Paul Surgeres – N’ayez pas peur de la violence : Elle peut vous guérir! (1974)

Adam_Rabalais-A_Clockwork_Orange©Adam Rabalais

 

Vous avez vu « Orange Mécanique » ou « Dernier tango à Paris » et vous vous êtes prodigieusement ennuyé parce que ces films n’avaient, selon vous, rien de divertissant ? Rassurez-vous, vous n’avez pas perdu votre temps : des psychiatres viennent de révéler que des films comme ceux-là servent à une meilleure information et qu’ils possèdent d’authentiques vertus thérapeutiques. Ainsi, en dépit de tout ce que l’on a voulu lui faire endosser, « Orange Mécanique » constitue un document de première importance sur l’époque à laquelle nous vivons. Bien sûr, on l’avait deviné mais il est intéressant que des spécialistes nous le confirment officiellement…

Il est des réalisateurs qui utilisent la violence à seule fin de secouer le public. Sam Peckinpah (« La horde sauvage », « les chiens de pailles », « Pat Garrett et Billy le kid ») est l’un de ceux-là et il y réussit fort bien. Pour lui, la violence sert à distraire et le sang n’a jamais une couleur très vraie. Du spectacle donc, souvent saisissant, mais qui ne vise pas à l’authenticité.

Tout au contraire, un réalisateur comme Stanley Kubrick (« 2001 Odyssée de l’espace », « Orange Mécanique ») veut montrer la violence pour la violence. Il la veut réaliste et brutale voire insupportable. Pour lui, un personnage frappé d’une balle est frappé d’une vraie balle, un coup de poing est un véritable direct du droit et le sang n’a rien de commun avec l’hémoglobine. C’est pourquoi certains psychiatres considèrent qu’un film comme « Orange Mécanique » devrait être vu par un public aussi vaste que possible.

BEETHOVEN APAISE…

Le procédé n’est pas sans danger car il peut conduire le public à une immunisation progressive à la violence qui n’irait pas sans conséquences graves pour la vie sociale de l’individu. C’est du moins l’avis d’un spécialiste de la question, le docteur Malcolm Carruthers, qui a publié récemment dans le « British Medical Journal » les résultats d’une étude effectuée auprès du public.

Le docteur Carruthers a étudié le comportement de 46 personnes auxquelles on a projeté « Orange Mécanique » et « Soldier Blue » alors qu’elles étaient branchées sur un électrocardiographe. Chez un grand nombre de sujets, on a constaté un ralentissement du rythme cardiaque pendant les séquences les plus violentes. De l’avis des médecins, ce ralentissement est susceptible de provoquer des évanouissements ou des nausées.

Le docteur Carruthers fait remarquer que le dégoût observé en cours de projection a tété beaucoup moins prononcé au cours des séquences d’ « Orange Mécanique » ou Stanley Kubrick fait usage de la musique de Beethoven et de Rossini pour rendre la violence plus assimilable. D’où sa conclusion :

« Afin d’augmenter la réceptivité d’un sujet à la violence, il suffit d’utiliser des subterfuges comme les thèmes sexuels ou une musique forte. »

« Le danger de tels procèdes, c’est que la violence ainsi traitée conduise à l’immunisation progressive d’un public qui, psychologiquement en arriverait à surmonter sa répulsion pour la violence. Il serait faux de croire que la disparition de cette répulsion puisse s’opérer sans que des conséquences sociales malheureuses fassent leur apparition. Le fait que la violence soulève le cœur est sans doute l’une des forces les plus efficaces et les plus nécessaires pour résorber les tendances innées de tout individu à l’agressivité. »

VOMISSEMENT ET THÉRAPEUTIQUE…

A cela les partisans d’une violence thérapeutique rétorquent que la violence qu’on nous montre quotidiennement à la télévision est trop souvent artificielle. Si quelqu’un est tué, il devient inévitablement un héros sur qui on va verser une larme à moins que ce ne soit un « méchant » dont il fallait se débarrasser. Il faudrait davantage de films comme « Orange Mécanique » où, au contraire des productions de série, la victime saigne, vomit et ressemble à un animal sacrifié par le boucher. C’est de la violence qui atteint un haut degré d’authenticité et c’est la raison pour laquelle elle est réellement thérapeutique.

Dans le même ordre d’idées, certains n’hésitent pas, paradoxalement, à prétendre que l’amour et le sexe sont trop souvent traités de manière outrageusement conventionnelle et qu’un film comme « Love Story » est plus malfaisant pour le public des salles obscures que n’importe  quel film résolument pornographique.

C’est du moins l’avis du sociologue américain Sarah Enwright qui considère, en outre, « que – Love Story – traite des relations homme-femme comme si elles n’étaient rien d’autre qu’une fade romance à l’eau de rose. C’est d’un tel superficiel que ça en devient malhonnête. Les larmes sont fausses et il n’existe rien dans ce film qui fasse écho à l’attachement érotique que peuvent éprouver deux êtres qui s’aiment. C’est une véritable escroquerie ».

« Par contre, – Dernier Tango à Paris – est une exploration honnête de la véritable nature humaine, de la sexualité et, en fin de compte, de l’amour. »

« Le problème avec les films vraiment importants, c’est qu’ils n’intéressent pas la plupart des gens. Le public veut être amusé et non informé. Cela tient à tout un système d’éducation qui a décrété une pour toutes que s’instruire était quelque chose de difficile et qu’il était bien plus agréable de se laisser aller à se distraire et s’amuser… »

Reste à voir ce que penseront nos lecteurs des théories avant-gardistes de la très progressiste Sarah Enwright…

Article paru dans la revue « Ciné Revue » du 21 novembre 1974

 

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