Juan d’Oultremont – Nuit de noces (Extraits) [2007]

« Nuit de noces » est un recueil de 71 nouvelles écrites autour de 71 menus de mariage tirés de la collection de l’auteur.

Joseph & Aline

Joseph & Aline
6.04.1929

Sur la gauche, les cheveux d’Aline se mêlaient au damassé du traversin – de fines rigoles claires qui lui remontaient dans la nuque.
Elle plissa le front et tendit la main en direction de Joseph en lui disant :
– Je pense qu’à présent plus rien ne nous interdit de nous embrasser avec la langue. Lire la suite

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Bernadette Bodson-Mary – Thamalou (Extraits) [2004]

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Cassé

Mon coeur est un vase de Chine
chiné chez les Ming
cassé
bing bang
mon ami, mon aming
assez

Algérie

Belle et sensuelle
la voix
voilée
d’une fille
d’Allah
talon dénudés

Belle et sensuelle
la balade
ailée
d’une ballerine
dans les sables
de Bou-Saâdah Lire la suite

Calogero Volpe

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(Calogero Volpe, élève à l’Ecole Primaire Communale de la rue de Fexhe, à Liège, avait dix ans lorsque ces textes furent écrits. Il est née en 1957 à Favara (Italie) et vit (ou a vécu?) à Liège. Les textes suivants ont été publiés dans la revue POESIE #27 « La nouvelle poésie française de Belgique. En 1971, les droits de reproduction étaient réservés à Jacques Izoard.)

LA SOUPE AU CHOUX ROUGES

La soupe aux choux rouges, il lui faut longtemps pour qu’elle se cuise, car il lui faut une demi-seconde pour qu’elle se cuise. Je la cuis, quand un chou me salua par ses deux oreilles pour dire qu’il avait froid. Je ne savais plus où je devais le mettre. Je le mets dans le placard noir. Il dit qu’il fait trop clair. A la fin, je le tue et un coup de pied tomba par le plafond. Car ce plafond été troué, car il était trop solide assez.

LE LOUP CURIEUX

Un jour, quand je jouais, j’ai vu un loup. C’était un loup pas comme les autres. Au lieu d’être carnivore, il était granivore. Il avait une tête de chat et une gueule de chien. J’écrase sa queue et elle devient une queue d’ours. Et la pelure de singe.

Il était un jour un petit garçon qui trouve un franc. Alors il plante le franc. Et un jour il y a un arbre avec énormément d’argent. Il était si petit qu’il achète un alais de géant. Il se dit : « Comment faire pour monter les marches ? » Soudain, il a une idée. Il ouvre la bouche, met la pompe et se gonfle.

Il y a un serpent. Je lui coupe la tête. Il lui en pousse deux. Comme il a une queue, je lui en coupe deux. Il mesure cinq mètres et comme cinq mètres égalent cinq centimètres, je le mets dans une boîte de cinq centimètres cubes. Un bon jour, il meurt, parce qu’il faisait « atchoum ! », et puis il devient du sable. Lire la suite

Jacques Izoard – Mots maudits sans mot dire ou dictons qui prennent eau de toutes parts

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« Nuage n’est que nuage si le ciel bat de l’aile. »

« Lapereau sous la paume. L’enfance y palpite. »

« La suie est la sœur. Le sable est le frère. »

Touche la petite haleine qu’un miroir ternit. »

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J. Vingtergnier – Dame seule [1923]

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Par un beau soir de Septembre
Olga lasse de lumière
à son heure coutumière
s’est enfermée dans sa chambre.
Mais le souvenir la hante
du soleil de la Riva
et de l’ombre du Ghetto.

Insomnie des nuits d’hôtel
au bassin Cavaletto!

Soupir voisin d’une amante!

« Et moi, serais-je moins belle
quand mon ami n’est pas là? »

Étreinte de l’oreiller
Désir ardent de caresses
qui vous retient éveillé.
Sur sa poitrine elle presse
La nuit chaude et langoureuse.
Oh! torpeur délicieuse!
Lent plaisir des solitaires!
Un spasme bref de la chair
et puis dans la chambre grise
la chute d’une âme éprise
du velours de son baiser.
De l’excès de son bonheur
en abîme extatique…

Au bruit lointain du moteur
d’un invisible moustique.

©Livre: J. Vingtergnier – Ronds de fumée Poèmes [Bruxelles // 1923]
©Illustration : Pierre de Vaucleroy

Paul Dewalhens – Cymbalum Mundi (Extraits) [1970]

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PHILEMON

Il était né avec des boyaux d’un vascularisme rhapsodial. Le cal mal placé sur la fessedroite, héritage de congénitalesque mascarade, l’incommodait et le portait à invectiver l’almanach à toute heure du jour. Il se nourrissait de condiments mauresques et de fruits de l’arbre à faune. Les perles, disait-il, sont aussi bien mangées par les cochons que par un président de tribunal de première instance. Il sentait la vie jusqu’au raglan et savait que les exigences sont faites de corps-de-garde et d’hommes-à-fleurs. Héla! Il avait la bourse sèche comme un rebec!

