José Martí – Vers libres (Extraits) [1997 pour la traduction]

manuel mendive (peintre cubain)

[Bien: Yo respeto]

Bien: yo respeto
A mi modo brutal, un modo manso
Para los infelices e implacable
Con los que el hambre y el dolor desdeñan,
Y el sublime trabajo, yo respeto
La arruga, el callo, la joroba, la hosca
Y flaca palidez de los que sufren.
Respeto a la infeliz mujer de Italia,
Pura como su cielo, que en la esquina
De la casa sin sol donde devoro
Mis ansias de belleza, vende humilde
Piñas dulces o pálidas manzanas.
Respeto al buen francés, bravo, robusto,
Rojo como su vino, que con luces
De bandera en los ojos, pasa en busca
De pan y gloria al Istmo donde muere.

[Bien: Moi je respecte]

Bien: moi je respecte
A ma façon brutale, des manières douces
Envers les malheureux et implacables
Envers ceux qui méprisent la faim et la douleur,
Et le travail sublime, moi je respecte
La ride, le cal, la bosse, la farouche
Et pauvre pâleur de ceux qui souffrent.
Je respecte cette pauvre femme d’Italie
Pure comme son ciel, qui à l’encoignure
De la maison sans soleil où je dévore
Mes désirs de beauté, vend humblement
Des ananas sucrés ou des pommes blafardes.
Je respecte le bon Français, brave, robuste,
Rouge comme son vin, qui avec des éclairs
De drapeau dans le yeux, traverse en quête
De pain et de gloire l’Isthme où il périt.

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[Mis versos van revueltos y encendidos]

Mis versos van revueltos y encendidos
Como mi corazón: bien es que corra
Manso el arroyo que en el fácil llano
Entre céspedes frescos se desliza:
Ayl: pero el agua que del monte viene
Arrebatada; que por hondas breñas
Baja, que la destrozan; que en sedientos
Pedregales tropieza y entre rudos
Troncos salta en quebrados borbotones,
¿Cómo, despedazasa, podra luego
Cual lebrel de salón, jugar sumisa
En el jardín podado con las flores,
O en la pecera de oror ondear alegre
Para querer de damas olorosas?
Inundará el palacio perfumado
Como profanación: se entrará fiera
Por los joyantes gabinetes, donde
Los bardos, lindos como abates, hilan
Tiernas quintillas y romances dulces
Con aguja de plata en blanca seda.
Y sobre sus divanes espantadas
Las señoras, los pies de media suave
Recogerán, – en tanto el agua rota, –
Convulsa, como todo lo que expira,
Besa humilde el chapín abandonado,
Y en bruscos saltos destemplada muere!

[Mes vers s’élancent tumultueux et ardents]

Mes vers s’élances tumultueux et ardents
De même que mon cœur: on comprend que s’écoule
Paisible le ruisseau qui dans la douce plaine
Parmi le frais gazon ruisselle sans effort:
Ah!: mais l’eau qui de la montagne dévale
Violemment entraînée; qui par d’épais ronciers
Asséchés se précipite, et parmi les troncs
Âpres, bondit en effervescences brisées,
Comment, ainsi rompue, ensuite pourra-t-elle
Comme un chien de salon, jouer apprivoisée
Avec les fleurs du jardin bien taillé,
Ou dans un aquarium d’or ondoyer gaiement
Pour donner du plaisir aux dames parfumées?
Elle inondera le palais plein de parfums
Comme profanatrice: farouche elle entrera
Dans les salons soyeux, où les poètes
Pimpants ainsi que des abbés, se faufilent
De tendres strophes et romances suaves
Dans la soie blanche avec une aiguille d’argent.
Cependant que sur leurs canapés les dames
Épouvantées, retireront leurs pieds
Au bas délicats, – tandis que l’eau brisée, –
Prise de convulsions, comme tout ce qui meurt,
Baise humblement l’escarpin délaissé,
Et en secs soubresauts disloquée, elle meurt!

©Livre: José Marti – Vers libres (Edition bilingue établie par Jean Lamore – Prologue de Cintio Vitier) [Harmattan/ Editions Unesco // 1997]
©Peinture : Manuel Mendive

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