Michel Déon – Thomas et l’infini (Extrait) [1990]

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« Le dernier baiser de ses parents ne l’endormit pas comme les soirs précédents. Sous le drap et la couverture remontés jusqu’au menton, thomas cuisait. Ses lèvres desséchées appelaient le verre à la menthe que l’on posait sur sa table de chevet. Il suffisait d’allonger le bras pour l’atteindre, mais le boire dès maintenant, c’était se condamner à la soif plus tard dans la nuit. Il faudrait alors appeler quelqu’un, déranger l’ordre secret des ombres. Dans sa main droite fermée, Thomas conservait, collé à la paume, le cachet dissimulé avant le dîner. Plus que de la fièvre montante, il souffrait de talons brulants que ni le talc, ni les frictions à l’eau de Cologne ne calmaient. Quand il en parlait, on ne s’intéressait guère à ce détail pourtant préoccupant au point que, pour l’oublier, Thomas, feignant de somnoler le jour, évoquait les fois où il avait marché pieds nus au bord d’une plage, dans le courant d’un frais ruisseau de montagne et même un matin dans la neige. Ces souvenirs le soulageaient et il croyait retrouver un instant, dans son corps las et affaibli par la maladie, l’excitation enfuie. »

©Livre : Michel Déon –  Thomas et l’infini [Gallimard // 1990]
©Image : Rob Gonsalves

 

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