Radu Bata – Survivre malgré le bonheur (Extraits) [2018]

P1230340©Catalina Gavrilita

 

CHÂTEAUX DE SABLE

l’été
je dessine des filles
sur la plage

quand je réussis
les grains de peau

elles m’invitent
dans le tableau Lire la suite

Ouvrir un livre pour en connaître le début (3)

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Bruit d’ailes d’un premier oiseau. D’un second. Ainsi les autres ont suivi à intervalles réguliers. L’histoire débutant. Ainsi. Série d’anecdotes. On se lève et pour la premier fois. Tiens, les os les veines, déjà. Pour la première fois le sentiment de la vitesse quelque part. Et déjà une peur. L’air en rose. Si vous ouvrez le volet, se c’est le soir, ou presque. Si c’est ici, dominant l’ensemble des toits. Plans violets et fractures plus sombres, brunes, mauves. Ainsi à cette place qu’il me faut prendre, sorti de ce qui fut mon lit pour cette première nuit, c’est à hauteur de mes genoux que l’air va se trouver insensiblement remué. Oui tous les pigeons nichés dans les trous des murs proches. Lire la suite

Ilarie Voronca – Ulysse dans la cité (Extraits) [1933]

P1020641©Bucarest [Joaquim Cauqueraumont]

 

III

Maintenant la rue comme un boîte aux lettres te reçois
L’habitude sur tes épaules est une chemise usée
La rue est à tes pieds un chien fidèle
L’air sur les toits un paillasson
Toi une lettre dans la rue boîte aux lettres
Ta destinée est là distributeur automatique
Qui te portera vers la destination tracée sur ton cerveau
Certes c’est toi qui marches sous les maisons aux tabliers de boulangère
Mais c’est un autre qui remonte le ressort de tes prunelles
Les bruits lèchent tes tempes tes artères
La marchande te tend le journal du matin
Oh! Le journal quelle dentelle pour ta mélancolie
Un professeur de stratégie est assassiné dans le rapide Paris-Marseille
Le prix du pain sera augmenté de dix centimes
Mais l’air entre tes cils flotte comme un drapeau
La solitude est droite comme un signal d’usine
Les quartiers battent comme des pouls s’emplissent de suc comme des ovaires
Le groin des astres te fouille
C’est un continent la femme qui marche devant toi
Et te voila à Casablanca tu es sans travail
Dans le port les caisses roulent comme des monnaies
Il y a une forte odeur d’huile et de bruit
Tu avances à travers l’équation du sang
Dans la chevelure de l’air les mâts et les cordages
Sont pareils à des plumes de faucon sur la tête d’un chef indien
Voilà les grains et le coton comme des amulettes
Les étoiles argenterie du lac claquent
Une barque fend les joncs des veines
Mais ce n’est que la vitrine d’une Compagnie de navigation Lire la suite

Marcel Mariën – Le paysan du tendre (Fragment) [1982]

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« La Serrure » (Pol Bury)

 

je t’épaule
je t’épaulette
je t’épauliche
je t’épaulinge
je tépaulonge
je t’épauloupe
je t’épine
je te fentaille
je te fentiche
je te fentille
je te fentoise
je te fentôme
je te friselangue
je te friselise
je te friselisse
je te frisemaille
je te frisemange
je te frisemouche
je te frisemouille Lire la suite

Bergsveinn Birgisson – La lettre à Helga (Extraits) [2013]

Alina Szapocznikow

« Paysage humain » [Alina Szapocznikow // 1971]

 

Un jour nous eûmes des visiteurs. C’était Finnur, surnommé le dénicheur, accompagné de ses quatre fils, lesquels deviendraient comme lui d’excellents dénicheurs d’œufs d’oiseaux de mer, suspendus au bout d’une corde dans les falaises. Je me souviens que Finnur était à court de tabac, en rupture de stock à la Coopérative. Nous allâmes à la grange et je rassemblai pour lui des feuilles séchées dont il bourra sa pipe. Il resta ensuite tout content dans la cuisine à boire son café en tirant sur sa bouffarde. C’était un vieux truc qui met en pratique l’adage : « Quand les temps sont durs, faute de tabac on fume du foin. »

Tous les hommes font des fautes. Sinon il ne seraient pas des hommes.

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Antoine Wauters – Pense aux pierres sous tes pas (Extraits) [2018]

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Tous les deux, on était encombrant pour eux, et on l’avait toujours été. Au point que Paps aurait préféré ne pas nous avoir et rester toute sa vie comme ça, avec Mams, qui le rendait complètement dingue avec ses hanches en montagne de massepain et ses seins lourds toujours luisants.
Pour autant, je ne crois pas qu’il nous détestait. Mais le seul fait de nous voir courir devant lui, et parfois simplement de nous entendre, l’irritait à la puissance mille: il mettait des coups de pied dans les chaises, cassait des vases, hurlait, puis se taillait pendant des heures on n’a jamais su où.

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André Stas nous parle d’art…

 

Rejeton rigolard du surréalisme, hiérarque du collège de Pataphysique, André Stas est engagé depuis les années 1970 dans une logomachie acharnée contre la bien-pensance bourgeoise.

