Ivar Ch’vavar – La lune [2008]

earth

La lune

Pour Claire Ceira.

La lune est bleue comme une flamme.
La lune déploie une ombre énorme, longue et tirée comme une épée.
Tourne la lune: cou flexible et musclé, oh! l’os de la mâchoire est trop beau!
La lune est une perle qui regarde une perle qui regarde la lune.
La lune nous suit par la lunette arrière.
Des fiacres se rangent dans la lune, qui est une rue du XIXe siècle dans une nuit sans lune.
La lune a un écho; c’est une toux qui tapote la Terre.
La lune est un décor d’herbes sèches, ciel gris-jaune tout touillé.
La lune change volontiers d’horizon, d’une cabriole.
La lune est une vieille roulotte.
La lune est une poêlée de champignons.
La lune va en houppelande; demain elle ira en nuisette.
La lune lève son bras droit et se love toute dans sa propre aisselle; et s’y lave dans sa propre vaisselle.
Vieille lune : éternelle jeunesse; nouvelle lune: nous vêle du vieux.
La lune vient derrière et pose doucement son menton sur notre épaule.
Vieille hardes de la lune, loques raidies.
Tout ce qui est jeté dans les coins est bon pour la lune.
La lune ouvre et ferme sans toucher; elle heurte, toque et fait résonner.
La lune : on a beau tendre l’oreille: est-ce qu’elle roucoule, zonzonne, tridule, hôle ou bien coucoue?
La lune est un triangle rectangle de lait.
La lune pourrait aussi bien être un pubis noir de jais, très fourni.
Nid-de-poule et nid-de-lune; lait-de-poule, lait-de-lune; chair-de-poule, chair-de-lune : rien à voir.
La lune prend par un pied ses pierrots, les farine et les empoêle.
Œil collé de chassie, monde malsonnant: la lune nous tourne le dos et s’éloigne, on voit ses hautes fesses racées.
La fesse cachée de la lune.
La lune ouvre nos tiroirs et nos portes de placards.
La lune : ombre chinoises et guide-fils…
Les mites viennent de la lune; les mites ont fait une farine de lune.
La lune est nu-mis-mate -.
Ceux qui ont marché sur la lune ont marché dans le ris de veau.
Quartiers de la lune sur les quartiers de la Terre.
La lune encorne doucement ma cornée.
La lune rousse c’est la lune en négligé, vers clarteux, fis-de-la-Vierge, linge pendu, citrouille ouverte.
La lune débarque en voiture bâchée; elle est assise à côté du cocher.
La lune est maîtresse : on voit ses nattes (dans le fond de la nuit).
La lune est une longe qu’elle nous laisse sur le cou.
La lune nous empierre et nous emperruque.
La lune est suave, elle est scellée, seuil et salive, elle tourne autour d’elle-même et nous fait tourner autour de nous autres.
La lune gronde, mais comme les boyaux.
La lune n’a jamais ouvert la bouche.
La lune : Joconde du ciel.
S’il lui arrivait quelquefois d’être mal prise, la lune ferait moins sa fier-cul!
Poil de la lune : le lièvre connaît le secret.
La lune en face du soleil : c’est un simulacre.
La lune : de l’eau noire, des buissons suspects; un horizon bizarrement rapproché – .
Le grelot de la lune n’est pas le grelot de la lune : la lune en face, la menace aux fesses.
La fesse cachée de la lune est derrière nous.
La lune : impassible parce qu’impinçable (une pincée de lune n’est pas de la lune pincée).

Poème tiré de la plaquette « L’os du Cosmos » (2018), repris dans l’anthologie « Ivar Ch’vavar » par Charles-Mézence Briseul [Editions des Vanneaux // 2018]
net: https://poezibao.typepad.com/poezibao/2018/09/note-de-lecture-charles-m%C3%A9zence-briseul-ivar-chvavar-par-guillaume-condello-.htmlv  

 

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