René Magritte – L’amentalisme

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Nous choisissons pour cela le mot qualificatif : – Amentalisme- qui aura l’avantage, croyons-nous, de rappeler chaque fois qu’il sera prononcé que l’ère des maniaques philosophes agonise.
L’Amentaliste est celui qui préfère le plaisir à l’intelligence et pour qui l’intelligence n’a de valeur que dans la mesure où elle peut servir à augmenter et provoquer le plaisir.
L’Amentaliste est celui pour qui la distinction entre le mental et l’ammental est déjà une cause de plaisir, car cette distinction est un baume qui le libère d’une foule de poids morts.
L’Amentaliste est celui pour qui la notion d’isolement de son univers mental est un soleil qui éclaire et rend plus vif chacun de ses plaisirs, même les moindres.
René Magritte – Manifeste de l’Amentalisme-
©Photo : Joaquim Cauqueraumont
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Paul Heupgen – Termes administratifs Etymologies (Extraits) [1929]

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Acquit
de ad – et quietus – tranquille – qui n’est plus in quiété, celui qui a payé.

Ballotage
du radical : balle – balotte petite balle, qui servait d’instrument de vote.
Actuellement on vote encore au moyen de « boules » de couleurs différentes.

Cantuaire
de cantare – chanter.
Rétribrution pour offices chantés.

Cédule-cédulaire
de schedula, diminutif de scheda = feuille, petite feuille – petit papier.
Du grec schidzein (scinderer) couper, d’où : schisme.
Impôt cédulaire : terme rénové par la loi du 29 octobre 1919 : s’applique à l’impôt sur une base déterminée (immobilière ou mobilière) –  par opposition à l’impôt sur le revenu global ou supertaxe – expression tirée de la législation anglaise.
L’impôt cédulaire est réel – frappe le revenu – peu importe à qui il appartient.

Chassereau
anciennement « cachereau« .
Vieux terme employé dans les chartres.
Origine douteuse : servant à « pourchassier » les revenus.
Papier terrier – journal de père de famille.
En somme, est un inventaire de biens, spécialement d’immeubles, avec l’indication des locations.

Emolument
de e et molere : moudre.
Profit d’un travail de mouture : d’où profit en général.
Se dit spécialement des avantages en nature – et se distingue de « traitement » : rémunération en argent.

Emphytéose
de em (grec) : sur – phuteuien (grec) : du radical phyt – planter sur – faire croître sur – mettre en valeur en faisant produire.
Convention de droit civil impliquant concession par le propriétaire d’un fonds, d’une jouissance de longue durée à un preneur « emphytéotique » avec obligation de bâtir ou planter : crée un droit réel.

Mainferme
ou terre roturière : ou bien de censive : ferme à vie, ou tout au plus d’un héritier, démembrée d’un fief – le feudataire conservait sur elle son droit de suprématie et de justice : hauteur; la sujétion du mainferme se manifestait par le cens ou rente.

©Livre :  Paul Heupgen – Termes administratifs / Etymologies [Province du Hainaut // 1929 Cours provinciaux d’Administration // 1929]
©Photographie : Jan Banning
net: http://www.janbanning.com/

Définition : Kala-azar

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S. m. (fièvre noire ou mort noire) Syn. Fièvre doum-doum, fièvre épidémique d’Assam, maladie de Sahib. Maladie endémique, aux Indes et en Extrême-Orient et en voie d’extension dans le bassin méditerranéen, caractérisée par une fièvre irrégulière, l’augmentation de volume de la rate et du foie, une coloration plus ou moins bronzée de la peau, de l’anémie avec inversion de la formule leucocytaire, souvent des symptômes dysentériques et parfois des nodules cutanés tardifs. Elle évolue spontanément vers la mort dans un délai de 6 mois à 2 ans. Elle est due à un protozoaire Leishmania donovani (Leishman, juin 1903; Donovan, nove. 1903), qui se trouve en grande abondance dans la rate et qui est transmis de l’homme ou du chien à l’homme par le Phlebotomus argentipes.  – k.-a. infantile. Syn. anémie splénique infectieuse ou pseudo-leucémique, leishmaniose spélinique infantile, lumphadénie splénique des nourrissons, pseudo-leucémie infantile infectieuse, ponos. Cette variété, sporadique en Arménie, dans le Turkestan et dans le bassin méditerranéen, où elle a été étudiée par Ch. Nicolle (1907), est caractérisée par la fièvre désordonnée, l’intensité de l’anémie, le volume considérable de la rate et de l’abdomen et une cachexie mortelle en 6 mois environ; elle est due à Leshmania infantum, variété de L. donavie, qui serait transmise du chien à l’homme par les phlébotomes (P. perniciosus).