UN HOMME

Arthur a tout ce qu’il faut pour être heureux: des affaires qui prospèrent, une femme aimante et économe, des enfants qui ne boudent pas à la besogne, des propriétés, des argents.
– Comment vas-tu, Arthur?
– Mal, je m’emmerde!

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Jean Stiénon du Pré – Pensées (Extraits) [1966]

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« Les souvenirs lointains perdent leurs contours; de là, leur étendue. »

« Les fruits rares reposent sur la paille; les artistes également. »

« Il en va de certaines vies comme de certains tableaux : elles ne valent que par les détails. »

« Le pain le meilleur peut renfermer une blatte. »

« C’est en marchant à l’ombre qu’on apprécie l’été. »

« La main fine, non la bague, mérite l’écrin. »

« Je ne suis heureux qu’attelé; l’écurie me dégoûte. »

« La solitude est un verre d’eau où fond un morceau de sucre. »

« La flamme n’a pas toujours l’éclat du chandelier. »

« On peut additionner les chiffres; on n’en découvre pas l’essence. »

« La vertu est un glaive dont on ne voit que la garde. »

« On aime caresser la plume d’une flèche. »

« Va-t-on perdre sa route, une croix vous l’indique. »

« La mer embrumée respire par les bouées. »

« Quand passent les nuages, on regarde le ciel. »

« Qui tient le milieu de la route, ne cueille pas les fleurs. »

« Parfois les bras de la croix qu’il porte en lui sont tels, que l’homme ne peut joindre les mains. »

« L’esprit brûle, toutes portes ouvertes. »

©Livre : Jean Stiénon du Pré – Magnificence [Editions des artistes // 1966]
Bijou : Artiste : Margaux Lange
net: http://www.margauxlange.com

 

Rose-Marie François – La servitude / Èl sèrvitûde

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J’EMPRUNTE LA SERVITUDE qui mène d’Haut-Tertre à l’Enfer, suivant l’alternance des herbages et des étangs, longeant les barbelés qui enserrent le chemin dès que la cabine électrique annonce l’entrée du village. Ce bloc de béton chargé d’isolateurs est frappé aux armes de la foudre et du poison: tibias croisée, sourire irrévocable. Lire la suite

Armand Permantier – Le chant du barbaresque (Extrait) [1950]

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Ma Gwendoline, elle pourrissait sur l’arbre. Elle se cachait dans les buissons. Elle hurlait sa peine aux profondeurs nébuleuses des pastiches. Elle récriminait sans cesse sur sa besogne mitoyenne, ce qui la laissait pendante sur ses cornues.

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Robert Goffin – Sidney Bechet

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Quelle femme fleurit dans les rhododendrons
Sous la pluie aux clairières de Louisiane
Déjà le bruit du vent meurt dans les saxophones
Sous quel baiser nocturne ont noirci les sureaux
Des têtes d’astrakan sentent battre la jungle
Ils portent l’horizon d’un rythme maléfique
Et leurs lèvres sont bleues à force de nuits blanches

Quel souvenir de fille aux épaules cuivrées
Quelle laiteuse ardeur d’organes caressés
Quel nénuphar de muqueuses camélia
Quelle herbe ensorcelée d’épeautre et de métisse
Ressurgit aux poivrons râpeux des contretemps
A l’heure où le Congo lâche ses chiens de cuivre
Vent du large aux forêts-vierges des pâmoisons
Maman est morte Adieu siffle Peter Bocage
Pas redoublé d’Afrique au coin des beaux quartiers.

Et soudain accroché dans l’épave d’un thème
De ses doigts aux bourgeons d’argent du soprano
Sidney Bechet coule de transe et balbutie
Sa peine de créole aux virages des stomps
Les négresses qui fument la pipe défaillent
Les quarteronnes répartissent les mains chaudes
L’air noue des couples bleus d’iode et de broussaille
Sidney gonfle ses joues aux écluses de l’aube
De sa lèvre à ses mains une lumière gicle
Et lâche tous les ballons captifs du sang rouge
Sidney Sidney toute la nuit lourde de fleurs
Toutes les chairs couleur d’asperge et d’aubergine
Toute l’eau qui s’égare de mare et de pluie
Tout le parfum des débardeurs et des violes
Tout le dialecte félin des lucioles
Le bruit qui fuit aux ruisssellements  de la suie
Sidney Sidney s’enfuit aux patins de l’alcool
Et des frissons s’attardent aux belles de nuit
Qui répètent des ruts de rythme et de parole
Gonna give nobody none of this jelly roll.

