San Antonio – Si « Queue d’âne » m’était conté ou la vie sexuelle de Berurier (Extrait) [1992]

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Elle portait un vison noir, et une robe encore plus noire par en dessous. Ell’ f’sait aussi veuve qu’la veuve.

Elle dégrafe sa fourrure, la r’cule en érrière, d’un joli mouv’ment des pôles, et prend une cigarette dans un étui d’or qu’avait ses initiales en brillants d’ssus. Ses gestes donnaient à miroiter à une quincaillerie médine place Vendôme. Rien qu’du balèze : des cailloux pareils à des reins-claudes, monture platine sioux-plaid. La peau d’ses pognes fripait vach’tement. Les morues, tu noteras, elles s’font tirer la pelure d’partout, sauf aux mains : la frite, les loloches, le prose, jamais les paluches, comme si ce n’serait pas la peine, alors qu’c’est ce qui se voye l’plus d’avantage. Enfin, ça les regarde pour ce que compte le résultat final. Même en s’rectifiant l’estrait d’naissance, leur sirop d’calendrier peut pas varier. T’as beau êt’ une v’dette acidulée des foules, le temps qu’tu passes sur c’te terre, y l’est inscrit dans ta carcasse, et personne peut faire descendre ce genre d’compteur, pas même mon grand éminent t’ami le professeur Fardeau, de Bruxelles, qui t’prend la mère Gold Amère et t’la déguise en miss Israël, juste ac’c un sclapel et d’la cire à cach’ter.

©Livre : San Antonio – Si « Queue d’âne » m’était conté ou la vie sexuelle de Berurier [Editions Fleuve Noir // 1992]
Photographie : John Ernest Joseph Bellocq
net: http://sobadsogood.com/2013/11/09/prostitutes-from-the-dark-side-of-new-orleans-in-1912-by-photographer-john-ernest-joseph-bellocq/
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Littérature mise en musique (4) : Pierre Desproges – Arielle de Claramilène

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Interprété par Thomas de Pourquery (Mise en musique : Bernard Lubat) : Thomas De Pourquery & Bernard Lubat – Arielle de Claramilène (Pierre Desproges)

Arielle de Claramilène s’ébaudrillait nuquelle et membrissons en son tiède et doux bain d’algues parfumil. Molle en chaleur d’eau clipotillante, chevelyre aquarelle, charnellolèvres de fraise extase, chavirée de pupille à rêve écartelé d’humide effronterie, murmurant ritournelle enrossignolée, elle était clatefollement divine.

La brune esclavageonne émue, qui l’éventait un peu de son parcheminet soyeux, comptemplait ébloussée les blancs dodus mamelons de bleu nuit veinelés, les petons exquis de sang carmin teintés, les fuselines aux mollets tendres, le volcanombril cloquet et la mortelle foressante du sexiclitor…

Perversatile et frissonnitouche, Arielle sentit bientôt ce libidœil lourd à cils courbés tremblants, que la madrilandalouse mi-voilée, presque apoiline posait sur l’onde tiède où vaguement aux vaguelettes semblottaient se mouvoir les chairs dorées à cuisse offerte à peine inaccessiblant, si blancs, au creux de l’aine exquise.

Lors, pour aviver l’exacerbie de l’étrangère, elle s’empara du savonule ovoïdal et doux à l’eau, l’emprisonna de ferme allégresse dans ses deux manucules aigles douces ongulées cramoisies, et le patinageant en glissade de son col à son ventre, s’en titilla l’échancrenelle.

“E pericoloso branletsi !” rauqua la sauvagyne embrasée, qui se fondait d’amouracherie volcanique indomptable et qui s’engloutissant soudain les deux mains à la fièvre sans prendre le temps de slipôter, bascula corps et âme dans l’éclaboussure satanique de cette bénie-baignoire pleine d’impure chatonoyance et de fessonichale prohibité fulgurante.

Quand l’étincelle en nuage les eut envulvées, ces étonnantes lesboviciennes se méprisèrent à peine et s’extrablottirent en longue pelotonnie, de Morphée finissant, jusqu’à plus tard que l’aube, sans rêve et sans malice, quoique, virgines et prudes, elles n’avaient naguère connu l’onanaire qu’en solitude.

