En attendant (3)… Les Editions « La Table Ronde »

Doug Headline

Le 26 mars auraient dû paraître les Lettres du mauvais temps de Jean-Patrick Manchette, correspondance inédite riche de plus de deux cents lettres écrites entre 1977 et 1995. L’actualité en a décidé autrement, mais ce livre rejoindra les tables de vos librairies dès que possible.
En attendant, pour vous faire patienter, les éditions « La Table Ronde » ont décidé de nous offrir chaque samedi (sur Facebook) la possibilité de lire une de ces lettres.

 

À Jean Echenoz
Le 13 juillet 1979
Cher Jean Echenoz,
Je veux vous remercier de l’aimable envoi que vous m’avez fait de votre Méridien de Greenwich. Je viens seulement de le lire, parce que j’avais d’abord été rebuté par son appartenance manifeste à la littérature d’Art. Or j’ai passé deux soirées intéressantes, et notamment à rire comme un bossu (cet effet entrait aussi dans vos buts, je n’en doute pas). Je suis d’autre part troublé par la grande similitude de beaucoup de nos intérêts, telle que j’ai pour ainsi dire eu l’impression que j’étais moi-même l’auteur de votre livre dans un univers parallèle. (Je passe sur les détails sauf celui-ci : je travaille depuis un moment à une histoire de tueur, et l’arme personnelle de mon personnage est un Heckler & Koch, cependant qu’une fois ses employeurs lui remettent pour son travail un revolver Rossi.) Je suis curieux de savoir si vous avez ou non écrit votre texte en utilisant un procédé systématique de démarquage d’autres textes, dont certains des miens. J’ai repéré un énoncé : Vous n’êtes pas parent avec un fabricant de cuivres ? (question à Selmer, p.84) qui me rappelle forcément : Vous n’êtes pas parente avec un politicien communiste ? (question à Julie Ballanger dans mon Ô dingos, ô châteaux !), ce qui peut n’être que pur hasard (1). En tout cas l’effet miroir concernant le Heckler & Koch de mon manuscrit est nécessairement du pur hasard. Ce qui ne peut évidemment qu’ajouter à mon inquiétude, surtout après avoir lu ce que vous écrivez du « malheureux hasard » (2). Tout ça est extrêmement hilarant.
Je vous laisse à mon inquiétude et vous adresse mes remerciements et mes compliments.

NOTES :
1. Dans Les Inrockuptibles, en août 1996, Jean Echenoz confirme que le hasard n’est pour rien dans ces échos : « Recevant mon premier livre, dans sa réponse il me suggère aimablement que je pourrais bien lui avoir piqué un plan de dialogue de Ô dingos, ô châteaux !, ce qui est vrai. »
2. Dans Le Méridien de Greenwich, un personnage doit faire face à d’effrayantes coïncidences. Il tente plusieurs fois de se rassurer en appelant le hasard à son secours :
« Certes, l’accumulation de ces hasards convergents avait quelque chose d’accablant, mais de tout cela n’émergeait aucun indice réel du dispositif persécuteur qu’il venait de pressentir, tout pouvait encore être fortuit. Tout pouvait encore être mis sur le compte du malheureux hasard. »

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En attendant (1)… Les éditions « Zones Sensibles »

La maison d’Editions Zones Sensibles (Belgique) propose une partie de son catalogue en téléchargement.

« En raison des confinements imposés par les gouvernements suite à la pandémie du CoVid19, puisque les librairies sont momentanément fermées et que commander des livres chez Amazon n’est pas la meilleure idée, nous mettons en ligne, gratuitement et en intégralité, 12 titres de notre catalogue, téléchargeables au format PDF. »

 Pour plus d’infos sur les livres et pour les télécharger, cliquez ici