Georges Eekhoud – Ex Voto (Extrait)

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Ma contrée de dilection n’existe pour aucun touriste et jamais guide ou médecin ne la recommandera. Cette certitude rassure ma ferveur égoïste et ombrageuse. Ma glèbe est fruste, plane, vouée aux brouillards. A part les schorres du Polder, la région fertilisée par les alluvions du fleuve, peu de coins en sont défrichés. Un canal unique, partant de l’Escaut, irrigue ses landes et ses novales, et de rares railways desservent ses bourgs méconnus.

Le politicien l’exècre, le marchand la méprise, elle intimide et déroute la légion des méchants peintres.

Poètes de boudoirs, ô virtuoses, ce plan pays se dérobera toujours à vos descriptions! Paysagistes, pas le moindre motif à glaner de ce côté. O terre élue, tu n’est pas de celles que l’on prend à vol d’oiseau! Les mièvres galantins passent devant elle sans se douter de son charme robuste et capiteux ou n’éprouvent que de l’ennui au milieu de cette nature grise et dormante, privée de collines, et de cascatelles, et de ces balourds qui les dévisagent de leurs yeux placides et rêveurs.

La population demeure robuste, farouche, entêtée et ignorante. Aucune musique ne me remue comme le flamand dans leurs bouches. Ils le scandent, le traînent, en nourrissent grassement les syllabes gutturales, et les rudes consonnes tombent lourdes comme leurs poings. Ils sont d’allures lentes et balancées, rablés et mafflus, sanguins, taciturnes. Je ne rencontrai jamais plus plantureuses filles, mamelles plus décises et prunelles plus appelantes que dans ce pays. Sous le kiel bleu, les gars charnus ont crâne mine et se calent pesamment. Après boire, des rivalités les fonts se massacrer sans criailleries à coups de lierenaar, en s’écharpant, ils gardent aux lèvres ce mystérieux sourire des anciens Germains combattant dans les cirques de Rome. En temps de kermesse, ils se gavent, se soûlent, sabotent avec une sorte de solennité gauche, accolent leurs femelles sans madrigaliser, et le bal fini, rassasient le long du chemins leurs amours exigeantes et prodigues.

Ils se livrent rarement, mais une fois donnée, leur affection ne se détache plus.

Ceux qui les dépeignent sous la figure de ragots égrillards et difformes, connaissent mal cette race. Mes rustauds de Campine évoquent plutôt les églogues des faunes bruns de Jordaens que les bambochades de Teniers, un grand seigneur qui calomnia ses manants du pays de Perck.

Ils conservent la foie des siècles révolus, fréquentent les pèlerinages, vénèrent leur pastoor, croient au diable, au jeteur de sorts, à la male-main, cette jettatura du Nord. Tant mieux. Je raffole de ces pacants. Je préfère leurs poétiques traditions, les légendes nasillées par une vieille pachresse pendant la veillée au plus joyeux conte de Voltaire; et leur fanatisme patrial et religieux m’émeut davantage que les déclamations patriotiques et le plat civisme des gazetiers.

Savoureux et glorieux parias, nos Vendéens à nous, puissent la philosophie et la civilisation vous oublier longtemps! Au jour d’égalité rêvé par les esprits géométriques, elles disparaîtront aussi, mes superbes brutes, traquées, broyées par l’invasion, mais jusqu’au bout réfractaires à l’influence des positivistes. Frères, l’utilitarisme vous abolira, vous et votre sauvage pays.

En attendant, moi qui ne vous survivrai pas, votre sang rouge de rebelle coulant dans ma veine, je veux, abstrayant mon esprit, m’imprégner de votre essence, m’oindre de vos truculents dehors, m’abalourdir sous les tonnes blondes des kermesses ou m’exalter à votre suite dans les nuages d’encens de vos processions, m’asseoir dolent à vos âtres enfumés ou m’isoler dans les sablons navrants à l’heure où râlent les rainettes et où le berger incendiaire et damné paît ses ouailles de feu à travers les bruyères.

©Livre : Anthologie des écrivains belges de langue françaises – Georges Eekhoud [Editions de l’association des écrivains belges]
Peinture : David Teniers le Jeune [Kermesse de la Saint-Georges]

Claude Vitrail – Pinceaux Elliptiques (Extraits) [1953]

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Duplicité

J’écoute au fond de moi
mon double qui scande des rythmes nerveux,
mon double dans ma chair
mon double emmuré derrière la grille de ma tête,
celui qui remue dans la colle de mon sang,
qui crache des cellules musculaires
et patauge dans la lymphe de mon cerveau…

Algue marine

L’œil bleu dans le platine
résume l’axiome des métaux
la pureté alchimique de l’esprit
encastré dans la matière,
la substance imputrescible
de l’idée spirituelle…

Épure

Les doigts parlent à l’orée du bois,
les pieds cheminent dans la vase,
à l’horizon une gorge enflammée s’éteint.
Corde à corde je compte les fougères,
les arbres suent…
je lis dans le ruisseau
la clarté des rocs
la transparence du granit…

la nuit est ma lumière…

Alcool

L’aile chante sous la lampe
le bec picore la page vide
un oeil rond me regarde.
La mer est profonde pourtant
et l’eau très fraîche;
pourquoi cette rasade d’alcool?