La légende joyeuse, ou les trois cent trois leçons de Lampsaque (Extraits) [1760]

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XVIII

A deux genoux une gente pucelle
Se confessoit aux pieds d’un Cordelier,
Et lui montroit par dessus sa dentelle
L’échantillon d’un tetin régulier.
Lors de la chair le Démon familier
Se fit sentir. Par quoi l’homme d’Eglises
Lui mit ès (?) mains son joyeux éguillon.
O qu’est ceci? dit la fille surprise.
Prenez, prenez reprit le penaillon,
C’est les cordon de Saint François d’Assise.

LVII

Un grenadier s’accusoit à confesse
D’avoir forcé le lit de son Hôtesse
Par droit d’étape, au nez de son cocu
Dont peu content fut-il, mais bien battu;
Combien de fois fites-vous cette affaire?
Dit le Béat, car il faut les compter.
Combien? reprit le Soudart: oh! mon Père
Je ne suis pas ici pour me vanter.

LXXVI

Frère Conrard en un réduit bien clos
Par un matin à gentille Tourrière,
En vrai Béat, refait par le repos,
Insinuoit sa cheville ouvrirère.
On sonne alors. Ah! contrems maudit!
Foin de la cloche; & de qui la fondit!
S’écrie Agnès, en redoublant la croupière.
Le penaillon qui plus fort se roidit,
Piquant des deux pour fournir sa carrière,
Serre la Sœur, & prêt à faire feu:
Parbleu, dit-il, tu t’étonnes de peu:
Laisse sonner & répond du derrière.

LXXIX

Un peit-Maître fort amoureux
Depuis six moix de la belle Angéilique:
Il étoit riche, & on souffroit ses feux;
Mais à la fin si faut-il qu’on s’explique.
Vint un beau jour que le Père lui dit,
Beaucoup d’honneur vous faites à ma fille,
Mais sur quel pied, demande la famille,
La voyez-vous? Moi? Sur le pied du lit.

CCXCVIL

Certain Ribaud pourchassant jeune fille,
La rencogna dans le fond d’un jardin,
Puis d’une main lui troussant sa mandille.
Il l’amusa long-tems d’un doigt badin.
Las, s’écria la petite imbécile,
Me faites mal; quittez cettui (?) dessein.
Lui de pousser & d’introduire enfin
Deux de ses doigts: voyant qu’elle s’acoule (?),
Puisque tu peux chaumer à cettui point,
Pourrois-je point y fourer ma mentule?

©Livre : La légende joyeuse, ou les trois cent trois leçons de Lampsaque
PDF : La légende joyeuse, ou les trois cent trois leçons de Lampsaque
Lampsaque: https://fr.wikipedia.org/wiki/Lampsaque

Jacques Sternberg – Le navigateur (Extrait) [1977]

