Chez les autres (5)… Le Bibliogîte [Borrèze // France]

 

Plus d’infos : https://bibliogite.jimdo.com/

 

Publicités

L’agenda des mots : « Darabi Rue Enghelab, La révolution par les livres. Iran 1979-1983 » [01 mars 2019 au 09 juin 2019 au FOMU/Antwerpen]

1556861785681.png

À l’occasion du 40e anniversaire de la révolution iranienne, FOMU présente le projet de l’artiste Hannah Darabi (IR, 1981) autour de sa collection de livres photographiques et politiques. Publiés en Iran entre 1979 et 1983, courte période de relative liberté d’expression correspondant à la fin du régime du Shah et aux débuts du gouvernement islamique, ces livres témoignent d’une ébullition politique intense et du vent nouveau soufflant sur la photographie iranienne.

Plus d’infos : https://www.fotomuseum.be/fr/expositions/Hannah_Darabi.html

 

Géo Libbrecht – Attila

géo libbrecht

Poète remettant le passé au présent,
GÉO LIBBRECHT.

Tout récemment, le poète nous a adressé un poème étrange. Fait d’un seul mot, sans syntaxe, constituant une « expérimentation » au sujet de laquelle il nous a fourni le commentaire que voici: Lire la suite

Gilbert Senecaut – La femme au miroir [1954]

francis picabia

Il aura fallu le ptérodactyle agonisant sous les flèches aux premières lueurs du monde, le bain d’Archimède, le massacre de la Saint-Barthélémy, la peste de Londres, la Brinvilliers avec ses tasses de venin, le grabat de Verlaine, et aussi, sans doute, cette mouche, invisible si l’on n’y prend garde, qui se pose à l’instant sur un pli de ta jupe après avoir rôdé dans les ordures, – pour que ta pure, radieuse, inquiétante beauté aujourd’hui traverse et change en jardin le désert de mon regard. Que de sang te couvre, somptueuse innocence, que de boue, de blasphèmes, d’épouvante; et de quelles plaies hideuses, ô splendeur, de quels chancres ton règne est distillé!

* Lire la suite

Léo Lipski – Piotruś (Extraits) [1960]

abbie rabinowitz

NUIT VIOLETTE. Chacals dans les faubourgs. Leur rire qui rappelle un lamento. Fleurissent les fleurs de l’oranger, épouvantable. Au crépuscule, leur odeur sort dans la rue comme un loup affamé et circule comme le sang dans vos artères. Les chats miaulent et crient. Leurs histoires de printemps, ils les expédient en toute saison. Ils font plier la tôle du toit de l’usine toute proche. Les coqs chantent. Je me demande comment Jésus a pu se débrouiller avec. « Le troisième chant du coq » concept bien arbitraire : ces oiseaux-là chantent toute la nuit ! Tout près et au loin.
Et il y a les putains. Dans la cour, debout. Parfois, si on l’exige, elles se couchent. Puis secouent les aiguilles de pin et les feuilles. Cette nuit, elles sont deux. L’une est sourde, encore jeune. L’autre, apercevant mon visage derrière la vitre sombre, s’approche puis s’en va. La paix jusqu’à minuit.
Après minuit, la dispute éclate. Le minet se reboutonne en vitesse et file. Les deux femmes demeurent. L’autre, la non-sourde, injurie la sourde. Lui souhaite que sept milliers de cadavres la besognent, et pas à la normale. Et s’il y en a par hasard un de vivant, aussitôt qu’il lui introduira son honoré membre ici ou là, sous l’aisselle ou dans le cul, il faut que sur-le-champ il mollisse, flétrisse, périsse à jamais. Pour finir, elle ajoute : – Putain, va ! Comprend même pas ce qu’on lui cause…
Elle s’en va. La sourde s’étrangle, hurle, articule « aba, aba, bababba, bababba », reprend ses hurlements. Une fois calmée, elle vient jusqu’à ma fenêtre et, du poing, des doigts, se met à me faire des gestes éloquents. À mon grand regret, je lui fais de la tête signe que non, que ce n’est pas possible, non, vraiment pas, car n’est-ce pas là, tout près, ma patronne… Au milieu des cocoricos, je m’endors.
Lire la suite

Paul Nizan – Le cheval de Troie (Extraits) [1935]

revue VU numéro 152 (1931)

Villefranche avait des toits de tuile, des clochers, des cheminées de brique qui respiraient encore dans le ciel pur ; elle était serrée et granuleuse comme un de ces massifs de corail qu’on aperçoit au fond d’une mer ; elle avait grandi comme une colonie de zoophytes, chacun de ses habitants, de ses propriétaires laissait après sa mort sa coquille, l’alvéole minéral blanc et rose qu’il avait mis sa vie à sécréter.

