Eugène Figuière – Le bonheur (Extrait)

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« Pour être heureux, il faut d’abord le vouloir. Le bonheur es le couronnement d’un effort. Si l’effort est constamment tendu vers une même direction, il devient ce qu’on appelle de l’optimisme ; l’optimisme est un jardin où croissent plus aisément les fleurs variées du Bonheur. Pour vouloir être heureux, il faut commencer par créer en soi et autour de soi, cette ATMOSPHERE DU BONHEUR.

L’optimisme est ce qu’on pourrait appeler l’âme irradiante du bonheur. Le bonheur vient plus facilement aux optimistes qu’aux pessimistes. L’optimiste appelle en quelque sorte le Bonheur. L’homme souriant repousse, dirait-on, l’infortune. La plupart de nos maux ne sont qu’imaginaires, et l’optimiste ignore cette imagination néfaste. Il reçoit donc beaucoup moins de choc mauvais que son voisin le pessimiste. Et c’est déjà un grand point de réduire, au minimum, l’hostilité du destin.

Au fond, y a-t-il vraiment hostilité du destin ? Ces mots, chance, malchance, ont-ils une signification ? C’est être bien vaniteux que de croire l’Univers occupé à ce point de nous-mêmes. Il y a tout au plus quelques mauvais hasards et il y a beaucoup de fautes personnelles trainant des conséquences fâcheuses. Rappelons-nous donc que nous passons, atome d’Infini, seconde de l’Eternité, au milieu de la formidable indifférence des choses.

Savoir se contenter, voici le grand principe du Bonheur. Il ne dépend que peu de nous d’être riches, car la vie peut nous être favorable, mais il dépend beaucoup de nous d’être heureux si nous nous contentons de ce que nous avons et si nous savons en extraire le Bonheur. »

©Livre : Eugène Figuière – Un petit bréviaire du bonheur [Petits livres d’heures] 
©Image : Jess Pauwels
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Cioran – Ecartèlement (extraits)

P1280468 » Dans les heures de veille, chaque instant est si plein et si vacant, qu’il se pose en rival du Temps. »

« Les seuls instants qui mériteraient de survivre à l’écroulement de notre mémoire sont ceux où nous ne pouvions nous pardonner de n’être pas le Premier ou le Dernier. »

« Le pire, ce n’est pas le cafard ni le désespoir mais leur rencontre, leur collision. Etre broyé entre les deux! »

« Durant toute la matinée je n’ai fait que répéter : – L’homme est un abîme, l’homme est un abîme.
Il m’a été hélas! Impossible de trouver mieux. »

« Malheur au livre qu’on peut lire sans s’interroger tout le temps sur l’auteur! »

« Ma mission est de tuer le temps et la sienne de me tuer à son tour. On est tout à fait à l’aise entre assassins »

« Ne plus concevoir que des choses sur lesquelles on se plairait à ruminer dans un tombeau »

« On ne peut être content de soi que lorsqu’on se rappelle ces instants où, selon un mot japonais, on a perçu le ah! des choses. »

©Livre : Cioran – Œuvres [Quarto Gallimard // 1995]
©photo : Edouard Boubat

 

Méditation

11870944_10206795380230542_9107289964257708025_n« Quand vous devez faire quelque chose, allez-y et faites-le. Quand vous méditez, simplement méditer sans être pris par les égarements, les distractions, qu’il s’agisse de somnolence ou des pensées. Il est dit de regarder la vérité et de ne pas l’obscurcir. Nos tentatives de comprendre ou d’expliquer la méditation deviennent toujours un obscurcissement. Spécialement de nos jours, où la tendance est de partager chaque expérience urgemment. Cette façon de twitter ou d’aller sur Facebook pour écrire immédiatement l’expérience et la partager avec tout un discours verbal, contribue à exagérer et à expliciter l’expérience qui est là. Votre propre méditation, votre propre assise ne doit pas être articulée ou expliquée vers qui que ce soit. Donc regardez directement, ne soyez pas aveuglé. Allez où vous devez aller mais ne vous égarez pas. Demeurez aussi naturel que possible. Le naturel émergera lorsque vous vous débarrasserez de ces forces de distractions, lorsque vous éliminerez les tendances à exagérer, à ignorer ou à vous fixer sur quelque chose »

© Jetsün Khandro Rimpoché [Extrait du reportage « Une enseignante très directe // Regard Bouddhiste magazine // #11 – Juillet/août 2015]

net : http://www.magazine-regard-bouddhiste.com/

 

Enseignement du Bouddha (extrait)

