Pierre Vinclair – Les Gestes impossibles (Extraits) [2013]

david delruelle©Collage : David Delruelle (https://www.daviddelruelle.com/)

 

Interlude
Révolutions imaginaires

1999

Les histoires sont des ponts. Tristes ceux qui tombèrent.

Le canal qui les trempe les a recyclés, un temps ; fuyant, il finit de charrier les vaisseaux de capitaines revenus, en amont immobiles, une main sur le gouvernail l’autre au large visière. Ils passaient. Quels orateurs ! On les entend encore, qui disaient scandaleusement, faisaient des signes aux mannequins, chantaient avec des nœuds de cire dans la  gorge les vieilles casseroles qu’applaudit le public piqué des adolescents éternels – lorsque ceux-ci remuent, leur visage se craquelle. La poudre vole. Les traits de vieillards apparaissent dans ce carnaval des nations. Lorsque le spectacle s’achève, chacun se baisse et ramasse son fusil,

plante un pruneau dans l’œil de son voisin. Et caetera.

2000

Quand vint la fin de tout. Chacun fit vœu de pauvreté. Lire la suite

Céline Thoué – L’atelier (2020)

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Moulding of Adolf von Menzel’s hand (1900)

 

I

L’atelier est un port, un bateau, une jungle.

Un rocher, un désert, une altitude, une musique, une archéologie, une mémoire, une émotion.
Il est physique, géographique, c’est un lieu de repérage.
Un lieu instable, où l’on entre, où l’on se perd, où l’on perd.
Un aller, une venue, des allers et venues.
Des écrits, des traces, des dessins, du café, des traces de dessins, des traces de café.

Des hésitations, du doute, des brouillons, des brouillards, des ratés, des froissés, des taches, des réparations, de l’hirsute, du bien coiffé.
Un lieu protégé et à vif, un abri, un refuge.
Des pas, des kilomètres, des talons, un seuil à franchir, un tunnel, une rature, une improvisation.

Une concentration, une concertation, de la constance, de l’endurance, du laisser-aller, du laisser-passer.
c’est être en prise avec, ou sans
c’est
c’est

c’est se lever les matins, s’éveiller la nuit
c’est une mise à jour, une mise à nuit, un pluie battante et un ciel dégagé
un vol de buses, puis d’étourneaux,
des mustang au galop et un escargot.
Un aller, des retours, des allers-retours
un champ d’ortie, de luzerne
une forêt
un paysage
l’atelier est un paysage
mon atelier est un paysage


II

L’atelier est une planque, un arrière -pays, une mécanique. Il est fait de poulies.

Il est cendres et feu, effort et souffle, élastique .
Il est quai, salle d’attentes, train à grande vitesse, entrain, battement d’ailes.

Un rien qui devient quelque chose.
Un rien qui devient rien.

Il est eau douce et eau salée.
Il est la marée, haute, basse.
Il est ce que laisse la marée.
L’atelier est le ponton où je m’assoies. Le clapotis, la tempête. Lire la suite

Histoire des mots édités (2)… 5 lettres

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En janvier 1968, pour protester contre l’occultation de la correspondance d’André Breton annoncée dans la revue parisienne l’Archibras, Mariën publie sous le manteau « En Hollande MMXVI », 5 lettres d’André Breton, au titre ambigu reprenant sans mention d’éditeur, cinq lettres de Breton à Goemans, Nougé, Mariën et Magritte, étalées entre 1926 et 1946 pour la dernière. Marcel Mariën adopte ici une position intransigeante qui sera la sienne quant aux ayants droit, aux interdictions et à l’occultation d’archives, consistant à passer outre ces recommandations et à publier malgré tout, ce qui lui vaudra, de la veuve de René Magritte au fils de Camille Goemans en passant Irène Hamoir, divers démêlés. Mariën ne fera jamais de déclaration publique quant à la paternité de cette édition, laissant volontiers planer le doute.

©Texte : Xavier Canonne – Le surréalisme en Belgique, 1924 – 2000 [Actes Sud // 2006]

 

Chaïm-Nachman Bialik – La ville du massacre (Poème complet)

Marc ChagallPeinture de Marc Chagall 

 

LA VILLE DU MASSACRE

(Poème-manifeste inspiré par le pogrom de Kichinew en 1903)

