André Stas nous parle d’art…

 

Rejeton rigolard du surréalisme, hiérarque du collège de Pataphysique, André Stas est engagé depuis les années 1970 dans une logomachie acharnée contre la bien-pensance bourgeoise.

Ça commençait plutôt sérieusement pourtant : né en 1949 à Rocourt, en Belgique, licencié en philologie romane de l’Université de Liège, il devient professeur au collège jésuite Saint-Servais de Liège. Mais le subversif potache qui sommeille en lui ne tarde pas à faire sauter le bouchon et se voit remercié quelques temps plus tard.

À côté des calembours gros calibre et d’une cavalerie d’aphorismes Dada, son arme favorite contre le conformisme reste le collage. Remarquable artiste plasticien, André Stas charcute à peu près tout ce qui lui tombe sous la main, avec une prédilection pour les icônes de la culture judéo-chrétienne. Timbre-poste, reproductions de chefs d’oeuvres de l’histoire de l’art ou de gravures anciennes, magazines en tous genres, illustrations de livres, revues pornographiques… André Stas découpe sans ménagement sa tranche de l’Art : ses collages, proches de ceux de Prévert, mêlent transgression, poésie et mauvais goût.

Extrait tiré de la présentation d’André Stas sur le site https://www.etonnants-voyageurs.com/spip.php?article9151

 

Inédits (6)… André Stas & Eric Dejaeger – SOrNETS (IX)

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Fort nerveuse, elle attend, pâle, sur le divan,
Rêveuse, hystérique, paranoligophrène,
Edmund aka Sigmund, aux trois quarts schizophrène,
Un géant la poursuit, bâti comme Cravan.

Détends-toi ! Je te prends le surmoi par devant.
Je suis trop pressé à ton avis, hébéphrène !
Ulule tant et plus, il n’est rien qui me phrène,
Ne crains pas de tenter ce trip très captivant.

Gentille montre-toi, qu’à fond je te consulte,
Laisse-moi te fouiller pour qu’après je t’insulte
Ainsi que tous les psys attendant leur cachet.

Caractériel émoi qui tes tripes convulse !
Anorexique, allez, vomis dans ce sachet !
Ne crains rien, fais-moi tout, ton âme se révulse.

©André Stas & Eric Dejaeger (http://courttoujours.hautetfort.com/)
Illustration de Jean-Paul Verstraeten
Extrait de SOrNETS, recueil sextumane en chantier
soRnets (sornet : masculin de sornette, sonnet classique avec acrostiche)

 

Inédits (5)… André Stas & Eric Dejaeger – SOrNETS (II)

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Eh ! vous l’avez élu, ne venez pas vous plaindre
Même si ce qu’il fait n’est pas pour vous ravir.
Marine ce fut non, qui eût su mieux sévir.
Avec le beau Manu, avez-vous moins à craindre ?

N’en doutez pas, il sait à douiller vous contraindre.
Un chouia de patience, il va vous asservir
Et très bientôt son goût du pouvoir assouvir.
La matrolygnagnie, il aime à s’y astreindre.

Maîtresse puis épouse, un fort bel amour fou.
Avec un pareil couple amoureux de Corfou,
C’est sûr que les people auront saines lectures.

Rien vous ne sauverez, c’est plutôt décevant.
On aura beau vous voir perdus en conjectures,
Nous, c’est : chacun sa merdre ! Allez donc de l’avant !

©André Stas & Eric Dejaeger (http://courttoujours.hautetfort.com/)
Illustration de Jean-Paul Verstraeten
Extrait de SOrNETS, recueil sextumane en chantier
soRnets (sornet : masculin de sornette, sonnet classique avec acrostiche)

 

Inédits (4)…Pierre Stival – Depuis que je pense… [2017]

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Depuis que je pense, je n’arrive plus nulle part. Guidé par des réflexions imbéciles, j’agis en parfait irresponsable. La ligne droite, persistante, me rend fou. Je rêve encore de virages, découvrant, au détour d’une haie, des rivages et des bruits de vagues, lancinants, des bruits de coquillages se frottant inlassablement et sans raison, sans but. Des promeneurs sont peut-être là, sur une plage connue, emmitouflés, dans le grand espace vivifiant. Les cerfs-volants disputent aux oiseaux le ciel immense où les vents se battent. Nous rêvons de vivre ici éternellement, même quand les lieux seront vides, tristes. Nous rêvons d’errer dans notre enfance. Nous rêvons d’hallucinations stériles mais réalistes. Nous rêvons de l’éternelle jeunesse dans le souvenir de nos cachettes. Toutes ces odeurs, délicieuses, tous ces parfums qui nous entourent, ces effluves inconnus que nous goûtons. Quand nous sommes Adam, ou Eve, ou moins que ça, quand nous sommes en chemin ensemble, en soleil, en chaleur lourde, en sentiers, en dunes à perte de vue, en sable qui vole, en horizon flou, en aventure, en broussailles épineuses, en mains serrées, en désespoirs inconnus, en sensations primitives, en demains souriants.

©Texte : Pierre Stival (Publié sur Facebook)
©Image : Joaquim Cauqueraumont

Eric Dufour – Je fais des images… (inédit)

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Je fais des images,
De vos yeux, noyés de vos cheveux roux,
Je dessine d’une pluie d’orages,
Des mirages dans la boue,
Qu’au soleil sécheront les larmes,
Des flaques alors, restera le message,
« Comme vous me plaisez beaucoup » !

J’aimerai, pouvoir, savoir,
Poser, coucher voici quelques mots,
Sur un air de piano,
Chanter que tout est beau.
Et pourtant, je n’y arrive pas,
Saurais-je encore,
Poser mes doigt sur ce clavier
Et faire s’envoler,
Quelques notes lovées au chaud,
D’un regard pluvieux,
Plus vieux seront nos amours.

De vos yeux, noyé, je suis seul,
Au fond de mes pensées, comme,
Au fond de ces cafés, fumant la tristesse,
Ces poètes d’antan, écrivant ,
Je fumerai les verbes, pour aspirer les mots,
J’expirerai alors, la poésie d’une femme,
Croisée un jour de pluie qui danse encore,
A l’aurore de la fin d’une vie.

©Texte : Eric Dufour
©Photographie : Joaquim Cauqueraumont

Jean-Philippe Querton – Quand craquent les vertèbres du poète [2016]

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Quand craquent les vertèbres du poète

 J’ai pris un plaisir particulier à étrangler le poète.

Peu affable, toujours rimailleur que chez lui, il affectait des mines arrogantes, des airs fats, pas comme les accords ni la clef, plutôt comme le savon aux embruns parfumés de citron artificiel. Lire la suite