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« La vérité n’a pas d’étiquette : elle n’est ni bouddhiste, ni chrétienne, ni hindoue, ni musulmane. La vérité n’est le monopole de personne. Les étiquettes sectaires sont un obstacle à la libre compréhension de la Vérité, et elles introduisent dans l’esprit de l’homme des préjugés malfaisants.
Cela est vrai non seulement en matière intellectuelle et spirituelle, mais aussi dans les relations humaines. Quand, par exemple, nous rencontrons un homme, nous ne le voyons pas comme un individu humain, mais nous mettons sur lui une étiquette l’identifiant en tant qu’Anglais, Français, Allemand, Américain ou Juif, et nous le considérons avec tous les préjugés associés dans notre esprit à cette étiquette. Le pauvre homme peut être entièrement exempt des attributs dont nous le chargeons.
Les gens affectionnent tellement les appellations discriminatoires qu’ils vont jusqu’à les appliquer à des qualités et à des sentiments humains communs à tout le monde. C’est ainsi qu’ils parlent de différentes « marques » de charité, par exemple de charité bouddhiste ou de la charité chrétienne, et méprisent d’autres « marques » de charité. Mais la charité ne peut pas être sectaire. La charité est la charité, si c’est de la charité. Elle n’est ni chrétienne, ni boudhiste, ni hindoue ou musulmane. L’amour d’une mère pour son enfant n’est ni bouddhiste, ni chrétien ni d’aucune autre qualification. C’est l’amour maternel. Les qualités ou les défauts, les sentiments humains comme l’amour, la charité, la compassion, la tolérance, la patience, l’amitié, le désir, la haine, la malveillance, l’ignorance, la vanité etc… n’ont pas d’étiquette sectaire, ils n’appartiennent pas à une religion particulière. Le mérite ou le démérite d’une qualité ou d’un défaut n’est ni augmenté ni diminué par le fait qu’on le rencontre chez un homme qui professe une religion particulière, ou n’en professe aucune.
Il est sans importance, pour un chercheur de la Vérité, de savoir d’où provient une idée. L’origine et le développement d’une idée sont l’affaire de l’historien. En fait, pour comprendre la Vérité, il n’est pas nécessaire de savoir si l’enseignement vient du Bouddha ou de quelqu’un d’autre. L’essentiel est de voir la chose, de la comprendre. »
Walpola Rahula  [Extrait de « L’enseignement du Bouddha »]
©Livre : Walpola Rahula – L’enseignement du Bouddha : D’après les textes les plus anciens [2014]

 

©photo : Cauqueraumont Joaquim

Epicure : Lettre à Ménécée [La mort] (extrait)

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« Accoutume-toi à considérer que la mort n’est rien pour nous, puisque tout bien et tout mal sont contenus dans la sensation ; or la mort est privation de sensation. Par suite, la sûre connaissance que la mort n’est rien pour nous fait que le caractère mortel de la vie est source de jouissance, non pas en ajoutant à la vie un temps illimité, mais au contraire en la débarrassant du regret de ne pas être immortel. En effet, il n’y a rien de terrifiant dans le fait de vivre pour qui a réellement saisi qu’il n’y a rien de terrifiant dans le fait de ne pas vivre. Aussi parle-t-il pour ne rien dire, celui qui dit craindre la mort non pour la douleur qu’il éprouvera en sa présence, mais pour la douleur qu’il éprouve parce qu’elle doit arriver un jour ; car ce dont la présence ne nous gêne pas ne suscite qu’une douleur sans fondement quand on s’y attend. Ainsi, le plus effroyable des maux, la mort, n’est rien pour nous, étant donné, précisément, que quand nous sommes, la mort n’est pas présente ; et que, quand la mort est présente, alors nous ne sommes pas. Elle n’est donc ni pour le vivants ni pour ceux qui sont morts, étant donné, précisément, qu’elle n’est rien pour les premiers et que les seconds ne sont plus.
Mais la plupart des hommes, tantôt fuient la mort comme si elle était le plus grand des maux, tantôt la chosssissent comme une manière de se délivrer des maux de la vie. Le sage, pour sa part, ne rejette pas la vie et il ne craint pas non plus de ne pas vivre, car vivre ne l’accable pas et il ne juge pas non plus que ne pas vivre soit un mal. Et de même qu’il ne choisit nullement la nourriture la plus abondante mais la plus agréable, il ne cherche pas non plus à jouir du moment le plus long, mais du plus agréable. »

Epicure [Extrait de « Lettre à Ménécée]

©photo : Cauqueraumont Joaquim