©Livre : Claude Vitrail – Pinceaux Elliptiques [Editions du C.E.L.F. // 1953]
©Photographie : William Klein [Kazuo Ohno – Tatsumi – Hijikata and Yoshito Ohno – 1960]

Jean Stiénon du Pré – Sur papier riz (Extrait)

Willy-Pogany

Ton amour à la blanche ordonnance se dresse dans le gris de mon ciel, comme auprès d’une eau morte, en Vénitie, quelque villa de Palladio. Je veux écrire une élégie au pied de tes colonnes, mais l’oiseau du soir a chassé celui du levant, et rien plus ne s’élève de mes cimes éteintes que le cri : mon appel. Je suis seul parmi l’or tremblant et les graines mouillées. Serais-tu restée prise, telle un brelan de roses, entre les fers de la grille? Cependant ta voix libre caresse le front des graminées, plaisir de papillon. La voici vibrant plus fort à l’approche d’un souvenir; et je cherche intimement ta présence… J’écoute. Je suis seul.
Il semble que, déjà, me soient offerts le miroir et la croix. Mais où veilles-tu? A l’envers de ces dons? Toi, le miroir où s’arrêtera mon souffle, toi, la croix sur mon cœur?
Ma plaine, mon âme, clos tes cils. Le décor du mystère se fixe à petits coups d’étoiles, et c’est en silence qu’œuvrent les puissances de nuit… Je vais chanter, mais dans ma voix blessée je reconnais la tienne, fil qui la soutien t et la mène au brusque épanouissement dont elle expire.
Je t’ai dit des choses sans nouveauté. Puisque tu fus à l’origine, puisque tu sais le soins d’un choix qui se prolonge et le précis de l’angoisse, mesure du terme… Le perron, les degrés, les marbres; et, sombre, le « thalamos » percé d’éclats de jour, échelles de Jacob!
Mais tout est paisible au sein des herbes fatiguées. Le dur insecte y a sa place, et la la fleur, tête inclinée, déjà dort les bras en croix.

©Livre: Jean Stiénon du Pré – Sur papier riz [gmd Dutilleul Paris]
Peinture : Willy Pogany

Roger Goossens – Dindia malconia

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Il y a des femmes sautillantes dont toute la vie est fardée d’une poésie de mauvais aloi,
et il y a de grands parcs solitaires où errent des lions invisibles.
Il y a des asiles de paix – âtre rouge, lampe verte et rayons chargés de livres,
et il y a le pont humide des paquebots, balayé du vent de l’abîme.
Mais pour moi il n’y a plus rien qu’une femme qu’on appelle Dindia Macolnia;
elle est ma forêt, ma lionne, elle est mon havre et ma tempête.
Elle ne se farde pas le visage et marche d’un pas égal.

Il y a l’univers des catholiques, avec Dieu en haut et les vers de terre en bas,
et l’univers des biologistes, avec Dieu nulle part et les vers de terre partout.
Il y a le monde des économistes, où l’on dédie au diable la fumée des sacrifices
et brûlant du café vert dans la chaudière des locomotives;
et il y a le monde des esthètes, où l’Épiphénomène est roi.
Mais pour moi il n’y a plus rien qu’une femme qu’on appelle Dindia Macolnia.
Elle est déesse, elle est démone, et le ver de terre c’est moi.
Elle boit du thé de Chine en fumant des Graven A.

L’homme bien portant, a dit un sage, est un malade qui s’ignore.
Mais en vérité la terre est peuplée de malades qui ne s’ignore pas assez.
Il y en a qui souffrent de la tête, et les latinistes souffrent des pieds.
Il y a des malades sans vergogne comme il y a des maladies honteuses.
Il y a ceux qui ont mal au ventre, et ceux qui ont mal au coeur.
Il y a ceux qui ont la manie d’acheter des journaux qu’il ne lisent pas,
et aussi ceux qui préfèrent lire des livres qu’ils ne me rendent plus.
Les ivrognes s’intitulent joliment intoxiqués éthyliques,
mais moi je suis atteint de ce mal étrange que les Anglais nomment « méquonims » et les Russes « mokolniachtchizna »
et je souffre d’une femme qu’on appelle Dindia Macolnia:
elle est ardente comme la fièvre et fidèle comme la mort.

