Ouvrir un livre pour en connaître le début (3)

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Bruit d’ailes d’un premier oiseau. D’un second. Ainsi les autres ont suivi à intervalles réguliers. L’histoire débutant. Ainsi. Série d’anecdotes. On se lève et pour la premier fois. Tiens, les os les veines, déjà. Pour la première fois le sentiment de la vitesse quelque part. Et déjà une peur. L’air en rose. Si vous ouvrez le volet, se c’est le soir, ou presque. Si c’est ici, dominant l’ensemble des toits. Plans violets et fractures plus sombres, brunes, mauves. Ainsi à cette place qu’il me faut prendre, sorti de ce qui fut mon lit pour cette première nuit, c’est à hauteur de mes genoux que l’air va se trouver insensiblement remué. Oui tous les pigeons nichés dans les trous des murs proches. Taches d’ocre foncé d’où ils s’élancent où ils reviennent, après une marche sur les tuiles chaudes, le long d’une gouttière, un bref repos sur une antenne de télévision. Très bas la plaine, dans une brume lumineuse, le dôme d’une église, une autre à droite plus lointaine. Boursouflures bleutées sur un vert clair. Seul bruit encore : l’air foré devant moi par les envols répétés masses blanches et beiges incertaines. Guère plus haut que mes jambes. Levé enfin. Comme si enfin on pouvait s’amarrer quelque part à partir de ce bruit-là : un pan rose l’air taraudé dans tous les sens : jamais perçu ainsi le travail métallique de l’oiseau dans un volume coloré. Je me suis levé comme pour la première fois. Occupé par la seule distance à franchir du lit à la porte-fenêtre. Puis ce sera un balcon, très au-dessus  de la plaine et des toits. Le vertige naît là : dans le sentiment que l’air a bien été traversé de part en part, très en avant du sommeil. Qu’il va falloir d’abord passer en chacune de ses déchirures. Et. Reprises maladroites aussitôt que. Restent les traces, ces fines jointures à peine plus foncées qui font communiquer un instant les tempes. Issues du dehors, peut-être. De ce qui se trouve encore au-delà du volet à ouvrir. Paysage plutôt en repos. Étrange  rose de l’air. Ce pourrait être une fin d’après-midi. Ou le matin très tôt. Il y a d’abord à se mettre debout. Appréhension : si la vitesse seule faisait tenir cet ensemble immobile. S’il fallait la maintenir à tout prix. Debout donc, tendu, sans raideur pourtant. Les jambes encore engourdies, les lèvres enflées. Puis les oiseau, en direct. Prolongeant les yeux les couleurs. Rayures sur l’air, irrégulières. Et si ce vol entendu quand en un point l’histoire à nouveau commence n’était rien. Ou que ma voix, de loin, qui m’arrive. D’un coup.

©Jacques Henric –  Carrousels [Editions du Seuil // 1980] [Réédition 2015 // Editions Tinbad]

 

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