©Livre : Garnier et Delamare – dictionnaire des termes techniques de médecine [ Librairie Maloine, Editeur // 1972]
©Sculpture : Jim Skull
net: http://jim-skullgallery.com/

 

Les chansons de geste

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Le mot geste signifie, au moyen âge, exploit; et chanson de geste se dit d’un poème où l’on célèbre les exploits d’un héros historique ou légendaire. Ces poèmes, écrits aux XIe et XIIe siècles, sont en vers de dix syllabes (décasyllabes), non pas rimés, mais assonancés: il suffit au poète de ramener le même son dans la dernière syllabe accentuée, sans se préoccuper des consonnes qui  suivent. Ainsi, comme aujourd’hui encore dans la poésie populaire, dire « assone » (et ne rime pas) avec bise, et visage avec arbre. Ces vers étaient groupés par couplets (laisses) de dix ou quatorze; et le poème entier pouvait contenir de deux à trois cents laisses.

Nous possédons un assez grand nombre de chansons composées aux XIe et XIIe siècles.

On les groupe autour de trois personnages principaux; de là trois cycles (cycle = cercle, se dit d’un ensemble d’ouvrages pouvant se rattacher à un même centre):

a) LE CYCLE DE CHARLEMAGNE, dont les plus célèbres chansons sont: Le pèlerinage de Charlemagne, Huon de Bordeaux, la chanson de Roland;

b)LE CYCLE DE GUILLAUME D’ORANGE, où il faut surtout retenir: Aimeri de Narbonne (cf. V. Hugo : Aymerillot), et Aliscans;

c) LE CYCLE DE RENAUD DE MONTAUBAN, dont la principale chanson a été popularisée sous ce titre: Les quatre fils Aymon.

A part, il faut citer quelques Chansons féodales, dont la plus belle est Raoul de Cambrai.

©Livre: Ch-M des Granges – Les grands écrivains français – Des origines à nos jours [Librairie A. Hatier]

 

Charles Robinson – Ultimo (Extraits) [2012]

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92 définitions recomposées à partir du Petit Robert. 
Dans une page de dictionnaire, briser des fragments de définitions, les assembler, et donner une définition nouvelle au mot qui indexe la page.
(premier mots des pages paires, dernier des pages impaires).

ÉBURNÉ adj. 

La racine carrée de la variance que l’on calcule pour rendre compte de la dispersion des distributions dites normales, portée à une température déterminée, sous une pression donnée, a l’apparence et la consistance de l’ivoire. Chacune des plaquettes microscopiques qui recouvrent sa résine, avec sa couleur d’un rouge éclatant obtenu par un colorant tiré de la cochenille, est susceptible de se détacher par écailles.

HYDROFOIL n.m.

Le plus léger et le plus simple des gaz inflammables ayant perdu son électron peut être décomposé par hydrolyse (nuage, brouillard, pluie, neige, frêle, rosée, givre, verglas, etc…). Combiné avec des eaux stagnantes par accumulation d’urine, il est utilisé comme appareil d’hygiène buccodentaire projetant un jet noir verdâtre sous pression. Considéré du point de vue chimique, cette affusion entraîne des œdèmes souvent fermentés.

ROTOTO n.m.

Le réflexe d’extension brusque de la jambe obtenu en frappant le tendon du muscle quadriceps est inutile, inopérant dans une fête foraine. Rouage parmi d’autres, les agents des contributions indirectes s’en servent pour tirer les roupettes sur la place du marché. Tu te pâmais en mille poses. Et roucoulais des tas de choses. Emblème de vicissitudes humaines. Le ligament fatigué s’attache au tibia (en bas), tournant latéralement sur son axe, faisant reposer le corps alternativement sur les mains et les pieds, et ne s’embarrassant d’aucun scrupule.
Ces souplesses à cent kopecks ne sont perceptibles que pour un confrère, blague le petit commerce.

TRIGONELLE n.f.

La masse moléculaire est le triple de l’année scolaire en France. De la rentrée aux vacances de Noël, le principal objet est l’application du calcul à la détermination des éléments du triangle. De Noël à Pâques, trois consonnes servent de support aux éléments vocaliques. Jusqu’aux grandes vacances, le tégument dorsal est divisé en parties parlées de la tragédie grecque (Agamemnon, les Choéphores, les Euménides). Puis, le battement rapide et ininterrompu sur deux notes en forme de feuille de trèfle voisine avec les mille milliards de bacheliers vagabondant sur les routes, flanqués d’une cage d’osier. Qu’est-ce que trimbalent les insurgés ? L’austérité des premiers trimestres !