Je suis plus riche que la rajah de l’Inde au milieu du ruissellement de ses perles,
et plus riche que le financier américain dans le crépitement de ses machines à écrire.
Car nul autre que moi n’a connu le bel âge de la vie,
cet âge des mers bondissantes rougies par l’écume de l’aurore que l’on nomme Dindia Malconia.
Et l’année se fait mûrir que pour moi la plus belle de ses saisons,
cette saison des pluies de fleurs et des sons de conques célestes que l’on nomme Dindia Malconia
Et comme les mystes d’Eleusis parmi les ombres de l’Hadès,
tous les jours de ma seule année sont éclairés de ce soleil plus beau que les vôtres
que l’on nomme Dindia Malconia.

Mais quelquefois il me semble que ton regard se détourne de moi, Dindia Malconia,
et certes, quand tu le veux, je ne suis plus q’une cité maudite qui languit dans l’abandon divin.
Alors, avare soupçonneux, je me prends à douter de la valeur de mes richesses;
je soupèse, dans mon impiété, tous ces dons précieux que tu m’as faits,
et mes mains sans foi les trouvent légers.
Et je me dis alors que peut-être tu n’es que le nom de mon rêve,
et pareil au mendiant oublié sous le porche de l’église en ruines,
je serre farouchement entre mes dents, entre mes lèvres, le dernier lambeau de ma fortune,
ma dérisoire litanie: Dindia Malconia, Dindia Malconia.

©Livre : Roger Bodart – Les Poètes du bois de la Cambre Anthologie des poètes de l’université Libre de Bruxelles (1928-1964) [Editions Universitaires // 1964]
©Photographie : Yoshinori Mizutani
net: https://www.yoshinori-mizutani.com

Littérature mise en musique (5) : Henri Michaux – Contre!

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Interprété par Djamal (Mise en Bruit : Revolution Per Minute [Nicolas Leal]) : Revolution Per Minute – Contre!(Henri Michaux)

Je vous construirai une ville avec des loques, moi.
Je vous construirai sans plan et sans ciment un édifice que vous ne détruirez pas
Et qu’une espèce d’évidence écumante soutiendra et gonflera,
Qui viendra vous braire au nez, et au nez gelé
De tous vos Parthénons, vos Arts Arabes et de vos Mings.
Avec de la fumée, avec de la dilution de brouillard et du son de peaux de tambours
Je vous assoirai des forteresses écrasantes et superbes,
Des forteresses faites exclusivement de remous et de secousses,
Contre lesquels votre ordre multimillénaire et votre géométrie
Tomberont en fadaises et galimatias et poussières de sable sans raisons.
Glas ! Glas ! Glas ! Sur vous tous! Néant sur les vivants!
Oui! Je crois en Dieu ! Certes, il n’en sait rien.
Foi, semelle inusable pour qui n’avance pas.
Ô monde, monde étranglé, ventre froid !
Même pas symbole, mais néant !
Je contre! Je contre! Je contre, et te gave de chien crevé !
En tonnes, vous m’entendez, en tonnes je vous arracherai
Ce que vous m’avez refusé en grammes!
Le venin du serpent est son fidèle compagnon.
Fidèle ! Et il l’estime à sa juste valeur.
Frères, Mes Frères damnés, suivez moi avec confiance;
Les dents du loup ne lâchent pas le loup,
C’est la chair du mouton qui lâche.
Dans le noir, nous verrons clair, Mes Frères!
Dans le labyrinthe, nous trouverons la voie droite!
Carcasse ! Où est ta place ici ?
Gêneuse! Pisseuse! Pots cassés! Poulie gémissante !
Comme tu vas sentir les cordages tendus des quatre mondes !
Comme je vais t’écarteler !

Album : Revolution Per Minute – st [Bruits de Fond // 2010]
net: http://www.bruitsdefond.org/
Illustration : Mcbess
net: http://mcbess.com/

Ernest Delève – Insomnie

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La nuit parfois il s’éveille
tout bas l’appelle un poème
qui ne parvient pas à dormir
Dans son oreille il sent l’haleine
qui pour savoir s’il dort soupire
très fort pour l’éveiller s’il dort
et il voit s’ouvrir un sourire
comme une entaille lumineuse
dans un fruit juteux que l’on mord

Je dors dit-il je dors

Mais il ne peut se rendormir

Il se lève et le son de la nuit le surprend
des voix très haut très graves passent
certaines nuits on entend en sourdine des hymnes
de joie qui s’enfle et devient surhumaine
c’est l’homme éperdument qui chante
d’être homme éperdument sans bornes
depuis que la misère le traîne
devant tous les malheurs pour le faire abjurer
mais il rit quand on bénit ses chaînes
il jure et il chante à tue-tête

il chante à tout casser

Il chante à renverser les cierges
à casser les reins de plâtre du christ
à casser les vitraux et les vierges
à casser la voix du curé
à tuer les nonnettes

