Paul Dewalhens – Cymbalum Mundi (Extraits) [1970]

paul dewalhens

PHILEMON

Il était né avec des boyaux d’un vascularisme rhapsodial. Le cal mal placé sur la fessedroite, héritage de congénitalesque mascarade, l’incommodait et le portait à invectiver l’almanach à toute heure du jour. Il se nourrissait de condiments mauresques et de fruits de l’arbre à faune. Les perles, disait-il, sont aussi bien mangées par les cochons que par un président de tribunal de première instance. Il sentait la vie jusqu’au raglan et savait que les exigences sont faites de corps-de-garde et d’hommes-à-fleurs. Héla! Il avait la bourse sèche comme un rebec!

UN HOMME

Arthur a tout ce qu’il faut pour être heureux: des affaires qui prospèrent, une femme aimante et économe, des enfants qui ne boudent pas à la besogne, des propriétés, des argents.
– Comment vas-tu, Arthur?
– Mal, je m’emmerde!

EUPHROSINE

En se mastrouillant les miches, elle se rappelait ses dix-huit ans. Des coquelicots teintèrent ses joues rondes. Elle eut chaud tout à coup au souvenir des doigts qui caressaient ses cuisses. A cinquante ans, à Dieu vat! L’écorce se dessèche et l’on se console en jouant du bombardon. Son mari écornifle des calembredouilles pour user le temps des duos de vétillards.

N’EST PAS PHILOSOPHE QUI VEUT

Malgré les rodomontades d’un métèque à la voix de Jean-Foutre et le brouillamini que font les cocottes acidulées, rions à pleine gueule en marge de la mer, dure femelle, qui miaule sur le sable: respirons à pleines tripes dans les forêts ardennaises où l’on se ravigote d’odeurs mâles, et ne pleurons jamais d’être incapables de faire des vers comme en fabrique Monsieur Durandeau. De la contradiction jaillit la lumière,  sinon la vérité, à moins que le thé chez la duchesse ne soit plus qu’un leurre. Une chose irréfutable: la santé de l’espèce animale est assurée par les déjections naturelles. Tout le reste est moutarde (qui monte au nez).

OU IL EST DIT
QU’IL NE FAUT JAMAIS DESESPERER

Le pavé croupissait dans une mare couverte en partie d’une nappe de nénuphars. Il croupissait en compagnie d’un seau écrasé et d’une passoire crevée. Il se rappelait avec quelle mélancolie le temps où les échos du monde lui passaient sur le crâne par la roue des tombereaux. Le pavé n’est plus qu’n objet préhistorique aux yeux des hommes effervescents qui ne rêvent que de bétonner la terre. Un matin de printemps il entendit vaguement le coassement d’une grenouille. Il se nettoya les oreilles, et pensa: – Y a de l’espoir!

NEVROPATHE

Il est capable de provoquer le malheur pour avoir l’occasion de se vautrer dans ses lamentations. Il ne peut vivre qu’en jetant l’anathème sur toute chose. Parfois il sent les aragnes lui courir dans le ciboulot. Il rigole de sa panoplie en grinçant des dentiers, et rouit les Pelléas et les Mélisandes de sa tribu. L’embrun coule des corps pollués par la morve des chameaux et par les renards de la science.

INSTANTANE

Un chat au milieu de la rue grise se léchait les pattes de derrière. Un monsieur qui boitait s’arrêta pour regarder le chat. Pendant qu’il l’observait il découvrit sa jambe gauche jusqu’au genou et se gratta la jambe de bois.

VERGES

La baguette du cornouiller est verge de devin. Nul joueur de bonnet ne fait ses tours sans verge. Verge d’argent et d’or, verge d’ancre et de meule. La foule inattentive s’engouffre dans quelle gueule? Verge de girouette à l’image des vents. Verge de nos bergers, c’est verge à chiens, à enverger, à tringler les coquins, c’est verge à feu trifouillant les petits vauriens. Un jour on signera à la verge de fer! Verges d’amour et de manouilles? Buvons à la sueur des fripouilles!

MECOMPTE

Le boulanger, entre deux fournées, tâtait les fesses et les seins des clientes. Sa femme eut vent des jeux clandestins. Elle espionna, fut tranchante, rendit l’air irrespirable. Il eut peur. Jeta le revolver dans la rivière et aussi l’ombrelle héritée de l’aïeule. Il ne s’est jamais consolé du souvenir des chaudes cailles.

L’ASTHMATIQUE

Le cordonnier ne viendra plus respirer, avec effort, l’air au coin de la rue de la petite Montagne. Les bombardiers ont passé. Les pierres l’ont écrasé alors qu’il venait de raconter au boulanger qu’il avait rêvé de gens qui se poursuivaient, pieds nus, en riant aux éclats, dans une oasis aussi fraîche qu’une pamplemousse. Son tablier pendait au réverbère tordu.

 

©Livre :  Paul Dewalhens – Cymbalum mundi [La Dryade // 1970]
©Photographie : Georges Thiry [L’auteur à Knokke, septembre 1970]

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