Interviews (8) Quentin Dallorme (Extraits) [comptoir.org // 2021]

Le désir d’écrire était sous-cutané, il m’a toujours poursuivi. Auparavant, chanter ou simplement vivre ces moments relevait du même besoin. La volonté de raconter précisément une histoire est venue quant à elle de la pratique de l’écriture et de l’évaluation : tout ce que j’observe en moi et alentour.

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Dans l’œuvre, il y a également une propension des personnages à contempler leur vie, à la « relire » comme diraient les ignatiens, compagnons laïcs d’un mouvement spirituel fondé par Ignace de Loyola. Ce dernier enseignait les « exercices spirituels » destinés à observer où et au moyen de quel visage le Christ est agissant dans nos vies et de quelle façon sa joie tente d’alimenter quotidiennement notre existence. Sans rechercher Dieu religieusement, mes personnages, en proie au doute et à une forme d’angoisse, se laissent à un moment porter par leurs sensations jusqu’à déboucher sur un « carrefour » existentiel.

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Le monde tel que je le reçois me parait fou, agité d’une façon frénétiquement glauque. L’emprise que la société possède sur elle-même va se démultipliant de jour en jour. La technologie est un accélérateur à citoyen stupéfiant. Il semblerait que la sensation de devoir faire « quelque chose » est celle qui prédomine. Il faut agir. Le mouvement comme l’image sont perçus positivement dans notre monde. Le financier comme l’entrepreneur produisent, cela rassure, mais le militant comme l’intellectuel s’engagent, dénoncent, alertent à leur tour, ils sont également écumeux. Les médias crachotent, les réseaux sociaux fécondent l’imaginaire et les institutions comme les individus cherchent à prouver d’une manière ou d’une autre qu’ils sont en marche.

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C’est en ce sens que je me sentirais intégré à la vie, moderne ou non ; le pourrissement est de partout et de toujours. Où que je sois dans le temps et l’espace, il m’affectera. Mais cela est dépassable, plutôt que contrôlable, une traversée est possible. Elle est à mon sens surtout intérieure. Comme le cœur d’Hugo qui va traverser l’eau, c’est-à-dire l’angoisse et le doute.

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Ce sont plutôt les poètes qui m’ont donné ce goût je crois, entre musique et image. Les bouleversements sont réguliers en littérature ! mais je dirais que Péguy, Cadou, Bernanos, Pasolini, et Jünger m’ont modelé avec le plus de poigne.

Quentin Dallorme : « Ramer est un fantastique moyen de trancher l’eau comme l’angoisse. » (Interview complète)

Infos Image : Sculpture : Elsa Alayse (Les Invisibles) [https://www.elsalayse.com]

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