Manon Moreau – Les séquestrées de Calcutta (Extraits) [2016]

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« Si tu veux vraiment montrer ma vie aux gens tu dois rester avec moi tout le temps, même dans ma chambre » a dit Beauty, 16 ans, au photographe Souvid Datta

C’était un matin d’avril. Alors qu’il lui avait toujours opposé une fin de non-recevoir, le fixeur de Souvid Datta avait enfin accepté de l’emmener dans cette bâtisse perdue où sont détenues des filles récemment kidnappées avant d’être vendues aux bordels de Calcutta. « Je n’ai pu garder ni mon téléphone ni mon GPS. Je sais juste que nous avons roulé trois heures vers l’est à partir de Calcutta. » Le fixeur, qui appartient au gang tenant la maison, lui fait visiter les lieux. Sur le toit, une fillette enchaînée a passé la journée précédente en plein soleil par 45°C. Sa punition pour avoir tenté de s’échapper. Dans cet endroit sordide, les petites filles et les adolescentes emprisonnées crient, appellent au secours, résistent autant qu’elles le peuvent aux viols, aux tabassages, à la violence psychologique visant à les briser, et tentent de se révolter. Alors elles sont enchaînées des journées et des nuits durant, battues encore, avant d’être vendues aux bordels de Calcutta.

A Sonagachi, Souvid Datta a rencontré Beauty. Elle avait 13 ans lorsqu’elle a été livrée à son premier client. Elle a résisté, mais la maquerelle qui l’avait achetée a commencé à torturer le bébé né de son mariage forcé. Alors elle s’est résignée. vendue de bordel en bordel, puis réussissant à gagner la protection d’une maquerelle moins violente, elle a racheté sa liberté. Beauty est restée prostituée. « Après leur enlèvement, ces jeunes filles sont cassées psychologiquement. On les persuade que leurs proches les rejetteront, puisqu’elles ont été prostituées ».

©Texte : Article paru dans le #36 de la revue photographique POLKA [Manon Moreau]
net: http://www.polkamagazine.com/
©Photographie : Souvid Datta
net: http://souvid.org/
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