TOM GUTT – Droit d’asile pour les barbares (Extraits)

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DROIT D’ASILE POUR LES BARBARES

NE PASSONS JAMAIS A L’ACTION. J. A. Dupont

J’ENTENDS ME FORMALISER PEU
DES CONTRADICTIONS APPARENTES. Tom Gutt.

Je préviens dès l’abord le lecteur que je le considère quel qu’il soit, comme un crétin, un cuistre et un lâche. Ceci posé, qu’il n’a pas chercher ici un raisonnement mené avec la rigueur qu’y pourrait déployer un logicien. Je déteste m’ennuyer lorsque j’écris, mais ennuyer le lecteur m’apparaît alléchant. Je ne doute pas que, à cet égard, pareille affirmation se prête à toutes les facilités relativement aux jeux de mots qu’elle pourrait susciter. Il s’agit donc de notes groupées avec un semblant de cohésion, puisque aussi bien la foule risquerait de mal interpréter les insultes portées à son compte dans l’occurrence où j’userais ici d’un langage irrationnel.
Lorsqu’il est écrit je, on peut parfois lire nous, ce qui, bien entendu, ne change rien à l’affaire.

3) LES SEPTS VERTUS CAPITALES SONT INCONTESTABLEMENT LA LUXURE, LA GOURMANDISE, LA COLERE, L’ORGUEIL, L’ENVIE, L’AVARICE, LA PARESSE.

4) Je ne suis pas un sale poète. Je n’ai pas fini de parler. Je dis notamment que la littérature actuelle est une belle à farce. On ne se mouille pas les pieds là-dedans. J’ajoute qu’il n’y a que des cons pour l’alimenter, pour composer les académies, pour baver devant les gouvernements, pour marcher droit.
Le don de vie n’a jamais affecté sensiblement notre manière d’envisager l’existence. Nous avons trop d’estime en effet pour les individus qui se brûlent à leur propre feu, pour accorder encore un quelconque intérêt à la sauvegarde de cette mesquine conjonction. La vie ne vaut vraiment pas qu’on la vive.

Mais vaudrait-elle qu’on s’attachât à la faire disparaître ?

5) La responsabilité est lourde qui m’incombe aujourd’hui de revendiquer pour tous les libertés que, jusqu’à présent, je revendiquais pour moi seul. Il m’échoit en effet de dénoncer la horde de faquins qui infestent la littérature contemporaine. Je n’en veux pour exemples que MM. Aragon, Marcenac et consorts (de la Société des Révérends Pères Communistes), dits engagés, que les pitres : Patrice de la Tour du Pin, Fombeure, etc., que les étrons redondants tels Emmanuel, Audiberti et Cie. Cet entêtement pour ainsi dire scatologique à se confiner dans une attitude intellectuelle dénuée de tout courage résulte du bourrage des crânes consécutif à certaine considération que l’on se flatte aujourd’hui d’accorder à la société, cette vigilante maîtresse, et à la façon enseignée par nos cerbères d’y mener son rafiot parmi la houle des yachts.
L’action poétique doit A TOUT PRIX être dissociée de préoccupations de cet ordre (faute de quoi elle exploserait sur des pétards par elle-même allumés), les « détestables contemporains » ne présentant un quelconque intérêt que dans la mesure où ils appellent des volées de bois vert.

6) Notre époque est perchée au bord d’une tasse. Elle ne sait de quel côté elle doit tomber. La poésie est actuellement une affaire de vie ET de mort. Il s’agit à la fois de gagner et de perdre son salut.

7) DEFINIR LA POESIE ? L’APPROCHER ?
De la poésie, je dirai que je me suis toujours efforcé de l’aborder de face, mais que force me fut parfois de la tourner pour aboutir à quelque résultat (n’entendons pas par là l’acquisition d’un fromage), de faire dépendre son éclosion de « trucs » dont le banal recours au langage est un des plus considérables. Cette manœuvre constitue certes un accroc à l’honnêteté purement mentale (il n’est pas d’honnêteté qui se satisfasse de la consécration de la réalité) dont nous aimons nous réclamer. En effet, l’incapacité RELATIVE que j’éprouve à traduire (il s’agit bien de traduction et non de simple transcription) des ETATS me contraint à laisser subsister un certain décalage entre les mots et la notion qu’ils circonscrivent. À ce propos, la torturante impression « d’avoir un mot au bout de la langue » confirme proprement un déclic poétique, surtout dans la mesure où le mot n’existe pas, mais est proche, prêt à jaillir avec sa puissance évocatrice.
La poésie participe intimement de l’anti-lucidité délibérée. Si ses dehors la contraignent sans échappatoire aux attouchements des pitres, il n’en demeure pas moins qu’elle relève ESSENTIELLEMENT de la seule incompromission qui puisse rendre quelque valeur aux arcanes d’un monde périssable. Elle ne consent qu’à une concession : l’irréductible désespoir dont nous pouvons affecter notre vie, conjonction dont il n’appartient pas aux doctes philistins de déterminer le bien ou le mal fondé. La poésie commence où la raison finit. Pour notre part, nous attendons dans le doute qu’elle nous délivre des démons familiers qui nous traquent sans répit, et avec lesquels la sagesse des nations a beau nous inciter à composer, dans le but d’endormir leur méfiance. Il me suffit que la poésie écorche, défie et , sans doute, sombre.

Texte paru dans le #1 de la revue littéraire « Mort D’Hecube »
©Image : Ben Vautier

 

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