Hubert Mottart – Le luth noir (Extraits) [1964]

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« Forcené de la foi, de l’amour et de l’absolu, Hubert Mottart n’a écrit que des poèmes excessifs, chaotiques, fulgurants. Cette ardeur même, si elle s’accompagne rarement d’un souci artistique, convainc par sa sincérité: un besoin éperdu de sympathie refusée. Hubert Mottart s’est consumé de frénésie: on devrait se souvenir de lui, pour son tempérament. »
[Présentation du poète dans « La poésie francophone de Belgique 1903-1926 Tome 3 » de Liliane Wouters et Alain Bosquet]

 

Poème de la bien-aimée

Tes seins sont les portes de Jérusalem.
Tes cuisses le chemin entre les oliviers.
Ton ventre, le temple d’or où naquit la vie.
Ta croupe est fraîche comme la nuit.
Tes doigts effilés tiennent la fleur du lotus.
Et ta bouche est murmurante comme la fontaine,
Où s’abreuvent des soupirs, où rit le vent.
Viens dans ma tente ô bien-aimée!
Nous entendrons toute la nuit le chant des cèdres.
Nos baisers seront joyeux comme l’été.
Nos rires seront des colliers de perles
Brillant dans un coffret de bois clair.
Dans nos cœurs chanteront les sources lointaines.
Comme, à la fin d’une belle journée,
Dans l’âme de l’eau et des nuées,
Et dans les coupes de fruits, les grappes d’ombre.
Il sera dans le jardin parfumé de ton corps
En la chaleur de midi,
Comme le cri d’appel des oiseaux enamourés,
Comme la paix mystérieuse des feuilles.
L’amour est notre patrie.
Ici est la douce fin de notre voyage
A travers le désert de l’espace et des années.
Ici brillent les joyaux de l’éternité.
Notre lit moelleux sera le miroir de nos songes.
Il sera le témoin de notre ardeur.
Il entendra nos chants et nos soupirs.
Près de toi, la mort me sourira autant que la vie.
Tes caresses me donneront le repos.
Ta bouche me livrera tous les secrets
D’un long silence joyeux.

L’automne

L’automne était horrible et beau,
Aux bords séchés de la Garonne.
T’en souviendrait-il, mignonne,
De ces jours longtemps oubliés,
Quand, à la nuit, tu t’abandonnes
Aux gouffres de ton lit glacé?
En rêverais-tu, mignonne?
Moi, j’en ai souvent pleuré
Sous les combles de ce grenier
Où l’affreux silence tonne
Dans le ciel de l’éternité.
Là, où mille chaînes me lient
A l’encens, la myrrhe et la lie.
Je me suis souvenu des allées,
où, sur les talus, renversée,
Tu gémissais sous mes baisers.
T’en souviendrait-il, mignonne?
Tu te pâmais sous les ormeaux.
Maintenant, tes cheveux grisonnent,
Et, sur tes os, ta chair frissonne
A l’aboi des chiens des vallées.
Recluse dans le château
De tes plus funèbres pensées,
Tu vois s’achever la veillée;
Et, sous tes prunelles fanées,
Des milliers de larmes cachées
Tressent leurs tristes arceaux
Sur le néant de tes années.

Aux bords séchés de la Garonne,
Ah! qu’il était beau l’automne!
Ah, qu’ils étaient doux, les jours!
T’en souviendrait-il, mignonne?
Ah! de te le dire, pardonne!
Moi, je m’en souviendrai toujours.

Sous mon crane fermé

Sous mon crâne fermé s’éteignait ma lumière.
Dans ma gorge mourait mon dernier hurlement.
J’avais tué le Christ; il baignait dans son sang.
Dans mes larmes riait la gloire de Satan.

Oh! quel cri aurait pu déchirer mon silence?
Quel baiser, sur mon corps, aurait pu se poser?
De quel ange tranquille, en lui-même égaré,
Et se cherchant en moi pour être délivré?

De ma douleur, jamais tu ne sauras la joie,
Ni, de mes paradis, les merveilleux enfers.
Tu ne m’auras pas dit la tendresse des pierres.

Sur le monde détruit rayonne la lumière
De ces yeux inconnus que j’ai aimés en vain.
Les yeux de mon amour!… Dieu, étaient-ce les tiens?

©Hubert Mottart – Le luth noir [André De Rache // 1964]
©Photographie : Cauqueraumont Joaquim [Eglise Saint-Louis // Tourcoing – France]

 

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