Dans le fer, dans l’acier, glacé, dur et muet
Forge un cœur et qu’il soit le tien, homme, et viens!
Viens dans la ville du massacre, il te faut voir
Avec tes yeux, éprouver de tes propres mains
Sur les grillages, les piquets, les portes et les murs,
Sur le pavé des rues, sur la pierre et le bois,
L’empreinte brune et desséchée du sang, de la cervelle,
Empreinte de tes frères, de leurs têtes, de leurs gorges.
Il te faut t’égarer au milieu des décombres,
Parmi les murs béants, leurs portes convulsées,
Parmi les poêles défoncés, les moitiés de chambres,
Les pierres noires dénudées, les briques à demi brûlées
Où la hache, le feu , le fer, sauvagement
Ont dansé hier en cadence à leurs noce de sang.
Et rampe parmi les greniers, parmi les toitures crevées,
Regarde bien, regarde à travers chaque brèche d’ombre
Car ce sont là des plaies vives, ouvertes, sombres
Et qui n’attendent plus du monde guérison. Lire la suite

Chez les autres (8)… Interview d’Yves di Manno

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La parution des Poèmes retrouvés de George Oppen dans l’excellente Série américaine chez Corti où tu as déjà publié plusieurs livres en tant que traducteur (Les Techniciens du sacré de Jerome Rothenberg, Paterson de William Carlos Williams et Poésie complète d’Oppen) et en tant qu’exégète de cette poésie (Objets d’Amérique) me conduit à te questionner sur ce second métier que tu exerces. Je sais que c’est, d’une part, pour gagner ta vie (dans ce cas tu signes tes traductions de divers pseudonymes que je ne révélerai pas ici), mais aussi en tant que « militant » d’une certaine poésie qui naît avec Pound (on te doit l’édition définitive des Cantos – traduction collective sous ta direction – ainsi que celle de La Kulture en abrégé) et les Objectivistes : c’est quelque chose que tu partages avec quelques-uns de tes amis, dont le précurseur Denis Roche. Peux-tu nous tracer quelques balises de ce parcours et préciser en quoi il a compté et compte toujours dans ta propre expérience d’écrivain – poète peut-être avant tout ? Lire la suite

Pierre Mac Orlan – Nuits aux bouges (Extraits) [1929]

nuits aux bouges

C’est au dix-huitième siècle que les bouges de Paris prirent une coloration pittoresque, à la fois gaie et tragique.
Dans les petits cabarets de Courtille enfouis au milieu de quelques tonnelles, qui le dimanche abritaient des amoureux, la Ramée, soldat, et Picard, laquais de grande maison, venaient y courtiser Margot la ravaudeuse et Fanchon la blanchisseuse.
Toutes ces jeunes filles de la rue avaient un amoureux aux Gardes et, quelquefois, un ruffian, robuste, madré comme « Petit Louis » dit Cartouche, qui venait boire dans les guinguettes avec ses chevaliers de fortune.

La Chouette trinquait avec le Chourineur. On parlait encore dans ces bouges un argot très pur qui continuait la tradition. La langue des Coquillards devenue le langage de l’argot réformé, puis le jargon de Cartouche, aboutissait à cette langue verte parlée par les escarpes de toute catégorie et par leurs tristes femmes qu’ils appelaient des marques ou des largues. Vidocq établit un dictionnaire à l’usage des amateurs et beaucoup des livres populaires de cette époque, à l’imitation de ceux d’Eugène Sue, usèrent abondamment de la langue argotique et du pittoresque qu’elle créait. A tout prendre, et nous verrons pourquoi tout à l’heure, ce pittoresque, souvent macabre, n’était pas plus terrifiant que celui que l’on constate de nos jours dans des lieux qui ne sont que la continuation de ces tapis-francs.
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Constant Malva à Henry Poulaille

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Flénu, le 28 octobre 1941

Mon cher Poulaille,

Ton petit mot m’a fait plaisir, beaucoup plaisir, d’autant que je ne m’y attendais pas. C’est sans doute Germaine qui t’a prié de me renvoyer le manuscrit. J’habite toujours à la même adresse, quoiqu’il soit fort possible que je change d’ici quelque temps. Il se peut que je sois concierge pour le secrétariat interprofessionnel de l’UTMI. Pour les syndicats, pour être plus clair. Et alors, j’irais sans doute habiter Quaregnon ou Mons. Mais je donnerais mon changement d’adresse. Seulement, je me demande s’il n’est pas risqué de m’envoyer le manuscrit, il ya grande chance qu’il soit retenu à la censure parce que si, dans ce journal de 37 à 38, je me dresse contre l’ordre ancien tout en me bornant qu’à écrire tout à fait objectivement la vérité, il y a cependant des faits ou des réflexions relatées qui ne sont pas conformes au régime actuel. Si tu pouvais m’envoyer cet ouvrage dactylographié, mon Dieu, s’il était perdu, il resterait toujours l’original. Il ne faudrait pas que cet ouvrage fût définitivement perdu car, tu le sais comme moi, c’est un document de valeur sur la vie d’un ouvrier à une époque donnée. J’espérais toujours aller à Paris et le reprendre moi-même mais ce n’est guère possible, pas tant du point de vue financier, mais vu la difficulté d’obtenir un passeport. Gérin, qui est à Bruxelles et que je vois de temps à autre quand il vient voir ses parents, se démène comme il peut pour rentrer à Paris, ne serait-ce que pour aller s’assurer du sort de ses meubles ; il ne parvient pas à obtenir le passeport nécessaire. Lire la suite

