Louis Calaferte – Paraphe (Extraits) [1974]

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« Tout ce que je dis n’a aucune importance, comme tout ce que je ne dis pas. »

« Il lisait les gens par-dessus son journal. »

« Si vous ne vous sentez pas libres, cassez tout! »

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Marcel Béalu -Il y a plusieurs manières de lire les aphorismes… (Préface) [1962]

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Il y a plusieurs manières de lire les aphorismes. L’un y cherche la confirmation de ses propres pensées, l’autre, plus humble, la transcription en clair sur le papier de ce que lui-même sentait confusément. A l’opposé : celui qui espère découvrir des pensées qu’il n’a jamais eues et enrichir ainsi son propre fond ; celui encore qui n’a jamais pensé par lui-même et pour qui la lecture de maximes est comme celle des slogans publicitaires qu’on ingurgite en digérant, au cinéma, avant le vrai spectacle. Je crois que la bonne manière de lire les aphorismes serait de seulement les entendre comme on regarde une fleur, surpris par son parfum.

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Introduction (1)

(Extrait tiré de l’introduction du livre « Le miroir de l’âme » de Georg Christoph Lichtenberg)

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Chaque siècle à ses œuvres clés. Ces œuvres sont des clés parce qu’elles ouvrent en nous l’héritage de sentiments et de pensées qui nous font les débiteurs de l’histoire et les prophètes de l’avenir ; elles nous rendent avant tout attentifs à nos voix intérieures ; les œuvres clés ne font donc rien de plus que nous enrichir de nous-mêmes ; elles mettent devant nos yeux ces sentiments que souvent on cache dans son cœur comme sous une pierre, par crainte de les garer ou pour mieux en retrouver les voies.

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Xavier Forneret – Sans titre, par un homme noir blanc de visage (Extraits) [1838]

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« Que ceux qui cherchent le Mouvement perpétuel regardent les yeux de la femme qui trompe »

« Attaché à l’ombre de chaque homme dans sa vie, il y a un monstre couvert de fleurs: les fleurs, c’est le Désir; le monstre, c’est la Possession. »

« Si vous êtes triste, n’allez pas où vous avez ri. »

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Marcel Bénabou – Un aphorisme peut en cacher un autre (Extraits) [1987]

« L’aphorisme est un manuscrit chiffonné, un ricanement dans la corbeille à papier. »

Günter Brus

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L’art de l’aphorisme es un art ancien, et qui ne se démode pas.

L’on a cent fois donné les raisons de cette vogue persistance. Comme l’oracle, l’aphorisme – baptisé aussi maxime, pensée ou sentence –  enferme un maximum de sens dans un minimum de mots. In tanta verborum parsimonia, quanta sententiae fecunditas; remarquait déjà Érasme. C’est cette concision, cette densité qui font une grande part de l’intérêt, et du plaisir, que l’on prend à l’aphorisme: car la réduction à l’essentiel donne à l’énoncé rigueur, efficacité expressive et séduction.

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Eric Chevillard – Autofictif (Extraits) [Blog]

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« Il me fit un doigt d’honneur et moi, je regardai la lune. »

« Lorsque les enquêteurs parviennent à démontrer la culpabilité d’un assassin, celui-ci est condamné et jeté en prison. Or tu peux bien rassembler les preuves les plus accablantes de la médiocrité d’un écrivain – des aveux signés de sa main –, celui-ci continuera à se pavaner en tête des ventes. La réponse judiciaire est ici complètement inadaptée. »

« Il voulut me blesser avec sa lame et son injure, mais l’injure s’écrasa sur ma poitrine et mon amour-propre se fit encore un beau miroir de la lame. »

« Faire passer un chameau par le chas d’une aiguille est une prouesse qui doit être relativisée puisque l’on sait que la plupart des gens par erreur appellent chameau le plus svelte dromadaire. »

« Ainsi j’échappe à la noyade, dit le sage en se couchant pour mourir sur le sable brûlant du désert. »

« Le sourd se réfugie dans la nuit de l’aveugle ; l’aveugle se réfugie dans le silence du sourd ; blottis l’un contre l’autre, ils attendent que se termine la page de pub. »

« Car chaque journée est un rêve incohérent qui ne se tient que grâce à la syntaxe. »

« Macabre découverte. Une douzaine d’autobiographes disloqués gisaient au fond de ce trou de mémoire traîtreusement creusé dans le bac à sable d’un jardin d’enfants. »

« Tu pleures ? Ne laisse pas se perdre tes larmes, fais-nous une soupe à l’oignon !

