Exposition universelle 1958 (Bruxelles) : Le pavillon Philips

(1ère partie)

En février 1956, Louis Kalff, alors directeur artistique de la firme hollandaise Philips Gloeilampenfabreiken NV. contacte Le Corbusier et lui demande de créer, pour sa société, un pavillon distinct (et non intégré au pavillon hollandais) pour l’Exposition universelle prévue à Bruxelles en 1958, la belle idée de Kalff est d’offrir à l’architecte la possibilité d’explorer les potentialités tant sur le plan sonore que lumineux des produits de la firme. Sans l’ombre d’une hésitation, Le Corbusier donne son accord; il trouve-là, enfin, l’occasion rêvée d’exprimer une part des préoccupations artistiques qui l’animent depuis le début de sa vie créatrice. Il se consacre alors à son Poème électronique, un spectacle d’une durée de 8mn, nourri de lumière, de son, d’images, mais encore de couleurs et de rythmes – en fait la cristallisation de son concept d’une synthèse organique de tous les arts.

Après avoir fixé la forme générale du pavillon (un « estomac » vide et obscur ou une « bouteille »), doté d’une entrée et d’une sortie, et pouvant contenir environ 500 spectateurs par séance de 10 mn, Le Corbusier délègue intégralement la conception et le dessin du pavillon à Xénakis. Il avait également commandé à Edgar Varèse une oeuvre électroacoustique de 8 mn totalement indépendante de son « scénario » visuel, et avait souhaité que Xenakis composât un « interlude » de 2 mn, exécuté lors des entrées et sortie des groupes de spectateurs.

Se fondant sur le croquis très rudimentaire de Le Corbusier, Xenakis commence à travailler sur ce projet en octobre 1956 et termine son premier jeu de plans avant la fin de l’année.

Jamais ingénieurs et entrepreneurs n’avaient eu à se charger d’une construction composée exclusivement de paraboloïdes hyperboliques, de surfaces gauches autoportantes, le projet de Xenakis ne comportant aucun appui intérieur ni d’élément de support à l’extérieur.  Il pousse à l’extrême les limites de son matériau de prédilection, le béton armé, alors qu’à l’époque, il ne disposait pas d’outils de modélisation autres que les tâtonnements et les essais parfois conclus par des échecs.

La société belge Strabed est choisie pour réaliser ce pavillon. Le chantier démarre en juin 1957. L’ingénieur en chef de Strabed H. C. Duyster et Xenakis collaborent étroitement et développent ensemble quelques procédés innovants puisque rien de comparable n’avait jamais existé. Ainsi, les coques extérieures furent préfabriquées au sol par module d’environ 1.50 m d’envergure pour une épaisseur de seulement 5 cm, en béton précontraint. Les différents éléments furent assemblés et raidis par un double réseau de câbles en acier de 8 mm de diamètre (3000 câbles furent nécessaires pour l’ensemble de la structure). Le point le plus haut atteignait 20.5 m pour une longueur de 40 m et une largeur de 24 pour une structure de 7500 m³ couvrant 500 m²

Seule une maîtrise parfaite du matériau choisi – le béton armé – , acquise après des années d’études et d’expérience, a permis à Xenakis de réaliser ce véritable tour de force. S’il n’avait passé d’interminables heures à inventer, à réviser des procédures de calcul pour l’Unité d’habitation de Marseille, ou s’il n’avait pas développé (avec Bernard Laffaille) les structures en « boîtes à chaussures » pour Rezé, les entrepreneurs engagés pour le projet du Pavillon Philips auraient rapidement pur le convaincre que tout cela était tout simplement irréalisable. Certes, sa formation d’ingénieur avait déjà orienté quelques productions de l’Atelier, mais cette tentative-là, considérée alors comme une révolution structurale, semblait défier tout esprit cartésien. Bien que pendant cette période Le Corbusier se trouve très souvent à Chandigarh, focalisant toute son énergie créatrice sur son scénario du Poème électronique, il soutient totalement Xenakis, quand il ne balaie pas le défaitisme ambiant et l’encourage à démontrer la faisabilité de son projet. En fait, il s’avéra que non seulement c’était faisable, mais que, lorsque la structure dut être démolie en janvier 1959, à la fin de l’Exposition universelle (malgré de nombreux efforts déployés pour la préserver), les ouvriers furent stupéfaits par la résistance de cette coque de 5 cm d’épaisseur.

©Texte et photos tiré du livre : Iannis Xenakis – Musique de l’architecture / Textes, réalisation et projets architecturaux choisi, présentés et commentés par Sharon Kanach. [Editions Parenthèses // 2006]
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Richard Weston – Les plus grands Architectes (Extrait) [2015]

dome dymaxion hippie(Les dômes Dymaxion de Fuller furent considérés, notamment par les hippies, comme des symboles des cultures alternatives des années 1960, ainsi qu’en témoigne cette photographie de Drop City, dans le Colorado)

 

RICHARD BUCKMINSTER FULLER

Après l’échec, dans les années 1920, de son Stockdale Bulding System, destiné à produire des logements plus légers, Buckminster fuller se retrouva insolvable et au chômage. Il décida alors de « trouver ce qu’un individu seul pouvait faire pour contribuer à changer le monde et faire du bien à l’humanité tout entière ». Aux yeux de Fuller, en effet, l’avant-garde européenne s’était montrée incapable de gérer le potentiel des nouveaux matériaux et de l’industrialisation. Soutenant que les ressources et les moyens de production de la planète devaient être envisagés de manière holistique, il estima que la question du logement devait être considérée comme un problème logistique. Il présenta le projet de sa première demeure 4D, en 1928 ; l’année suivante, le grand magasin Marshall Field de Chicago donna à celle-ci le nom de « Dymaxion » (l’acronyme anglais de « tension dynamique maximale ») et se servit de sa maquette comme d’un décor futuriste pour de nouveaux éléments d’ameublement. La Dymaxion House était une véritable « machine à habiter » : ses espaces de vie se voyaient contenus dans une enceinte hexagonale suspendue à un mât central, qui contenait toutes les commodités. Sa « baignoire atomiseur » consommait moins d’un litre d’eau ; et il était prévu que celle-ci soit filtrée, stérilisée, et remise en circulation après usage. Cette technologie était alors, pour l’essentiel, inexistante ; mais nombre de ces innovations sont désormais courantes dans les vaisseaux spatiaux. La Dymaxion Bathroom fut conçue en 1938-1940, anticipant les unités tout-en-un disponibles de nos jours ; et, en 1944, une Dymaxion Dwelling Machine (« machine d’habitation Dymaxion »), plaquée de métal et conçue pour exploiter la technologie aéronautique, franchit toutes les étapes jusqu’au prototype habitable. Lire la suite