En attendant (3)… Les Editions « La Table Ronde »

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Le 26 mars auraient dû paraître les Lettres du mauvais temps de Jean-Patrick Manchette, correspondance inédite riche de plus de deux cents lettres écrites entre 1977 et 1995. L’actualité en a décidé autrement, mais ce livre rejoindra les tables de vos librairies dès que possible.
En attendant, pour vous faire patienter, les éditions « La Table Ronde » ont décidé de nous offrir chaque samedi (sur Facebook) la possibilité de lire une de ces lettres.

 

À Jean Echenoz
Le 13 juillet 1979
Cher Jean Echenoz,
Je veux vous remercier de l’aimable envoi que vous m’avez fait de votre Méridien de Greenwich. Je viens seulement de le lire, parce que j’avais d’abord été rebuté par son appartenance manifeste à la littérature d’Art. Or j’ai passé deux soirées intéressantes, et notamment à rire comme un bossu (cet effet entrait aussi dans vos buts, je n’en doute pas). Je suis d’autre part troublé par la grande similitude de beaucoup de nos intérêts, telle que j’ai pour ainsi dire eu l’impression que j’étais moi-même l’auteur de votre livre dans un univers parallèle. (Je passe sur les détails sauf celui-ci : je travaille depuis un moment à une histoire de tueur, et l’arme personnelle de mon personnage est un Heckler & Koch, cependant qu’une fois ses employeurs lui remettent pour son travail un revolver Rossi.) Je suis curieux de savoir si vous avez ou non écrit votre texte en utilisant un procédé systématique de démarquage d’autres textes, dont certains des miens. J’ai repéré un énoncé : Vous n’êtes pas parent avec un fabricant de cuivres ? (question à Selmer, p.84) qui me rappelle forcément : Vous n’êtes pas parente avec un politicien communiste ? (question à Julie Ballanger dans mon Ô dingos, ô châteaux !), ce qui peut n’être que pur hasard (1). En tout cas l’effet miroir concernant le Heckler & Koch de mon manuscrit est nécessairement du pur hasard. Ce qui ne peut évidemment qu’ajouter à mon inquiétude, surtout après avoir lu ce que vous écrivez du « malheureux hasard » (2). Tout ça est extrêmement hilarant.
Je vous laisse à mon inquiétude et vous adresse mes remerciements et mes compliments.

NOTES :
1. Dans Les Inrockuptibles, en août 1996, Jean Echenoz confirme que le hasard n’est pour rien dans ces échos : « Recevant mon premier livre, dans sa réponse il me suggère aimablement que je pourrais bien lui avoir piqué un plan de dialogue de Ô dingos, ô châteaux !, ce qui est vrai. »
2. Dans Le Méridien de Greenwich, un personnage doit faire face à d’effrayantes coïncidences. Il tente plusieurs fois de se rassurer en appelant le hasard à son secours :
« Certes, l’accumulation de ces hasards convergents avait quelque chose d’accablant, mais de tout cela n’émergeait aucun indice réel du dispositif persécuteur qu’il venait de pressentir, tout pouvait encore être fortuit. Tout pouvait encore être mis sur le compte du malheureux hasard. »

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Alexandre Galand – Le terril (Extraits) [2017]

gravure - Jérôme EECKHOUT (livre - Le terril - Alexandre Galand)©Jérôme EECKHOUT (https://jerome-eeckhout.ultra-book.com/)

 

Seule la marche y mène et c’est une constellation de clôtures mêlée de ronces hostiles qui fait office d’accueil. En connaître l’accès, sachant qu’on peut passer à côté des années sans le remarquer, relève de l’initiation. Comme rite de passage, hélas, il n’y aura pas de tente à sudation, pas de chasse légendaire, pas d’agenouillement et d’épée sur l’épaule. Il n’y aura pas de douleur, il n’y aura pas souffrance. Il n’y aura donc probablement pas de mémoire. Non, ici, pour entrer la première fois, il suffit de donner un grand coup de pied dans une poubelle. Dans mon cas, le sac explose et c’est comme si le temps et l’espace étaient défoncés. Des pièces de puzzle de toutes les couleurs s’envolent, énoncent dans le ciel leur question (« Qui est le coupable ? ») et, runes défaites, prennent un certain temps pour s’étaler au sol. Que celui qui n’a jamais vu le monde se morceler en jette la première pièce !