Presque toutes les villes sont des fabrications de l’histoire. Leurs habitants sont installés sur une montagne d’histoire et ils font des gestes dont elle leur a légué presque tous les modèles. Mais les cités ouvrières sont des planètes tombées du ciel avec une nouvelle discipline et des mœurs que n’ont pas les villes de la terre. Les hommes y arrivent comme dans des villages de nomades en Asie. On pourrait les déplacer, les faire glisser du sud au nord, ce seraient les mêmes avenues, les mêmes casernes, sans passé, sans avenir. Les hommes y sont perdus dans un réseau de querelles, d’espionnages. Ils étouffent sous l’oppression. Les employés de la mairie, les espions des usines viennent y faire des enquêtes. Il faut des ruses pur y entrer, des ruses pour s’y maintenir. Il y a des règlements affichés comme dans les grands quartiers réservés qu’on bâtit dans les pays coloniaux ; les règlements pendent aux murs des bâtiments que désignent des lettres noires peintes sur les perrons éventés. Il n’y a rien de plus effrayant qu’un enterrement dans les cités.
Lire la suite

Hubert Mottart – Le luth noir (Extraits) [1964]

IMG_7193
« Forcené de la foi, de l’amour et de l’absolu, Hubert Mottart n’a écrit que des poèmes excessifs, chaotiques, fulgurants. Cette ardeur même, si elle s’accompagne rarement d’un souci artistique, convainc par sa sincérité: un besoin éperdu de sympathie refusée. Hubert Mottart s’est consumé de frénésie: on devrait se souvenir de lui, pour son tempérament. »
[Présentation du poète dans « La poésie francophone de Belgique 1903-1926 Tome 3 » de Liliane Wouters et Alain Bosquet]

 

Poème de la bien-aimée

Tes seins sont les portes de Jérusalem.
Tes cuisses le chemin entre les oliviers.
Ton ventre, le temple d’or où naquit la vie.
Ta croupe est fraîche comme la nuit.
Tes doigts effilés tiennent la fleur du lotus.
Et ta bouche est murmurante comme la fontaine,
Où s’abreuvent des soupirs, où rit le vent.
Viens dans ma tente ô bien-aimée!
Nous entendrons toute la nuit le chant des cèdres.
Nos baisers seront joyeux comme l’été.
Nos rires seront des colliers de perles
Brillant dans un coffret de bois clair.
Dans nos cœurs chanteront les sources lointaines.
Comme, à la fin d’une belle journée,
Dans l’âme de l’eau et des nuées,
Et dans les coupes de fruits, les grappes d’ombre.
Il sera dans le jardin parfumé de ton corps
En la chaleur de midi,
Comme le cri d’appel des oiseaux enamourés,
Comme la paix mystérieuse des feuilles.
L’amour est notre patrie.
Ici est la douce fin de notre voyage
A travers le désert de l’espace et des années.
Ici brillent les joyaux de l’éternité.
Notre lit moelleux sera le miroir de nos songes.
Il sera le témoin de notre ardeur.
Il entendra nos chants et nos soupirs.
Près de toi, la mort me sourira autant que la vie.
Tes caresses me donneront le repos.
Ta bouche me livrera tous les secrets
D’un long silence joyeux. Lire la suite

Urmuz – In Abstracto (Extraits) [2017]

Miro carnaval d'arlequin

Après l’orage


Peu à peu calmé, puis ému aux larmes et saisi de frissons de repentir, il renonça pour toujours à tout plan de vengeance, et après avoir embrassé la poule sur le front et l’avoir mise de côté en lieu sûr, il s’attela à balayer toutes les cellules et à en frotter le plancher avec des gravats.