©Livre : Charles Robinson – Ultimo [Editions ère // 2012]
©Image : André Breton|Jacqueline Lamba|Yves Tanguy (Cadavre Exquis)

Définition : Libations

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Le mot libation, quand il est singulier et désigne une offrande rituelle à une divinité, a quasiment disparu de la circulation, mais il n’y a pas lieu de s’en émouvoir, il ne servait plus à rien depuis l’Antiquité. En revanche, « les » libations, doivent être réhabilitées. Faire des libations, c’est , selon le dictionnaire : boire copieusement, bien s’amuser en buvant du vin, de l’alcool. L’élégante affirmation « nous avons fait des libations » disparaît jour après jour au profit de ces pauvres succédanés que sont : « On était tous bien déchiquetés », « On s’est gravement avoiné la gueule », « On a picolé comme des maboules », « On était torchés comme des bourrins et on s’est pissé de rire dessus ». Toutes ces périphrases alambiquées pour dire « nous avons fait des libations ».

©Livre : François Rollin – Les grand mots du professeur Rollin [Plon // 2006]
©Image : Carte postale trouvée sur le site : http://www.delcampe.net/

Marius Boisson – Anthologie universelle des baisers (Extrait) [1912]

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QUELQUES DEFINITIONS AMERICAINES DU BAISER

Le baiser est la vingt-septième lettre de l’alphabet: mais qui ne peut être prononcée qu’à l’aide de deux paires de lèvres. (Wendell Holmes)

Qu’Est-ce qu’un baiser? Un rien divisé en deux parties. (Grashaw)

Le baiser est la porte qui ouvre la citadelle du cœur. (De Levis)

Qu’Est-ce qu’un baiser? Le sceau qui sert à exprimer notre sincère attachement; l’engagement d’une union future; un baume pour un cœur altéré d’amour, une délicieuse morsure des lèvres; un mets exquis qui ne nous rassasie jamais; un doux fruit que nous semons et que nous cueillons en même temps. (A. Locker)

Qu’y a-t-il dans un baiser? Des millions d’êtres humains ont été rendus heureux, d’autres millions ont été plongés dans la misère et le désespoir grâce au baiser, qui n’est en somme qu’une simple moue des lèvres. (H. Cockton)

Un grammairien américain définit le baiser le point d’interrogation dans la littérature de l’amour.
Le même grammairien conjugue ainsi le verbe embrasser, to Kiss, ou plutôt to buss:
Buss, embrasser;
Rebus, embrasser plusieurs fois;
Pluribus, embrasser sans égard au nombre de baiser;
Sillybus (silly-niais), embrasser la main,
Erebus (erebus-enfer), embrasser dans l’obscurité;
Blunderbus (blunder-bévue), embrasser en se trompant d’adresse;
Omnibus, embraser tout le monde à la ronde, dans un salon.

©Livre: Marius Boisson – Anthologie universselle des baisers [H. Daragon // 1912]
©Collage : Nico Discoglosse
net : http://www.discoglosse.com/

 

Ball the jack…

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Ball the jack [litt = utiliser un marteau-piqueur (jackhammer): par extension, travailler dur et rapidement] // 1 : L’origine de l’expression est probablement à recherche dans le langage des cheminots: jack dans le langage noir signifie locomotive et balling the jack renvoie à un train (filant à grand vitesse, il est dit high balling) :

« So when I hear a whistle, I can peep throught the crack
And watch the train a-rollin’ when it’s ballin’ the jack.
Why I just love the rhythm of the clickity-clack
So, take me right back to the track, jack. »
Choo Choo Ch’Boogie, Louis Jordan, 1946

2 : Foncer se dépêcher // 3 : Faire l’amour, « besogner » :

« A redheaded woman make a freight train jump the track
And a blackheaded girl will make a preacher ball the jack »
Saint Louis Blues, Jim Jackson, 1930

4 : Evoque le fait de passer du bon temps, boire, danser, faire la fête, ou baiser :

« Got a little fair brownie keep ballin’ the jack
Her screamin’ and fightin’Il let me snatchin’ it back »
You can’t keep no Brown, Bo Weavil Jackson, 1926

5 : Danse apparentée au shimmy, ponctuée de claquements de mains et de cahnts, très en vogue au début du XXe s. :

« Now I could rememba when Ballin the Jack: thats mow done wit yo knees. You gather a good twist wit yo knees. Hit yo knees together, to an fro. Little bit like the Buzzard lope, you know. »
Mance Lipscomb & Glen Alyn, 1993

6 : Dans le jargon du jeu, miser le tout sur une carte.

©Livre : Jean-Paul Levet – Talkin’ that talk / Le langage du blues, du jazz et du rap / Dictionnaire anthologique et encyclopédique [ Editions Outre Mesure // 2003]
©Image : Jean-Michel Dupont & Mezzo [Love in Vain – Robert Johnson 1911-1938 // Glénat]

 

Définition : Canicule

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Canicule

« …la canicule, de triste mémoire, qui n’est pas, à l’origine, une grande chaleur mais bien une petite chienne. La Petite Chienne c’est l’autre nom de l’étoile Sirius, qui se lève et se couche avec le soleil du 22 juillet au 22 aout, période précisément de la parfois catastrophique canicule »

©Livre : François Rollin – Les grand mots du professeur Rollin [Plon // 2006]
©image : Gérard Schlosser