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C’est un café où jamais je n’ai mis les pieds, où jamais je n’aurais eu l’idée d’entrer si je n’avais pas eu aussi soif. Je viens de vider mon verre d’eau sans reprendre mon souffle et soudain Algue me remplit le regard pour me couper ce souffle. Ce n’est pas simplement sa beauté qui me frappe, son visage hâlé de louve qui sourit avec l’air de découvrir les babines ou son corps dur, musclé et nerveux, mais plus précisément cette impression qu’elle appartient au même monde que moi et que nous devons avoir les mêmes hantises, les mêmes fièvres et le même langage. Algue, de toute évidence, sent la mer, la voile, la houle, la marée, le large et le largue.
– Oui, me dit-elle en souriant alors que je ne lui ai encore rien demandé.
– Moi aussi, je lui dis pour répondre à ce qu’elle sait déjà.
je vais m’asseoir à sa table, en face d’elle et , les yeux dans les prunelles, main contre main, désir contre désir, de fil en délire, par sous-entendus et par mots souterrains, nous commençons à dialoguer. Et chaque regard d’Algue, chaque phrase, chaque syllabe de sa voix rauque et voilée me disent que c’est la première fois que je parle vraiment à quelqu’un, que tous les mots en entraînent tout naturellement d’autres, absurdes, logiques, essentiels, saoulants, salins, salés, salaces, marins, marinés.
– Tu es là, me dit Algue.
– Je suis là, lui dis-je.
– Je buvais en t’attendant.
– Je suis venu boire pour ne plus t’attendre.
– C’était long avant.
– Ce sera long entre nous.
– J’aime la mer bleu brume qu’il y a dans tes yeux.
– J’aime ton regard qui donne sur des hauts-fonds trop verts pour être honnêtes.
– J’aime tes mains qui ont l’air de se refermer sur une barre invisible.
– J’aime tes seins qui on l’air de deux étraves naviguant bord à bord.
– Mes mains seront la tempête pour te faire perdre ton cap et la tête.
– Ton sexe sera mon grappin croché en moi.
– Ton cul sera ma poupe de toutes les nuits.
– Je te garde mon cul depuis le fond des mers et des âges.
– Je te ferai passer du calme plat au grand frais en passant par tous les caps de Bonne-Espérance, lui dis-je.
– Je t’amènerai de la bourrasque à l’embellie en te forçant à oublier toutes tes désespérances.
– Tu seras mon seul mouillage.
– Je serai ton seul con où jeter l’ancre.
– Jamais je ne te laisserai à sec, au jusant, à marée basse.
– Pour toi je n’aurai que marées montantes, pleine mer de vive eau.
– Je ferai de la petite croisière de tes fesses à tes seins, de tes criques à tes grands gouffres.
– Je m’ouvrirai de partout, je ferai eau de toutes parts pour mieux t’engloutir et te noyer en moi.
– Nous ferons escale dans toutes les rades du plaisir.
– Nous tanguerons et roulerons dans toutes les vagues du désir.
– Avec tes cuisses serrées tu raidiras toutes mes drisses.
– Avec ton safran tu me barreras au près serré.
– Je te prendrai entre ciel et eau, par-devant et par derrière, de tous les côtés à la fois, par vent debout et au travers, je te ferai passer de la brisette de force 1 au vent tempête de force 10.
– Je serai ton étrave et ton épave, je gîterai jusqu’à mouiller toutes mes viles, je larguerai mes amarres, je virerai de bord dans mon délire pour chavirer sous rafales impossibles à étaler.
– Je serai ta déferlante venant se briser pour mieux te briser.
– Tu seras ma lame de fond m’emportant tout entière au plus profond de mon con.
– Tu me feras l’amour par tribord armures.
– Tu me feras hurler par bâbord amour.
– Je remonterai au plus près les courants contraires de tes remous furieux.
– Je te laisserai contrer la montante en ouvrant de si loin toutes mes écluses.
– Je te ferai grincer toutes tes poulies et crier tous tes palans.
– J’épuiserai toutes tes drisses et ramollirai ta barre franche.
– Je te ferai venir l’écume aux lèvres.
– Je t’arracherai la vague  du fond du sexe.
– Tu es belle comme un 6 m remontant au vent bordé à plat.
– Tu as la force d’un empannage en catastrophe par gros temps.
– Nous jouirons à la dérive sous le vent.
– Nous jouirons déventés sans dérive.
– Je te lécherai tout entière comme le clapot lèche la coque.
– Je te sucerai tout entier avec la force d’un avaleur de spi.
– Tu seras ma girouette m’indiquant d’où vient le plaisir.
– Tu en seras mon gouvernail creusant le sillage de mon plaisir.
– Nous irons de tempêtes en chavirages.
– Nous irons de rafales en dessalages.
– Tu me serviras de bouée.
– Tu seras ma balise.
– Je godillerai en toi.
– Je sombrerai sous toi.
– Je serai ta sonde de pleine mer.
– Je serai ton loch à compter les nœuds.
– Je n’aurai que toi comme seul havre.
– Je serai ton estuaire, ton goulet, ton fjord.
– Nous serons un éternel flux des flots.
– Suivi d’un éternel reflux des eaux.
– Nous vivrons dans les embruns.
– Nous nous embrumerons dans nos virées.
-J’ai envie de toi.
– Moi aussi j’ai envie de toi.
– Je t’aime.
– Moi aussi je t’aime.

©Livre : Jacques Sternberg – Le navigateur [Albin Michel // 1977]
©Illustration : Adara Sanchez Anguiano
net: http://adarasanchez.tumblr.com/

Pierre Louÿs – Les chansons de Bilitis (Extraits) [1894]

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BILITIS

Une femme s’enveloppe de laine blanche
Une autre se vêt de soie et d’or. Une autre se
couvre de fleurs, de feuilles vertes et de raisins.

Moi je ne saurais vivre que nue. Mon
amant, prends-moi comme je suis: sans robe
ni bijoux ni sandales, voici Bilitis toute seule.

Mes cheveux sont noirs de leur noir et mes
lèvres rouges de leur rouge. Mes boucles
flottent autour de moi libres et rondes comme
des plumes.

Prends-moi telle que ma mère m’a faite
dans une nuit d’amour lointaine, et si je te
plais ainsi, n’oublie pas de me le dire.

LES SEINS DE MNASIDIKA

Avec soin, elle ouvrit d’une main sa tunique
et me tendit ses seins tièdes et doux, ainsi
qu’on offre à la déesse une paire de tourterelles
vivantes.