Ensuite, il compta son argent et monta dans un arbre pour attendre l’arrivée du matin.  » Quelle splendeur! Quelle grandeur! » s’exclama-t-il en extase devant la nature, toussant parfois explicitement et sautant de branche en branche, tout en prenant régulièrement soin , en cachette, de lancer dans l’atmosphère des mouches sous la queue desquelles il introduisait de longs rubans de papier vélin…

Son bonheur toutefois ne fut pas de longue durée… Trois voyageurs, qui se présentèrent d’abord comme des amis et qui en dernier lieu prétendirent avoir été envoyés là par le Fisc, se mirent à lui faire toutes sortes de misères, en commençant par lui contester le droit même de se tenir perché dans un arbre…

Soucieux de se montrer bien élevés et de ne pas user directement des rigueurs que la loi mettait à leur disposition, ils essayèrent par toutes sortes de moyens détournés de le forcer à quitter son arbre…, d’abord en lui promettant des lavages d’estomac réguliers, finalement en lui offrant des sacs de loyers, d’aphorismes et de sciures de bois.

Lire la suite

André Stas – Mal nommer les choses… [2019]

Texte écrit pour le colloque « L’art brut existe-t-il? », qui s’est déroulé en mars 2019, à la Maison John et Eugénie Bost et publié dans l’ouvrage collectif « L’art brut existe-t-il? » aux éditions Lienart.

Editions Lienart

Mal nommer les choses…

Dans les Fragments inédits de NIETZSCHE, on découvre cet avis : Ce qu’il y a d’original dans l’homme, c’est qu’il voit une chose que tous ne voient point. Affinant sa réflexion, il y revient dans Le Gai Savoir : Qu’est-ce que l’originalité ? C’est voir quelque chose qui n’a pas encore de nom, qui ne peut encore être nommé, bien que cela soit sous les yeux de tous. Tels sont les hommes habituellement qu’il leur faut d’abord un nom pour qu’une chose leur soit visible. Les originaux ont été le plus souvent ceux qui ont donné des noms aux choses. Comment ne pas penser à ÉLUARD qui par ces mots entama sa préface pour Anciennetés de Saint-Pol-Roux : Par l’honneur qu’il fait aux choses en les nommant, …  ou encore à cette inscription de l’immense Louis SCUTENAIRE : Il faut créer ce qui existe. ? Lire la suite

Alejandra Pizarnik & André Pieyre de Mandiargues – Correspondance Paris-Buenos Aires 1961/1972 (Extraits) [2018]

on-the-clothesline marcel dzama©Marcel Dzama

 

À André Pieyre de Mandiargues
Buenos Aires 4 avril [1964?]

Cher André, pardonnez-moi mon long silence de petit quai abandonné. Je suis à peine de rétour de Miramar, une plage d’ici, où je suis restée presque deux mois (sans rien faire sauf le vélo et le ramassage d’escargots et d’impossibles étoiles de mer mais au soir, sous la néfaste influence de la lune de Miramar qui est toujours jaune, rose ou rouge mais jamais normalement blanche). Je me changeais en fille-louve et le résultat, ce sont 50 poèmes un peu trop forts pour les enfants (j’avais emportée La marée qui est plus admirable chaque fois qu’on la relit). Ici c’est la bourrasque. Je ne fais que revoir des amis qui ne sont pas, malheureusement, des français, puisque toutes les réunions finissent à l’aube (quand la couleur du temps reste trop de temps sur un mur abandonné), et c’est comme ça que mes mains tremblent de dormir peu et j’ai un étrange nuage dans le lieu par où tout le monde pense. Mais j’écris beaucoup, pour n’est pas me laisser dévorer ou pour me visiter ou pour maudire comme je ne le pourrais jamais faire personnellement. Après Paris, Buenos Aires est si laide qu’on ne peut pas le croire. Une Pampa plein d’édifices en forme de caisses. On ne sait pas où abandonner le régard. La nouveauté « littéraire » de la saison c’est sont les prochaines fiançailles de J.L. Borges, qui malgré ses 64 ans devra lutter beaucoup pour obtenir la permission de sa maman. Un fait curieux: l’ancien fiancé de sa fiancée s’est suicidée il y a quelques années après avoir publié un livre sur Borges.

