Paul Rameau – Gris (passages) (Extrait)

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[…] Innocente est la beauté qui commence avec des raisons. Que l’on devine amantes ou inconnues. La rue est l’épaisseur du moment. Le temps qu’elle fait dépend de ceux qui l’aggravent. Le pavé recule  ers l’industrie. Du fer roule d’esprit en esprit. Des femmes récoltent le sirop des tissus dont l’aigreur rappelle le sommeil au danger des hommes. Et ceux-là ne rentrent qu’avec deux grammes de pouvoir sur les fumées. Certaines ont planté leur croix et enfanté. Ici c’est la tourbe c’est le calcul c’est la rage c’est un glissement d’époque dans les voix. Ici on fait sonner ce qu’on rompt. On ne fuit l’asphalte que pour naître. Ainsi sont groupés les piafs le tas les genoux sales qui épuisent. Ils piétinent. Crachent. La ville les tente. La ville les accule à des chemins. Ils se retournent. Même viande. Mêmes orages. Mêmes victimes. Même charroi. Même lune. Leur bonheur leur présente sa même vitre. Il devinent des platanes à l’ocre d’un enfant. Ils ressassent leur effroi. Il condamnent. A quoi bon n’être pas? En voilà cousues à des manques mais rassurées et blotties dans l’espérance d’un code. Elles répètent l’ombre des maisons comme autant de bornes. Et leurs hardes deviennent inutiles. Elles pleurent jusqu’à fausser l’intensité du jour. Le lendemain est emmanché à la fiction d’un autre. […] Le troupeau mène à l’isolement. Chacun seul dans sa sauvagerie. Tous en bordure de terre. Verticaux. Attendant d’être approuvés. Par vagues se dénudent. Meurtris fouillant la vie encore brûlante. Se réduisant à des âmes. Mais maintenant c’est la plaine qui revient c’est la plaine qui reflue. Uns sont les astres une est leur aventure. Le vent gronde plus concrètement. La nature brille et déploie des hasards. Qui s’agitent dans le vide nocturne comme des branches  brouillant l’azur. Ah bercements! Cette danse. Cette horreur. Quel sommeil perçons-nous?

©Ivar Ch’Vavar & camarades – Le jardin ouvrier 1995-2003 [ Flammarion // 2008]
Paul Rameau – Gris (passages) [Extrait paru dans le n°36 de la revue littéraire « Le jardin ouvrier »]
net: http://remue.net/spip.php?article2664
©Photographie : Joaquim Cauqueraumont

 

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