David Bosc – Farid Imperator (Extrait) [2015]

Edmund-Blair-Leighton---The-Accolade--1901-

C’est un gamin de huit ans, curieux, livré à lui-même dans un grand port où passent tous les visages du monde. Frédéric est reçu chez les uns, chez les autres, il apprend les langues (il en parlera neuf). Il dira plus tard que Dieu n’aurait jamais choisi la Palestine s’il avait connu son royaume de Sicile: partout des jardins, des palais, des bains, plus de deux cents églises et bien trois cents mosquées. Frédéric choisit ses maîtres parmi les Arabes et les Gréco-Syriens; son appétit de connaissance les enchante, sa vivacité les émerveille. Il a douze ans quand les hommes du pape le reprennent en main. De pâles ecclésiastiques tentent de désherber son esprit des conceptions mauresques, peine perdue. Il leur prend le peu qu’ils ont à donner: du latin, quelques notions de rhétorique. L’un de ses précepteurs écrit au pape qu’il est habile  à l’arc aussi bien qu’à l’épée, sans pareil s’il s’agit de monter un pur-sang, mais que « cependant, il peut lui arriver d’agir d’une façon choquante et même vulgaire », que de plus « il cause et discute avec tout le monde d’une façon qui porte un peu atteinte au respect qui lui est dû ». Il est aimé. On le salue. On l’appelle dans les rues: Federico! Féfé! Farid!

Deux ans de patience et le voici majeur. Il renvoie ses tuteurs, reprend sa couronne: roi de Sicile pour commencer. Il a quatorze ans. L’année d’après, il est marié à Constance d’Aragon qui lui donnera un fils aussi vite que possible. (Frédéric aima passionnément les femmes et il en eut des tas d’enfants, dont dix-neuf ont trouvé place dans son arbre.) Il va conquérir la moitié du monde sans presque jamais tirer l’épée: le plus souvent, il a triomphé en se montrant vulnérable, désarmé. La bataille de Bouvines (Montjoie, Saint-Denis!) le débarrasse de son rival Othon. Il est proclamé à Nuremberg, couronné à Mayence, puis Aix-la-Chapelle, sacré à Rome, excommunié, couronné à Jérusalem, excommunié de nouveau. Le papa Grégoire dit qu’il est « un monstre sorti de la mer, dont la gueule ne s’ouvre que pour blasphémer Dieu ».

©Livre : David Bosc – Relever les déluges [Verdier // 2017]
Peinture : Edmund Blair Leighton [The Accolade 1901]
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