« MOI – Ta poupée m’a l’air bien malade ?
SUZIE– Oui, elle a une gastro-électronique d’enrhumement. »

« Le tranchant de la cuiller fait un bon couteau ; la pointe du couteau fait une excellente fourchette ; la fourchette possède la concavité requise pour servir de cuiller. Mais nous restons prisonniers de vieux schémas dépassés, de préjugés absurdes. »

« On croit pourtant l’enfouir six pieds sous terre ou la réduire en cendres, mais rien à faire, la mort ne se laisse ni brûler vive ni enterrer vivante. Le carnage continue. »

« Pour la première fois de sa vie, une jeune femme se retourna sur son passage comme il se retournait lui-même sur le sien, avec dans les yeux le même feu, avec aux joues le même afflux de sang, et il en fut gravement dépité car il voulait voir son cul. »

« La vache brosse à grands coups de queue des mouches pointillistes. »

©Blog : Eric Chevillard – Autofictif : http://autofictif.blogspot.be
Livres de l’auteur : http://www.arbre-vengeur.fr/?p=1371

 

Claire Lejeune : Aphorismes

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« J’ignore de la plus pure science. »

« Là où se mêlent l’eau et le feu l’être s’acquitte. »

« Toute la vérité du mineur brûle dans sa lampe. »

« La parole est mesure du silence. »

« Conscience est économie de l’acte. »

« J’existe au nom de tout ce qui n’a pas eu lieu. »

« Créer c’est élever le néant à sa propre puissance. »

« L’échec, intimité des victoires. »

« L’espoir fossilise l’inespéré. »

« Je ne suis pas de la race des invitées, je suis par effraction. »

« Lire bien c’est élire. »

« Ils consomment les champignons du paradis et conçoivent l’enfer. »

« Il n’y a pas de place en moi pour l’otage. »

« Je grandis vite, franchi le trou. Je crois sans faute vers je ne sais quel étoilement. »

©Livre : Claire Lejeune – Mémoire de rien / La geste / Le Pourpre / Elle [Editions du Labor // 1994]
©Image : William Blake (Divine Comedy)

 

Jean Dypréau…

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« Il n’avait le don des langues qu’au pays des vipères. »

« Ceux qui me fouillent ne me trouveront jamais. »

« Tu tricotes ma fidélité. »

« Il veut avoir le premier mot. »

« Vivre de sa plume
mais comme l’oiseau. »

« Certains oiseaux voulurent avoir des nageoires
pour fraterniser avec les poissons volants? »

« Je te déshabille avec ton imagination. »

« Je lègue à mon fils mon coup de pied au passé. »

« L’inspiration l’habitait,
mais il lui avait donné son préavis. »

« Œdipe sans complexe se sent orphelin. »

« Les mots sont mes cicatrices? »

« Il était si laid que le miroir lui rejetait son image. »

« Il aimait ce silence
qui lui permettait d’entendre l’amour. »

©Livre : Liliane Wouters – Panorama de la poésie française de Belgique [Editions Jacques Antoine // 1976]

Eric Dejaeger : Irréflexions (Quelques morceaux)

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« On peut tout dire dès que la mafia et les extrémistes de tout poil donnent le feu vert. »

« Les aphorismes les plus longs sont ceux de Marcel Proust, heureusement tous inédits. »

« Début de conte pour enfant (d’)alcoolique : « Il était un foie…  »

« Le jour où la mort mourut, les vivants ne surent plus que faire. »

« L’enfer, c’est les « je » qui sont des autres. »

« Cette cochonne n’arrête pas de se prendre en salfie. »

« Mettre la pression, c’est un truc de buveurs de bières au fût. »

« Lacan, pas nul, mis au zoo, tisse. »

« Les policiers verbalisent les SDF qui ont trop de loques à terre. »

« Choisissez la langue de pute : la langue de bois laisse des échardes en se retirant. »

