David Bosc – Farid Imperator (Extrait) [2015]

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C’est un gamin de huit ans, curieux, livré à lui-même dans un grand port où passent tous les visages du monde. Frédéric est reçu chez les uns, chez les autres, il apprend les langues (il en parlera neuf). Il dira plus tard que Dieu n’aurait jamais choisi la Palestine s’il avait connu son royaume de Sicile: partout des jardins, des palais, des bains, plus de deux cents églises et bien trois cents mosquées. Frédéric choisit ses maîtres parmi les Arabes et les Gréco-Syriens; son appétit de connaissance les enchante, sa vivacité les émerveille. Lire la suite

Jacques A. Bertrand – Les autres, c’est toujours rien que des sales types (Extrait) [2012]

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LE JARGONAUTE

Le Jargonaute, qui navigue en jargon, est un sale type. Et un drôle d’oiseau. Car le jargon remonte au gargun (douzième siècle), qui désignait la production vocale de la gent ailée. Le Jargonaute gazouille, jase, pépie, et finit par se vautrer dans le verbiage, comme le pigeon urbain dans le caniveau. C’est le roi du charabia, l’empereur du galimatias, le grand vizir du sabir, le parangon du baragouin, bref: le prince du phonème au Larousse aboli.
Son chien, un mâtin, aboie en serbo-croate mâtiné de persan. Lire la suite

John P. Barrywell – Et que l’ongle soit réincarné! (Extraits) [2015]

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Les frites se vendent, les gens décontractés contractent les autres, les instruments souffrent et s’expriment comme des citrons pressés, les musiciens se retournent dans leur tombe, des chiens qui ne feraient pas de mal à une mouche, mordent cependant tous les autres. Tout se passe donc comme à l’accoutumée dans ce bas monde.

Dans un sifflement imperceptible, l’OVI, l’objet volant identifié, se stabilise au-dessus de la colline. Un grand coup de klaxon lâche les premières notes de la Cucaracha et l’engin se pose enfin au milieu d’une foule muette.Une porte s’ouvre, un escalier roulant télescopique surgit… Puis, plus rien… Les secondes passent, elles semblent une éternité… Lorsqu’un « Hooo » étouffé se dégage de la foule. Un grand homme élancé au visage fin et glabre, aux longs cheveux blonds, aux yeux bleus étincelants, en combinaison orange, jaune et vert agrémentée d’impressions de têtes d’éléphants, apparaît dans l’ouverture illuminée, à son cou se balance une amulette, car comme dans un grand opéra l’amulette se porte ici.

– Que la Grande Ingurgitation commence et que l’Ongle soit réincarné!

– C’est donc pour cela qu’ils ont reconnu les lieux, mais n’ont pas reconnu Denise.

– Ben ouais, nous on connaît pas Denise, nous on a fait connaissance avec Paulette, hein Shirson.

– Ben ouais, Ashock… Même que je disais toujours « Hé Paulette, après ce coup-là, tu vas prendre du galon! »… Mff, mff, mff…

C’est pourquoi, en son honneur, je déclare officiellement instaurer sur terre, en ce jour de Fête Nationale d’Astérope, la « Journée de la Flemme ». Merci à tous.

©Livre : John P. Barrywell – Et que l’ongle soit réincarné! (Traduction : Jean-Paul verstraeten) [Cactus inébranlable édition // 2015]
Image : Monty Python (Flying Circus)

Jean-Luc Fonck – Squelette (Extrait) [2012]

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J’ai faim…
Je vais me préparer un p’tit plateau télé…
Alooors…
Qu’est-ce qu’il y a de bon dans le frigo ?
Un p’tit osso bucco…parfait !
Je reviens mâchoire devant ma télé…
Soudain, je ressens une douleur étrange…
Aïe…c’est mal barré…
Ce sont mes clavicules aux reins qui me font mal…
Je me regarde dans le miroir…
J’ai vraiment une tête de déterré…
Mais c’est normal…
Chez les squelettes, tout le monde est comme ça…

Je continue à avoir mal…
Je décide d’aller voir un médecin…
Il a l’air un peu fêlé…
-Déshabille-toi, il me dit.
-Quoi ? Tout à fait ? Complètement à moelle ? Je demande.
-Non…métatarse nu c’est bon…

Il me tripote…
Je lui dis :
-Aïe…ça fait mal !
Alors le médecin, pour me détendre, chante une chanson…
« Coccyx dans les près…fleurissent…fleurissent… »
Mais ça ne change rien, ça fait toujours aussi mal…
J’en ai assez…ça fait trop mal…
Je me relève, je me rhabille et je m’en vais.
Le docteur me dit :
-Tu ne peux pas partir comme ça…je n’ai pas fini…
Je lui réponds :
-Si…je fais ce que je veux…Je ne suis pas un humérus, je suis un sternum libre…
Bonjour chez vous !
Et je claque la porte.
C’est ça qui m’a réveillé…

©Livre : Jean-Luc Fonck – Réveillez-moi [Editions Luc Pire // 2012]
©Image : Jiro Ban
net : http://www.balibart.com/artiste/jiro-ban