Il chante à tout casser
à faire sonner la tocsin
tant que les cloches se décrochent
à faire vibrer le béton des prisons
trembler les guichets des banques
à faire tomber l’aumône des mains du riche
à faire tomber les armes des gendarmes
à faire crouler le ciel
devant chaque maison dans chaque poubelle
Chantez avec lui vous qui l’entendez
chantez de tout votre souffle
Sinon tombez avec tout ce qui tombe
ou restez accroché comme un vieux calendrier
au mur moisi d’une maison
en démolition
©Livre : Ernest Delève – Poèmes inédits [Le Taillis Pré // 2003]
©Photographie : Harold Burdekin [London by night 1930]

Arnold De Kerchove – Retraite : Journal d’un aveugle (Extrait) [1940]

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Aveugle : comprends-tu ce que cela signifie?  Moins un malheur qu’une déchéance. Je te remercie de m’avoir épargné ta pité. Que l’on souffre dans son esprit ou dans sa chair, c’est souffrir doublement que d’être plaint. Cette douleur qui craint l’aveu, cette blessure qui cherche à se cicatriser, la compassion l’oblige à prendre conscience d’elle-même et à se dénuder pour la délectation malsaine qu’éprouvent à se pencher sur les plaies et à flairer l’odeur des maladies ceux qui jouissent insolemment du bonheur et de la santé. Ils ne s’adressent plus à moi-même, mais à l’infirme :  que je sois aussi un homme semblable aux autres, ils n’y songent même pas, persuadés qu’ils sont que ma cécité me retranche pour toujours de leur univers, pour me ranger désormais, parmi les monstres. Ils se croient bons parce qu’ils me pardonnent mes caprices et mes manies, comme on fait aux enfants et aux vieillards : mais à l’indulgence même que je leur inspire, je comprends que je ne suis plus qu’un homme diminué.

Quelle souffrance et quelle humiliation à chaque instant renouvelées, que de me perdre dans ne maison dont je croyais connaître tous les détours, de me heurter aux meubles soudain hostiles, de manger avec une maladresse plus ridicule encore que pitoyable, de dépendre des autres pour les gestes les plus élémentaires, dont chacun me pose un problème que jamais plus je ne pourrai résoudre par mes propres lumières! Ce ne serait rien encore, si ma cécité ne m’avait rendu plus lucide. Derrière cette sollicitude dont je suis l’objet ou plutôt la victime, je devine ce que tout le monde s’ingénie pieusement à me cacher, ce que personne, autour de moi, n’oserait sans doute s’avouer à lui-même : cette secrète horreur du dévouement dont parlait Baudelaire, ce recul de tout l’être plus fort que la pitié, parce qu’il s’y mêle, dans les profondeurs de l’instinct, la crainte du malheur contagieux et l’orgueil de ne pas partager ma disgrâce. Je le devine et je me tais :  pourquoi paierais-je d’ingratitude les soins qu’on me prodigue, en révélant à ceux qui m’aiment l’inconsciente cruauté de leur compassion? Plus qu’un autre, un malade doit mentir et accepter les mensonges, s’il ne veut pas rompre les liens fragiles qui le rattachent encore à ce monde normal où sa présence est à peine tolérée.

Si je t’écris ces choses, sans me soucier d’en atténuer l’amertume, c’est que toi seule refuses d’être complice de cette conspiration qui s’ourdit autour de moi. Tandis que chacun s’efforce à me faire oublier mon mal, tu m’invites au contraire à en prendre conscience et à chercher de nouvelles raisons de vivre et de m’affirmer, dans cette retraite aveugle où rien ne viendra plus me distraire de moi-même.

J’essaierai. C’est la seule lueur d’espoir qui puisse encore m’éclairer dans ma nuit. A toit qui m’a compris et soutenu, dans ma nuit. A toi qui m’a compris et soutenu, je dédie ce journal où s’inscriront les faiblesses, les révoltes et peut-être les joies d’un homme que tu as su rejoindre dans l’exil de sa solitude.

