Julien Torma – Euphorismes (Extraits) [1926]

Catrin-Welz-Stein_1

« Il récitent chaque jour leur leçon de -moi- »

« – Faire sa vie -? Ils entendent par là – gagner (?) sa vie – toute la journée et réserver deux heures pour rêver ce qu’elle pourrait être. Les descentes de lit glissent sous leurs pieds nus et se cachent dès qu’ils sont chaussés. Nostalgie des voyages, des quatre-cents coups. Un de plus pour casser les vitres de leur aquarium? Pa si bêtes. Congratulations qui les retiennent de forcer les serrures. Il leur suffit d’être voyeurs. C’est une core un moyen de rester en place. »

« Ils deviennent fous, mais ils restent con. »

« Ne te laisse pas regarder dans les yeux par une crémière : à plus forte raison si ce n’est pas une crémière. »

« Ecrire des romans érotiques à lire dans le noir. En langage Braillette. »

« Tant crie-t-on Noailles qu’elle finit par y venir. »

« Surtout ne jamais porter de muguet à la braguette, cela porte bonheur. »

« Il n’y a que deux attitudes : se résigner ou se révolter. Toutes deux à la limite, exigent la même liberté et la même lucidité. Malheureusement nos révoltés sont encore et toujours beaucoup trop résignés, et nos résignés beaucoup trop révoltés. »

« Ce qui répugne dans le lâche, c’est qu’il rougit de sa lâcheté. Il faut beaucoup de courage pour être vraiment lâche. »

« Éclairer la nuit ce n’est que la rendre plus évidente. »

« Tirer l’huile du mur pour graisser la patte à l’escargot. »

« Ils enfoncent des portes ouvertes, se vautrent dans l’évidence, s’en veulent enduire de couches épaisses pour ne plus voir l’obscur, et après des pages d’équations arrivent enfin à poser : 0 = 0. »

« Les martyrs ont tous plus ou moins des gueules de faux-témoins. Très satisfaits qu’on les prenne tellement au sérieux. Mais rien ne sert de mourir, il faut pâtir à point. Et par-dessus le marché, ça ne prouve jamais rien. »

« Le beau parfait somme d’admirer : il est assommant. Le beau imparfait doit être en quelque sorte accueilli, apprivoisé et comme embobiné. Souvent la fêlure de l’ironie est cette imperfection qui sauve. »

« Le beau à besoin d’être incongru. »

« L’outrance met les outres en transes. »

« La plupart des artistes exhibent leurs idées neuves ou fraîchement retournées comme les paysans leurs habits du dimanche. »

« S’ils rient, il se hâtent de sauver leur rire de la frivolité en disant : Quel grand comique! »

La vrai poésie met mal à l’aise. Elle est soupçon dans toutes les dimensions du terme. Le poète ne crée que dans cette retouche rapide et presque esquivée de l’ironie maladroite, du trait inachevé, de l’échec subi légèrement. Dès qu’il ouvre les écluses, c’est la grande vidange. Cette basse facilité se déverse en discours et en descriptions. La célébration devient tout de suite fausse aisance. Rimbaud, a dû se mordre le doigts d’avoir fait du Victor Hugo et peut-être s’il s’est tu… Souvent chez Max Jacob on devine une célébration larvée.
Mais il y a une moralité. La célébration exige l’inconscience du patient, sinon elle déçoit. La célébration de la Messe, après tout ce qu’on a dit du mystère, du sans, de la mort : ce n’est que ça? »

« Mais si, mais si, il faut dire : La Fontaine je ne boirai pas de ton eau. »

« Enfermer la poésie dans le poème, c’est l’empêcher de pénétrer dans la vie. N’écrivons plus rien. Le poète de demain ignorera jusqu’au nom de la poésie. »

« J’ai connu un poète qui passait son temps – comme on passe une crème –  à rédiger des centaines d’auto-notices nécrologiques. j’en ai connu un autre qui composait ses poèmes à la mode des confiseurs : avec un machin infundibuliforme et des sucres roses, verts, bleus, mauves… Et quand le poème était fini, il le mangeait. Pourquoi ne pas dire que je tiens ces deux types avec moi-même pour les trois plus grands poètes vivants? »

« Si un ivrogne te raconte une histoire de poèmes truqué, écoute-le de toute ton âme. »

« Les surréalistes d’aujourd’hui tirent les yeux fermés des chèques sans provison sur un héritage détourné par captation et hypothéqué jusqu’aux frontières du néant. Dans leur genre de vie, négociants en tragique retapé et brasseurs de petites bières sans cadavres, ils ont préféré le veau d’or à la vache enragée, les problèmes au poème et le faire-savoir au savoir-faire
Au bon moment, ils savent sortir de leur poche-revolver la recommandation-fruit-du-chantage devant quoi s’ouvrent les portes des libraires ou l’ultimatum rédigé à l’encre antipathique.
Leur programme : planter des drapeaux à tous les carrefours de l’existence, assurer que leur passé leur tient, dès à présent, lieu d’avenir et les dispense de faire leurs preuves par neuf, hurler au scandale si on leur demande de montrer patte blanche en écartant le poil qu’ils ont dans la main. Pour le reste, se les rouler avec distinction. Bernards-l’hermite de la poésie, coiffés de leurs méduses à monocles, voici venir les fils à Dada. »

« Il ne s’agit tout de même pas de se prendre pour une énigme, quand on n’est que mots croisés. Inutile de partir en croisade pour en trouver la solutions (ou la dissolution) au fond d’un sépulchre. »

©Livre :  Julien Torma – Euphorismes [Paris // 1926]
©Digital Atwork : Catrin Welz-Stein
net: http://catrinwelzstein.blogspot.be/
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