Dessins d’aliéné (Magazine EMPREINTES #10)

L’auteur de ces dessins était interné en 1950 dans un hôpital psychiatrique en Roumanie

Sur quatre pages d’un cahier d’écolier ont été tracés, avec une encre légèrement effacée par le temps, une soixantaine de dessins qui paraissent prisonniers des rayure de la feuille.
La surface du papier quadrillé a été divisée en lignes parallèles qui forment un damier. chacune des cases de ce damier contient un personnage ou un visage.
Les espaces vides étaient sans doute destinés à recevoir des textes

En les agrandissant, on perçoit une écriture. Les dessins semblent constitués par des hiéroglyphes dont le sens nous échappe.

©Texte et images : Magazine Empreintes #10
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Vasily Sourikov – La Boyarina Morozova (Peinture // 1887)- Détail

la boyarina morozova

fou de Dieu

Les fous de Dieu

Le mendiant en haillons au bord de la route fait également le signe de croix avec l’index et le majeur, saluant ainsi une dernière fois la boyarina. Ce geste était le signe de reconnaissance de tous ce qui s’opposaient aux réformes ecclésiastiques. « Comment fais-tu le signe de croix ? », c’était la première question posée aux supposés hérétiques durant les interrogatoires. Tout Ruse croyant faisait le signe de croix plusieurs fois par jour, pour appuyer ses dires, se protéger du mal ou comme ici pour bénir et saluer, c’est dire que toute tentative de changer la forme traditionnelle de ce geste devait générer des résistances.

Le mendiant porte aussi une croix de métal à son cou. Elle est si lourde qu’elle a laissé des plaies sanglantes dans sa chair. L’homme est vêtu d’une tunique trouée et est assis pieds nus dans la neige alors que même la miséreuse à côté de lui se protège du gel à l’aide d’une fourrure rapiécée. Celui qui se mortifie de cette façon n’est pas un gueux ordinaire mais un « fou de Dieu », un « jurodivyi ». C’est un de ces hommes pieux comme on en vit tant en Russie à partir du 14ème siècle abandonner une existence plus ou moins assurée : ils parcouraient le pays en priant, faisaient des sermons et adressaient des avertissement à la population, ils ne traitaient pas seulement leur corps et leurs sentiments par le mépris mais aussi leur raison. En se comportant comme des déments, ils essaient d’engendrer en eux ce vide qui seul peut ouvrir l’esprit à Dieu : « Qu’il se fasse fou pour devenir sage car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu » et « nous sommes fous, nous, à cause de Dieu », avait écrit saint Paul aux Corinthiens.

Il n’était pas facile de faire la distinction entre de saints hommes et des déments ordinaires ou des charlatans, mais les jurodivyi étaient traités avec le plus grand respect. Même les Tsars n’osaient pas les éconduire quand ils levaient la voix et lançaient des avertissements au nom du peuple.

©Texte : Rose-Marie Hagen & Rainer Hagen –  Les dessous des chefs-d’oeuvre | Un regard neuf sur les maîtres anciens [France Loisir // 2003]
net: https://fr.wikipedia.org/wiki/Feodosia_Morozova