudier le monde avec succés […] »

« La complexion de notre nature est sage au point qu’elle éveille à la fois en nous les douleurs passées et les plaisirs disparus; d’aussi loin que nous puissions prévoir un plais prochain ou une peine future, nous n’apercevons jamais vraiment que les sensations tristes ou heureuses sont également partagées, mais plutôt qu’au-delà du plaisir, il s’en trouve un autre plus grand encore. »

« Il tonne, mugit, hurle, susurre, siffle, gronde, bourdonne, vrombit, grogne, résonne, coasse, geint, chante, claque, fracasse, éclate, clique, craque, frappe, grommelle, tape, crie, vagit, beugle, murmure, roule, glougloute, râle, sonne, souffle, ronfle, fouette, blèse, halète, bouillonne, rugit, pleure, sanglote, éclate, bégaye, balbutie, roucoule, expire, tinte, bêle, hennit, grince, racle, bout. Ces mots, et bien d’autres encore qui expriment des sons, ne sont pas de simples signes, mais une manière de peindre les mots pour l’oreille. »

« Les règles de grammaire ne sont que des conventions humaines; c’est pourquoi le diable, quand il parle à travers les possédés, à un aussi mauvais latin. »

« Dans un maison de fous, il doit y en avoir un qui parle le shakespearien. »

« Avec le ruban qui devait unir leurs cœurs, ils ont étranglé leur paix. »

« La méthode du carnet de notes est hautement recommandable. On y inscrit toute phrase, toute expression. On s’enrichit à l’épargne des vérités de quatre sous. »

« Il y a une grande différence entre croire en quelque chose et ne point pouvoir croire en son contraire.Je puis bien souvent croire en quelque chose sans le pouvoir prouver, un peu comme je ne puis croire en une chose que je ne sais cependant réfuter.le parti que j’adopte sera déterminé, non par une forte preuve, mais par la prépondérance de l’évidence. »

« Nous devons croire que tout a une cause comme l’araignée tisse sa toile afin d’attraper des mouches, et le fait bien avant de savoir qu’en ce monde il existe des mouches. »

« L’écriture est un moyen excellent pour réveiller le système qui dort en tout homme, et quiconque a jamais écrit a bien vu que l’écriture éveille toujours ce dont nous n’avions pas une claire conscience, bien que ce fut en notre sein. »

« […]on doit refaire le crépis de sa philosophie tout les dix ans. »

« Ce qui rend l’amitié véritable et, plus encore, le lien heureux du mariage si charmant, est l’extension du moi et ce, au-delà de toute frontière, si bien qu’aucun art au monde de l’homme isolé ne peut le rejoindre. Deux âmes qui s’unissent ne le font jamais de manière qu’elles ne suscitent entre elles cette avantageuse différence qui rend la communication réciproque si agréable. Celui qui gémit ses peines en lui-même ne trouve aucun écho; celui qui les confie à sa femme, le fait à un autre lui-même qui le peut aider et l’aide déjà en étant son complice. De la même manière, celui qui éprouve du plaisir à entendre louer ses propres mérites trouve en elle le public auprès duquel il peut se vanter sans crainte du ridicule. »

« Même les jeunes filles les plus douces, les plus modestes et les meilleures sont toujours plus douces, modestes et meilleures lorsqu’elles se sont trouvées belles au miroir. »

« Un grand secret connu de bien des hommes et qui le sera encore de plusieurs encore qui représentent les deux sexes; un secret que l’on apprend habituellement sur les places publiques, mais dont personne jusqu’à présent n’a révélé les arcanes ni ne les révélera jamais: la sensation que l’on éprouve quand on nous coupe la tête. »

« Les lignes de l’humanité et de l’urbanité ne coïncident pas »

« Sa toux était si creuse que l’on croyait, à chaque son, entendre à la fois la double table d’harmonie de la poitrine et du cercueil. »

©Livre :  G. C. Lichtenberg – Le miroir de l’âme / Aphorismes traduits et présentés par Charles Le Blanc [José Corti // 2012]
©Photo : Joaquim Cauqueraumont [Carnets de note]
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