©Livre : Arnold De Kerchove – Retraire : Journal d’un aveugle [Les cahiers du journal des poètes // 1940]

David Scheinert – Poèmes choisis (Extraits) [1995]

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LA PRIÈRE DES AVEUGLES

Sur la plaine que surveillent trois arbres affamés et tortueux comme des pions, sous un ciel où dorment les nuages, les aveugles du monde entier se sont réunis. Ils ont de longues faces pâles et son vêtus de noir.
Ils se sont agenouillés.
Seule reste debout, au milieu d’eux, un homme.
C’es une triste église que le pays qui les entoure.
Le vent joue lamentablement de l’orgue,comme s’il pensait à autre chose.
Sur cette plaine noire d’habits, l’homme debout a crié à Dieu d’une voix rauque:
« Éternel, nos yeux sont vides.
Les yeux des autres, Tu les as remplis de femmes nues, de libellules, de beurre blanc, de clochers et de flammes.
Ils sont maîtres de la nuit.
Nous sommes esclaves d’un bâton, d’un caillou ou d’un caniche.
Venus de partout, nous tenant par la main, appuyés sur une branche de coudrier, la plupart à pied, harassés, nous t’implorons!
Ne nous donne pas de paroles, ô Seigneur!
Ne remplis pas nos orbites. A quoi bon libérer des détenus trop vieux qui trébuchent au premier pas?
Ecoute et sois juste.
Que tout soit pareil à tous les hommes! »
Et les aveugles tout autour crièrent:
« Vidés de vue,
Qu’ils soient tous
Vidés de vue!
Que sur la mousse
Ou dans les rues,
Que dans la crue
De la nuit,
Ils ne voient plus
Et s’entre-tuent!… »
Et Dieu prêta l’oreille à ce croassement.
L’homme reprit:
« Tout est lourd sur nos crânes.
Et le vent accompagne nos prières.
Je sais, Seigneur, que Tu nous écoutes.
Alors, écoute mieux encore, car notre liturgie est nouvelle.
Tant pis, si nous blasphémons parfois.
pour nous, Ta Création est cruelle.
Et nous n’avons rien à perdre. »
Et le soleil perça les nuages, car Dieu souriait.
« Ô Seigneur, les fleurs qui poussent par le monde, et les herbes et les arbres, arrache-les! »
« Arrache-les! » reprit le chœur.
Alors, les nénuphars, fondirent dans l’eau.
Les lilas et les roses s’envolèrent en cendres.
Et sur les prairies, les pâquerettes s’éteignirent.
Ainsi moururent les feuilles et les pétales.
Et les arbres rapetissèrent et devinrent des champignons puants.
Et la terre perdit ses cheveux.
Seuls restèrent debout les trois arbres crochus de la plaine.
Et l’homme debout parmi les aveugles continua:
« Ô Seigneur, les sources qui trillent, les fleuves opulent et les océans trop grands pour les yeux, dessèche-les! »
Dessèche-les! » reprit le chœur.
Et les sources se terrèrent et noyèrent les taupes.
Et Dieu aspira les rivières comme des œufs frais.
Et les épaves furent mises à sec, avec d’anciennes cités englouties et les squelettes des poissons, par les mers qui se retiraient.
Et l’homme continua:
« Brise la palette des paysages et la mosaïque noire-blanche-grise des grandes villes! »
Les aveugles crièrent:
« Brise-les! »
Alors les villages brûlèrent et, à leur place, poussèrent des canines rocheuses.
La terre ainsi devenait féroce.
Les cathédrales se brisèrent en milliers de cailloux et, avant de mourir, gémirent de toutes leurs cloches.
A la géométrie des boulevards, au tracé gracieux des parcs, succéda le chaos.
Pourtant les anges peints sur les toiles, et les fruits et les fleurs faits d’une mince couche d’huile, et les grandes épopées maintenues dans des cadres, et les petits humains grandis par le bronze, Dieu n’y touchait pas.
Car il attendait.
Et l’homme continua:
« Ô Dieu Tout-Puissant, supprime la Beauté qui nous rend mauvais et jaloux! »
Les aveugles hurlèrent:
« Ou-ou-ou-oû! »
Alors, Dieu dessécha les seins des femmes, gonfla leur ventre et couvrit leur corps de pustules noires.
Il déforma les visages et ensanglanta les regards.
Il écartela les statues et déchira les tableaux.
Les poètes bégayaient et couraient, affolés, parmi les ruines.
Les harpes faussées grinçaient.
Et le chant de la flûte ressemblait à l’appel d’une pie.
Et l’homme, dans un dernier effort,c ria:
« Ô Dieu, que la Lumière ne soit plus! »
Et l’écho fit:
« Plus! »
Le soleil brûlait en forcené. Plusieurs aveugles moururent d’insolation, car Dieu riait de la farce.
Il ne rit pas longtemps.
Le soleil disparut.
Et la terre on ne sut plus rien, puisqu’il n’y avait plus de clarté.
Alors Dieu, pour punir les aveugles, leur donna la vue.

©Peinture : Susan Rothenberg [Vertical Spin]

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LE POÈTE ENRHUME

Descendez de votre piédestal monsieur le poète, la nuit tombe et les gens disparaissent.

