Claire Mousset – Et je rendais hommage…

amsterdam by jazzberry blues

Et je rendais hommage aux cadastres aux plans
Hommage à ce décor très bleu de mappemonde
Que mesure l’accord chiffré des portulans

L’Atlas soudain s’ouvrait comme une poétique
Où je cherchais perdus dans l’azur stylisé
Les cyclones qui vont leurs démarches épiques

Et je rendais hommage aux branches du compas
Qui dessinent pour moi le ciel géographique
Qui retracent en clair l’horaire migrateur
Des mouettes et des lignes aériennes…
Crépitements… La pluie allait son contrepoint
Quand les moteurs chantaient leur dur travail nocturne
Et le repos dans les clairières balisées
d’Amsterdam. Caracas Fort de France Madrid
Tous les pays mouraient dans cet effort cabré
De avions musclés par la course quand prenait
Le virage sur l’autoroute des grands cercles

Ainsi je vous rêvais capitale immobile
Sur vos cercles tournant par degrés exigus
Quand sur le sol à l’ombre mettait cet angle aigu
D’un ange que la nuit et la vitesse effilent

Allume-toi pour nous doucement inconnue
Amsterdam où glissait la piste au ralenti
Nous avons voyagé dans des moiteurs d’abri
Fragile de nuque engourdie et de mains nues

Un amour est entré dans la ville un amour
A reconnu sa ville un navire sa voile
Dans les canaux le ciel retrouve ses étoiles
Ton ombre ma chaleur et ce qui vit autour

Et je rendais hommage à l’amour par la ville
Comme un marin à l’escale pour une fille
Je tatouais le nom d’Amsterdam sur ma peau
Je donnais à ma vie un rythme de marée
De hanches de bateaux balancés sur les reins
Un lent départ à niveau de ville inversée
Nous volions lourdement comme un passage d’anges
– Un grand survol horizontal des profondeurs –
Vers des frontières imprécises des échanges
De vagues et de ciel en un langage gris
Vers un soleil tangent quand à bout d’horizon
Il couche sur la mer sa beauté la plus vive.

Des bateaux Amsterdam tant de bateaux pareils
De la mer à la mer recomposent l’écume
Quand sous tes couperets tombent tant de soleils

Que t’importe l’un d’eux que je vole à la brume
Cet éclaboussement ce froissement de plumes
D’une rame qui bouge au fond de mon sommeil

Que t’importe une erreur sur ton livre comptable
– Le temps s’est arrêté pour bien moins que ‘amour
Laisse-nous ce soleil suspendu dans la fable

Pour nous seuls se cabrer et la ville miracle
Freiner de tout son ciel sa course sur les murs
Accident de soleil dans un fracas d’oracles

Et je rendais hommage aux passants aux marchands
Aux tramways qui portaient des ananas géants
Aux courants agités de foule fourmilière
A ces bifurcations à ces télescopages
Dans un heureux réchauffement de laine rèche
Avec de longs appels de camions déchargés
Novembre travaillait pour les saints et les morts
Et nous passions dans cet effort de chrysanthèmes
Dans cet élan de nébuleuse et de métaux
Jetant contre l’air sec leurs grands astres brutaux
Et les fleuristes-forgerons à leur corbeilles
Proposaient des soleils et des bottes d’éclairs
Dont l’orage demain tonnera sur les tombes

Amsterdam revenir quand tout était possible
Dans cet instant ouvert comme une éternité
Retrouver le départ et l’immobilité
D’une flèche vibrant sur le bois de la cible

Je suis seule à marcher de novembre à novembre
Encore à m’entêter dans cet espace
Mais les morts sont fleuris et le temps revenu
Où la marée ouvrait sa brèche dans ma chambre

Et je lâche les freins nos rires dans les rues
Ton visage surgit hors du film à rebours
Tout près la mer reprend ses vagues en retour
Et dans ce mot magique Amsterdam reparue

Pour que je rende hommage à la ville poème
Aux voyageurs montant l’échelle de Jacob
Ce soir la Sabena relance ses oiseaux
Un train ce soir encore allume sa comète
Les Rois Mages ce soir prendront l’escalator
Et les cargos berçant un commerce lyrique
Se cherchent un passage à travers les époques
Pour dérouter les mers – comme hors d’un mot un mot
Subitement s’évade et change le lexique –
Car c’est le mot magique Amsterdam qui roulait
Dans un piétement de foule cathédrale
Vers l’espace nocturne et balisé des quais
Parvis des grands départs et des lignes mondiales

©Texte : Claire Mousset [Les poètes du bois de la Cambre]
©Illustration : Jazzberry Blue [Amsterdam]
net: https://www.jazzberryblue.com/

 

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