Lire la suite

Livres tactiles (1)

J’inaugure cette nouvelle section du blog (Livres Tactiles) avec mon dernier achat littéraire d’une Grande Beauté

VILLA CAVROIS – Robert mallet-Stevens (Illustrations en relief et gaufré, illustrations constrastées et photographies couleur) [Editions du patrimoine-centre des monuments nationaux // 2018]

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=-alkHNrENJM

« Ce volume propose de « lire avec les doigts » l’édifice le plus exceptionnel du mouvement moderne : la villa Cavrois construite en 1932 par l’architecte Robert Mallet-Stevens pour un riche industriel du Nord. Restaurée puis ouverte au public à partir de juin 2015, elle est aujourd’hui l’un des fleurons du réseau des sites du Centre des monuments nationaux. Lire la suite

Yves Simon – Jours ordinaires (Extraits) [1988]

John_Turck_l_oeil_du_jardin

©John Turck [L’oeil du jardin]

 

J’ai gardé de mon enfance les cruautés simples et les imaginations désordonnées. J’ai erré à la recherche de sorcières, de déesses, de Christ buvant des demis pression aux comptoirs des gares terminales, et je n’ai trouvé que moi, avec cette cicatrice étrange dans le regard et ces mains qui tremblent quand il faut se quitter.

Nous n’avons pas de certitudes. Nous ne savons que caresser une peau, embrasser une bouche, aller et venir avec nos corps, jouir et, avec des kleenex à la main, dire comme après un match ou un concert : ce soir c’était super ! Nous savons dire bonjour, ça va et toi, dans les rues, à des gens que nous connaissons à peine, et c’est en France que nous habitons, pays où, paraît-il, tous les pouilleux de la terre sont venus se réfugier, ne pouvant aller plus loin à cause de l’Océan.
Nous avons peur de vivre et nous avons peur de mourir et, souvent, nous collons de vieux chewing-gums sous des banquettes ou des fauteuils de cinéma.

Lire la suite

Et puis voilà…et puis tant pis (4)

Motion_picture_and_method_of_producing_the_same_1917_US_patent (1)

Au début du 20ème siècle, Charles Felton Pidgin inventa un procédé pour afficher les dialogues dans les films muets. Une sorte de ballon que l’on gonfle et sur lequel se trouvent les mots du dialogue…

wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/Charles_Felton_Pidgin

 

Paul Surgeres – N’ayez pas peur de la violence : Elle peut vous guérir! (1974)

Adam_Rabalais-A_Clockwork_Orange©Adam Rabalais

 

Vous avez vu « Orange Mécanique » ou « Dernier tango à Paris » et vous vous êtes prodigieusement ennuyé parce que ces films n’avaient, selon vous, rien de divertissant ? Rassurez-vous, vous n’avez pas perdu votre temps : des psychiatres viennent de révéler que des films comme ceux-là servent à une meilleure information et qu’ils possèdent d’authentiques vertus thérapeutiques. Ainsi, en dépit de tout ce que l’on a voulu lui faire endosser, « Orange Mécanique » constitue un document de première importance sur l’époque à laquelle nous vivons. Bien sûr, on l’avait deviné mais il est intéressant que des spécialistes nous le confirment officiellement…

Il est des réalisateurs qui utilisent la violence à seule fin de secouer le public. Sam Peckinpah (« La horde sauvage », « les chiens de pailles », « Pat Garrett et Billy le kid ») est l’un de ceux-là et il y réussit fort bien. Pour lui, la violence sert à distraire et le sang n’a jamais une couleur très vraie. Du spectacle donc, souvent saisissant, mais qui ne vise pas à l’authenticité.

Tout au contraire, un réalisateur comme Stanley Kubrick (« 2001 Odyssée de l’espace », « Orange Mécanique ») veut montrer la violence pour la violence. Il la veut réaliste et brutale voire insupportable. Pour lui, un personnage frappé d’une balle est frappé d’une vraie balle, un coup de poing est un véritable direct du droit et le sang n’a rien de commun avec l’hémoglobine. C’est pourquoi certains psychiatres considèrent qu’un film comme « Orange Mécanique » devrait être vu par un public aussi vaste que possible. Lire la suite