Ça commençait plutôt sérieusement pourtant : né en 1949 à Rocourt, en Belgique, licencié en philologie romane de l’Université de Liège, il devient professeur au collège jésuite Saint-Servais de Liège. Mais le subversif potache qui sommeille en lui ne tarde pas à faire sauter le bouchon et se voit remercié quelques temps plus tard.

À côté des calembours gros calibre et d’une cavalerie d’aphorismes Dada, son arme favorite contre le conformisme reste le collage. Remarquable artiste plasticien, André Stas charcute à peu près tout ce qui lui tombe sous la main, avec une prédilection pour les icônes de la culture judéo-chrétienne. Timbre-poste, reproductions de chefs d’oeuvres de l’histoire de l’art ou de gravures anciennes, magazines en tous genres, illustrations de livres, revues pornographiques… André Stas découpe sans ménagement sa tranche de l’Art : ses collages, proches de ceux de Prévert, mêlent transgression, poésie et mauvais goût.

Extrait tiré de la présentation d’André Stas sur le site https://www.etonnants-voyageurs.com/spip.php?article9151

 

La catastrophe d’Anvers, 6 septembre 1889

Une catastrophe sans pareille, et dont les conséquences peuvent être incalculables, a eu lieu vendredi à Anvers, la métropole commerciale de la Belgique.

Dans le courant de l’après-midi, vers 3 heures, une détonation formidable retentissait tout à coup, jetant la panique dans la vielle et ses environs.

Le bruit fut si terriblement violent qu’on l’entendit jusqu’à Saint-Nicolas et jusqu’à Lierré, à plus de 25 kilomètres à la ronde. Lire la suite

Ilarie Voronca – La confession d’une âme fausse (Extraits) [1943]

Pierre Liebaert (photographe)

Alors que des savants consacrent leur vie aux recherches en vue d’adapter à des humains, aux attrayants aspects, des âmes fortes et saines de bêtes, voici donc qu’il existe des sorciers et des magiciens qui transforment en bêtes des hommes et des femmes jeunes. Supposez que nulle âme pure ne vienne prononcer devant ceux-ci les formules d’anti-magie : ces êtres risquent de finir leur vie sous leur peau d’ânes, de porcs, de chevaux ou de tout autre animal. Ils peuvent avoir des petits qui ne sauront même pas qu’un de leurs parents ou de leurs ancêtres a été un homme ou une femme, condamnés par les maléfices d’une sorcière.
Ainsi, sur la terre, s’il y a des hommes avec des âmes de bêtes (mais ceci grâce aux louables travaux de savants) il y a des bêtes avec des âmes d’hommes. Des malheurs innombrables guettent ceux-ci car ils courent le risque d’être mangés par leur propres frères, les hommes, ou bien d’être soumis à des travaux pénibles, à une existence de privations et de douleurs. Pour une maigre pitance, on peut les faire souffrir car qui se soucierait de la condition de ces pauvres bêtes traînant de lourds chariots dans les mines ou faisant marcher la roue d’un moulin, ou peinant parmi les courroies d’une usine? Il y a, certes, la Société Protectrice des Animaux, qui prend surtout la défense des chiens et des chats, mais ses efforts s’avèrent insuffisants. Peut-être ignore-t-elle même que, parmi ces pauvres bêtes, il y a des homme comme vous et moi.

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Georges Fourest – Renoncement

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Quid dignum stolidis mentibus imprecet ?
Opes honores ambiant !
Et, quum falsa gravi mole paraverint
Tum vera cognoscant bona !

S. Bœtius (De consolatione philosophiæ. Lib. III)

 

Bourgeois hideux, préfets, charcutiers, militaires,
gens de lettres, marlous, juges, mouchards, notaires,
généraux, caporaux et tourneurs de barreaux
de chaise, lauréats mornes des Jeux Floraux,
banquistes et banquiers, architectes pratiques
metteurs de Choubersky dans les salles gothiques,
dentistes, oyez tous ! — Lorsque je naquis dans
mon château crénelé j’avais trois mille dents
et des favoris bleus : on narre que ma mère
(et croyez que ceci n’est pas une chimère !)
m’avait porté sept ans entiers. Encore enfant
j’assommai d’une chiquenaude un éléphant. Lire la suite

L’agenda des mots : « Darabi Rue Enghelab, La révolution par les livres. Iran 1979-1983 » [01 mars 2019 au 09 juin 2019 au FOMU/Antwerpen]

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À l’occasion du 40e anniversaire de la révolution iranienne, FOMU présente le projet de l’artiste Hannah Darabi (IR, 1981) autour de sa collection de livres photographiques et politiques. Publiés en Iran entre 1979 et 1983, courte période de relative liberté d’expression correspondant à la fin du régime du Shah et aux débuts du gouvernement islamique, ces livres témoignent d’une ébullition politique intense et du vent nouveau soufflant sur la photographie iranienne.

Plus d’infos : https://www.fotomuseum.be/fr/expositions/Hannah_Darabi.html