Qui verra la noblesse de vos cuisses, la lyre de vos cheveux et vos mains inspirées?

Qui verra votre bouche buvant des étoiles, vos yeux affamés de grandeur?

Vos pieds s’endorment, vos doigts se gonflent, un cheveu vous agace.

Pas de témoin pour tant d’abnégation. Seul un moineau vous picore le bout du nez.

Puis vous trouvant l’air stérile et s’ennuyant plus que vous, lui qui cherche pitance,

Il s’envole et vous laisse seul derechef dans cette grotte dorée et transparente où plus un chat ne miaule.

Alors, malgré les étoiles délicates et vos yeux de statue, tout à coup vous éternuez.

Et ce bruit désenchanteur qu’on n’entendit jamais dans vos poèmes, cet appel d’un nez déconfit,

Vous dévêt si pitoyablement, vous débourre si cruellement, vous rapetisse avec tant de science finale,

Que je vous plains, monsieur le poète, de rester tout seul sur ce piédestal,, sans âme qui rie de votre catarrhe, sans brasero pour vous chauffer les doigts, sans veilleur pour vous botter le cul et instiller dans votre sang poétique un peu de cette rude et stupéfiante réalité.

©Photographie : Philippe Ramette [Le balcon]

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MA JOIE N’EST PAS

Ma joie n’est pas comme un sirop d’or dont les bocaux seraient rangés sur le buffet et où je puiserais à ma gourmandise.
Ma joie n’est pas comme le plain-chant qui remplit la chapelle d’une paix tiède et noie les désirs et étouffe le bourdon.
Ma joie n’est pas comme une batterie de fête, comme une décharge de tambour, comme une crécelle d’arrogance.
Ma joie n’est pas comme une mésange qui paraît heureuse, même quand elle a mal, ma joie n’est pas la miette de l’oiseau.
Ma joie n’est ni pure ni longue, elle se brise, puis se raccommode, elle s’arrête, puis repart, nourrie d’une faim infinie.
Ma joie enfourche un balai poilu et galope parmi les météores, ou bien couchée dans l’herbe, elle invente pour soleil une fleur immortelle.
Ma joie se promène sur les docks, elle se cache parmi des oranges oubliées par la grève, puis jaillissant d’une fontaine, elle rafraîchit les yeux d’un ferronnier.
Ma joie est mal rasée et fonce sur l’injustice, ou bien lisse comme un fruit, elle roule sur un ventre blanc.
Parfois je voudrais la saisir par les ailes, lui lier les pattes pour la garder longtemps, mais elle s’enfuit je ne sais comme, éclairant la prairie de son vol insolent.

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LE TRAM CITRONNELLE

Dans le vieux tram citronnelle  au milieu des cris de la ville, assis les mains sur les genoux, posant pour un peintre mort, tu me regardais fixement.
Tes pieds énormes traînaient d’infinies errances et un tic tiraillait ta joue gauche.
Sur ton cœur, l’étoile de la royauté, mais les gens ne voyaient que la lévite râpées et le chapeau d’un autre âge.
A quoi pensais-tu? A tes pères grillés en Silésie, à tes enfants éclatés? A  Rachel douce et belle à quelques pas du puits? Au soleil figé par le clairon? A la lune à six branches? Aux candélabres de la victoire? Jérusalem triomphante et clouée?
Dans ton œil – tu n’étais que vision –  reposait une grinçante bonhomie, un savoir déchiré comme un livre, une révolte dérisoire comme un envol en cage, le non répercuté de l’impuissance et du salut.
Les gens te regardaient, vagabond neurasthénique, clochard riant à cloche-pied, colporteur de chimères, baudruche spéculative, nomade emporté par les alizés de l’espoir.
Et ils parlaient, parlaient des chats et des chandelles, des pipes et des pipeaux, des petits pois et des grandes manœuvres, oubliant que dans un coin du vieux tram citronnelle, tu cachais l’histoire du monde sous ta face maquillée…

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anne marie torissi 2

L’ESCALIER AUX PRUNES

Demain, je prendrai la petite rue qui paraît un désert et d’où surgissent comme d’une manche, une vieille tricotée, une belle retroussée, un policier la tête en bol de crème éblouissant.

Demain, je sonnerai au douze et monterai au deux dans une odeur violette de marmelade de prunes, une porte s’ouvrira et j’entrerai dans un salon.

Où je trouverai la fille, la mère et la mémé, à l’une je compterai les mouches avec un sourire aigre-doux, à l’autre je louerai les défunts du jour, à la première je ferai ce qu’imagine l’amour.

©Peinture : Anne-Marie Torrisi
©Livre : David Scheinert – Poèmes choisis / Portrait par Liliane Wouters – Préface par Jacques-Gérard Linze [Académie royale de langue et de littérature françaises // 1995]