© Eric Dejaeger : http://courttoujours.hautetfort.com

Marcel Havrenne

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« Il neigeait si fort que les boulangers et les ramoneurs ne pouvaient plus se reconnaitre; chaque maison avait un étage de plus, où personne n’habitait. »

« Bonne comme le pain, mais pas trop de miette. »

« Voici l’aurore: la nuit tombe sur la Chine. »

« Quand on n’a plus que sa main pour cache-sexe, il faut préférer l’impudeur. »

« Qui aime bien châtre bien. »

« Lire les autres pour soi, mais se relire en pensant aux autres. »

« Le cris aigre du paon contrefait la roue qui grince. »

« Là où l’oiseau s’est posé, il y aura bien assez de place pour une pensée. »

Jean-Philippe Querton : Squelettes au haras (Extraits) [2014]

12778843_10201513716760341_658058680404274342_o.jpg« Le plus efficace des régimes,
C’est le Ducan de concentration. »

« Si j’avais été agriculteur,
J’aurais cultivé des champs
De sémantiques. »

« Procrastinateurs , procrastinatrices
Du monde entier, unissons-nous !
Eventuellement, ça peut attendre
Demain, si vous préférez. »

« Marre d’essuyer des échecs ?
Laissez-les sécher »

« – Et ta sœur,
balança-t-il au fils unique
– Elle nique ta mère
rétorqua-t-il à l’orphelin »

« Si la mort ne me fait pas peur,
c’est parce qu’en permanence,
je me fous de sa gueule ! »

« Coaching !

La tête penchée, la langue
coincée entre les dents,
ils rédigent un texte sur
les projets qui les motivent.
Comme si leur vie en dépendait,
ils ouvrent le champ des possibles,
ils couchent leurs rêves et leurs
ambitions sur le papier…
et s’engouffrent dans la terrible
norme. »

« Et chaque fois que je me plais
en leur compagnie, me revient
cette phrase de Louis Scutenaire :
Le chômage est déplaisant parce
qu’il n’est pas tout à fait généralisé. »

©Livre : Jean-Philippe Querton – Squelettes au haras / Aphorismes, potacheries, balivernes et histoires brèves [Cactus Inébranlable Editions // 2014]
©Collage : Laetitia Hainaut « A fleur de peau »
net :
http://jeanphilippequerton.e-monsite.com/ 
http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/
 https://www.facebook.com/laetitia.hainaut

 

André Stas – Les belles prémisses (Pastiche René Magritte)

SDC11083.jpg« Je voudrais me rendre aux Indes avec Loulou pour qu’il voie des femmes enragées et des vaches savantes. »

« Avant de vous faire votre portrait, je me mangerais bien une étrange de jambon… »

« Georgette m’emmerde. Elle pête quand je suis en train de penser à la peinture. »

« Delvaux en est un. »

« Je n’arrive jamais à finir mon melon. »

« On dit que j’ai fait au Roi Baudouin une pipe. Ceci n’est pas. »

©Livre : Espace Nord #200 COPIES/COLLEES – Anthologie de parodies et de pastiches [Editions Labor // 2004]

Cioran – Ecartèlement (extraits)

P1280468 » Dans les heures de veille, chaque instant est si plein et si vacant, qu’il se pose en rival du Temps. »

« Les seuls instants qui mériteraient de survivre à l’écroulement de notre mémoire sont ceux où nous ne pouvions nous pardonner de n’être pas le Premier ou le Dernier. »

« Le pire, ce n’est pas le cafard ni le désespoir mais leur rencontre, leur collision. Etre broyé entre les deux! »

« Durant toute la matinée je n’ai fait que répéter : – L’homme est un abîme, l’homme est un abîme.
Il m’a été hélas! Impossible de trouver mieux. »

« Malheur au livre qu’on peut lire sans s’interroger tout le temps sur l’auteur! »

« Ma mission est de tuer le temps et la sienne de me tuer à son tour. On est tout à fait à l’aise entre assassins »

« Ne plus concevoir que des choses sur lesquelles on se plairait à ruminer dans un tombeau »

« On ne peut être content de soi que lorsqu’on se rappelle ces instants où, selon un mot japonais, on a perçu le ah! des choses. »

©Livre : Cioran – Œuvres [Quarto Gallimard // 1995]
©photo : Edouard Boubat