« Aime-les bien, me dit-elle; je les aime
tant! Ce sont des chéris, des petits enfants. Je
m’occupe d’eux quand je suis seules, je joue
avec eux; je leurs fais plaisir

« Je les douche avec du lait. Je les poudres
avec des fleurs. Mes cheveux fins qui les
essuient sont chers à leurs petits bouts. Je les
caresse en frissonnant. Je les couche dans de
la laine.

« Puisque je n’aurai jamais d’enfants, sois
leur nourrisson, mon amour, et puisqu’ils
sont si loin de ma bouche, donne-leur des
baiser de ma part »

JEUX

Plus que ses balles ou sa poupée, je suis
pour elle un jouet. De toutes les parties de
mon corps elle s’amuse comme une enfant,
pendant de longues heures, sans parler.

Elle défait ma chevelure et la reforme
selon son caprice, tantôt nouée sous le menton
comme une étoffe épaisse, ou tordue en
chignon ou tressée jusqu’au bout.

Elle regarde avec étonnement la couleur de
mes cils, le plus de mon coude. Parfois elle me
fait mettre à genoux et poser les mains sur
les draps:

Alors (et c’est un de ses jeux) elle
glisse sa petite tête par-dessous et imite le
chevreau tremblant qui s’allaite au ventre de
sa mère.

PÉNOMBRE

Sous le drap de laine transparent nous nous
sommes glissées, elle et moi. Même nos têtes
étaient blotties, et la lampe éclairait l’étoffe
au-dessous de nous.

Ainsi je voyais son corps chéri dans une
mystérieuse lumière. Nous étions plus près
l’une de l’autre. Plus libres, plus intimes,£
plus nues. « Dans la même chemise »,
disait-elle.

Nous étions restées coiffées pour être
encore plus découvertes et dans l’air étroit
du lit, deux odeurs de femmes montaient,
des deux cassolettes naturelles.

Rien au monde, pas même la lampe, ne
nous a vues cette nuit-là. Laquelle de nous
fut aimée, elle seule et moi le pourrions dire.
Mais les hommes n’en sauront rien.

LE BAISER

Je baiserai d’un bout à l’autre les longues
ailes noires de ta nuque, ô doux oiseau,
colombe prise, dont le cœur bondit sou ma
main!

Je prendrai ta bouche dans ma bouche
comme un enfant prend le sein de sa mère.
Frissonne!…car le baiser pénètre profondément
et suffirait à l’amour.

Je promènerai ma langue légère sur tes
bras, autour de ton coup. Et je ferai tourner
sur tes côtes chatouilleuses la caresse étirante
des ongles.

Ecoute bruire en ton oreille toute la
rumeur de la mer…Mnasidika! ton regard
me fait mal. J’enfermerai dans mon baiser tes
paupières brûlantes comme des lèvres.

LE CŒUR

HALETANTE, je lui pris la main et je l’appliquai
fortement sous la peau moite de mon
sein gauche, Et je tournais la tête ici et là et
je remuais les lèvres sans parler.

Mon cœur affolé, brusque et dur, battait et
battait ma poitrine, comme un satyre emprisonné
heurterait, ployé dans une outre. Elle
me dit : « Ton cœur te fait mal… »

« O Mnasidika, répondis-je, le cœur des
femmes n’est pas là. Celui-ci est un pauvre
oiseau, une colombe qui remue ses ailes
faibles. Le cœur des femmes est plus terrible. »

« Semblable à une petite baie de myrte, il
brûle dans la flamme rouge et sous une
écume abondante. c’est là que je me sens
mordue par la vorace Aphrodite. »

LA PURIFICATION

Te voilà! défais tes bandelettes, et tes agrafes
et ta tunique. Ôte jusqu’à tes sandales,
jusqu’aux rubans de tes jambes, jusqu’à la
bande de ta poitrine.

Lave le noir de tes sourcils, et le rouge de
tes lèvres. Efface le blanc de tes épaules, et
défrise tes cheveux dans l’eau.

Car je veux t’avoir toute pure, telle que tu
naquis sur le lit, aux pieds de ta mère
féconde et devant ton père glorieux.

Si chaste que ma main dans ta main te fera
rougir jusqu’à la bouche, et qu’un mot de
moi sous ton oreille affolera tes yeux tournoyants.

©Livre : Pierre Louÿs – Les chansons de Bilitis [Albin Michel // 1982]
@Photographie : Kishin Shinoyama