Des bruits de motos au loin. Et la boue. Penser à jeter des clous ? Sur le bord du sentier, le puzzle offre une image réduite du terril qui est un peu le monde : usé et composite. Mais ses pièces n’épousent-elles pas parfaitement les feuilles mortes et le gravier ? Cette apparente disharmonie se mue progressivement en autre chose. Et réconforte finalement plus qu’elle n’abat : le Jeu est partout.

En avant.

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Le jazz de Robert Goffin (3)… Le tombeau de Billie Holiday

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à Léon G. Damas

Et subitement je sens que tu me manques depuis toute ma vie
Déjà le vent noir a chanté et les flamboyants de l’aube sont au rendez-vous
Cette nuit les trompettes canines des nègres bouchés jouaient le charleston
Mille hommes avaient laissé des graffiti d’amour au tournant de ta hanche
Sonore de nuit belle Billie Holiday lynchée de cicatrices créoles
Tu portais à ta proue un sourire en néon blanc-crème de gardénia
Ta fermeture-éclair ouvrait la perspective d’une nudité instantanée
Art Tatum drapé de pizzicati s’insinuait sur le clavier de Lady Be Good
Une rançon de saucisse grillée balaye le terrain vague de la 52ème Rue
Et soudain au bord de ta morsure de banquise se levaient tes lèvres de solstice Lire la suite

Extraits du hasard (8)

(Des extraits trouvés au hasard d’un site internet, d’un partage sur Facebook, d’une citation dans un livre, une référence dans un film…)

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« Dans Éphèse il fut autrefois
Une dame en sagesse et vertus sans égale
Et selon la commune voix
Ayant su raffiner sur l’amour conjugale.
Il n’était bruit que d’elle et de sa chasteté :
On l’allait voir par rareté :
C’était l’honneur du sexe : heureuse sa patrie ! »

La Fontaine – La Matrone d’Éphèse

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image tirée du film « Salo ou les 120 jours de Sodome » de Pier Paolo Pasolini [1976]

 

« Ils viendront à notre mariage. On bouffera, on boira jusqu’à chier contre les murs. »

©Nicolas Genka – L’épi monstre [Juillard // 1962]

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Radu Aldulescu – L’amant de la veuve (Extraits) [2013]

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©photographie : Serban Bonciocat (tirée du livre « KOMBINAT – Ruine industriale ale epocii de aur »)

 

En effet, il était déjà un homme à douze ans, impatient de voir passer la soirée et la nuit et la matinée, pour la rejoindre plus vite sous sa couette et son peignoir qui glissaient au sol, aussitôt que la chaleur de la chambre avait pénétré leurs corps, s’ajoutant à leur propre chaleur ; puis tout nus ils roulaient hors du lit, pêle-mêle avec le peignoir et la couette, au gré de leurs jeux débridés sentant le feu et le pétrole et la brûlure des tourbillons de neige, bouleversant leurs entrailles. Puis arrivait le moment où elle éclatait de ce rire qui ne pourrait plus s’arrêter, Mite en avait le pressentiment, un rire manquant de dissoudre sa chair ferme secouée de hoquets ; la moindre parcelle de son être était agitée des spasmes d’un anéantissement de soi dans lequel il s’anéantissait aussi, puisqu’il était elle. Et ce rire-là était celui qui brisait la peur de l’être qu’ils incarnaient ensemble, guidant vers elle sa main à lui, et leurs doigts réunis frémissaient sur la mélodie du même rire libérateur.


T’auras plus qu’à jouer les fous, jusqu’à devenir fou. Les pensionnaires des asiles sont aussi des gens, et, partout où il y a des gens, il y a une marge de manœuvre. Un gars qui en revenait disait même que c’était bondé de soldats et de cadres de tous les grades là-bas, la plupart échoués là tout droit de l’économie nationale. Ben non, Dimitrie n’aimerait pas trop s’y trouver. Pas plus qu’ici. Il ne s’ennuie même pas de chez lui, sans parler des barils du Policolor, ou bien de faire le maçon quelques mois, voire quelques années. Aller où, alors ? Bof, ça le tracasse pas du tout. D’autres vont en décider à sa place. Sa seule tâche était la pelle, la barre à mine et la masse, et c’était moins fatigant que de réfléchir où aller.

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En attendant (1)… Les éditions « Zones Sensibles »

La maison d’Editions Zones Sensibles (Belgique) propose une partie de son catalogue en téléchargement.

« En raison des confinements imposés par les gouvernements suite à la pandémie du CoVid19, puisque les librairies sont momentanément fermées et que commander des livres chez Amazon n’est pas la meilleure idée, nous mettons en ligne, gratuitement et en intégralité, 12 titres de notre catalogue, téléchargeables au format PDF. »

 Pour plus d’infos sur les livres et pour les télécharger, cliquez ici