Georges Fourest – Renoncement

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Quid dignum stolidis mentibus imprecet ?
Opes honores ambiant !
Et, quum falsa gravi mole paraverint
Tum vera cognoscant bona !

S. Bœtius (De consolatione philosophiæ. Lib. III)

 

Bourgeois hideux, préfets, charcutiers, militaires,
gens de lettres, marlous, juges, mouchards, notaires,
généraux, caporaux et tourneurs de barreaux
de chaise, lauréats mornes des Jeux Floraux,
banquistes et banquiers, architectes pratiques
metteurs de Choubersky dans les salles gothiques,
dentistes, oyez tous ! — Lorsque je naquis dans
mon château crénelé j’avais trois mille dents
et des favoris bleus : on narre que ma mère
(et croyez que ceci n’est pas une chimère !)
m’avait porté sept ans entiers. Encore enfant
j’assommai d’une chiquenaude un éléphant. Lire la suite

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Géo Libbrecht – Attila

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Poète remettant le passé au présent,
GÉO LIBBRECHT.

Tout récemment, le poète nous a adressé un poème étrange. Fait d’un seul mot, sans syntaxe, constituant une « expérimentation » au sujet de laquelle il nous a fourni le commentaire que voici: Lire la suite

Hubert Mottart – Le luth noir (Extraits) [1964]

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« Forcené de la foi, de l’amour et de l’absolu, Hubert Mottart n’a écrit que des poèmes excessifs, chaotiques, fulgurants. Cette ardeur même, si elle s’accompagne rarement d’un souci artistique, convainc par sa sincérité: un besoin éperdu de sympathie refusée. Hubert Mottart s’est consumé de frénésie: on devrait se souvenir de lui, pour son tempérament. »
[Présentation du poète dans « La poésie francophone de Belgique 1903-1926 Tome 3 » de Liliane Wouters et Alain Bosquet]

 

Poème de la bien-aimée

Tes seins sont les portes de Jérusalem.
Tes cuisses le chemin entre les oliviers.
Ton ventre, le temple d’or où naquit la vie.
Ta croupe est fraîche comme la nuit.
Tes doigts effilés tiennent la fleur du lotus.
Et ta bouche est murmurante comme la fontaine,
Où s’abreuvent des soupirs, où rit le vent.
Viens dans ma tente ô bien-aimée!
Nous entendrons toute la nuit le chant des cèdres.
Nos baisers seront joyeux comme l’été.
Nos rires seront des colliers de perles
Brillant dans un coffret de bois clair.
Dans nos cœurs chanteront les sources lointaines.
Comme, à la fin d’une belle journée,
Dans l’âme de l’eau et des nuées,
Et dans les coupes de fruits, les grappes d’ombre.
Il sera dans le jardin parfumé de ton corps
En la chaleur de midi,
Comme le cri d’appel des oiseaux enamourés,
Comme la paix mystérieuse des feuilles.
L’amour est notre patrie.
Ici est la douce fin de notre voyage
A travers le désert de l’espace et des années.
Ici brillent les joyaux de l’éternité.
Notre lit moelleux sera le miroir de nos songes.
Il sera le témoin de notre ardeur.
Il entendra nos chants et nos soupirs.
Près de toi, la mort me sourira autant que la vie.
Tes caresses me donneront le repos.
Ta bouche me livrera tous les secrets
D’un long silence joyeux. Lire la suite

Ivar Ch’vavar – La lune [2008]

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La lune

Pour Claire Ceira.

La lune est bleue comme une flamme.
La lune déploie une ombre énorme, longue et tirée comme une épée.
Tourne la lune: cou flexible et musclé, oh! l’os de la mâchoire est trop beau!
La lune est une perle qui regarde une perle qui regarde la lune.
La lune nous suit par la lunette arrière.
Des fiacres se rangent dans la lune, qui est une rue du XIXe siècle dans une nuit sans lune. Lire la suite

Albert D. Lucky – Terrain vague (Extraits) [1957]

albert lucky terrain vague (recueil de poésie)(Illustration tirée du livre)

Rue pauvres
quartiers morts

les souvenirs
tas de pierres en pleurs
ne parleront qu’en évoquant
une pluie fine de pensées tristes
qui piquent le cœur d’une raison

Il n’y a ni grand ni beau ni laid
l’infini est indifférent
l’indifférence est infinie

———————————————————————————————————————- Lire la suite

Ileana Mălăncioiu – Comme pleurent les âmes seules (Extraits) [2016]

Edmund Monsiel Edmund Monsiel

 

Coșmar

Întreg orașul era plin de morți,
Ieșiseră pe strada principală
Așa-mbracați în hainele de gală
Pe care cît ești viu nu prea le porți.

Treceau rîzînd și nu-i puteam orpi,
Păreau că nu mai înțelg de loc
Că sïnt prea mulți și nu mai este loc
Și pentru cei care mai suntem vii

Ne-nfricoșa grozav fantasticul delir,
Dar stam și ne uitam uimiți, ca la paradă,
Căci fiecare-aveam pe cineva pe stradă
Și n-am fi vrut să fie închiss în cimitir. Lire la suite

Marcel Ginion – Chanson pour rire

le chat

Ce n’est pas une chanson d’amour
Comme chantait Tino Rossi
Gilbert Bécaud ou Aznavour
C’est beaucoup mieux puisqu’on en rit.

On avait bu tout un samedi
Des Jupiler des Martini
Avec Nestor et des copains
On déconnait chez Célestin.

On n’a rien vu rien entendu
Il est rentré le p’tit Chinois
Venant d’en haut ou bien d’en bas
Et il prêchait comme un Jésus : Lire la suite

Claire Mousset – Et je rendais hommage…

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Et je rendais hommage aux cadastres aux plans
Hommage à ce décor très bleu de mappemonde
Que mesure l’accord chiffré des portulans

L’Atlas soudain s’ouvrait comme une poétique
Où je cherchais perdus dans l’azur stylisé
Les cyclones qui vont leurs démarches épiques

Et je rendais hommage aux branches du compas
Qui dessinent pour moi le ciel géographique
Qui retracent en clair l’horaire migrateur
Des mouettes et des lignes aériennes…
Crépitements… La pluie allait son contrepoint
Quand les moteurs chantaient leur dur travail nocturne
Et le repos dans les clairières balisées
d’Amsterdam. Caracas Fort de France Madrid
Tous les pays mouraient dans cet effort cabré
De avions musclés par la course quand prenait
Le virage sur l’autoroute des grands cercles Lire la suite

Hélène Prigogine – L’objet de cet objet (Extrait) [1983]

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le bras d’abord avant même que la main ne se raidisse ou ne s’ouvre ou ne se sente avant même

le bras souple celui de droite peut-être porté à droite montrant la droite en un geste non calculé celui de droite sans doute à droite

à plat et perpendiculaire

perpendiculaire au corps raide non assoupli avant même qu’il ne sente le mouvement une douleur à l’aisselle un picotement à la hanche une contraction de l’épaule avant même

qu’il n’avance jusqu’à la perpendiculaire qu’il monte en direction de la tête et s’arrête avant même la perpendiculaire à plat sur le drap sans doute sur le drap fripé et moite peut-être Lire la suite

Joël Lenfant – Compensation

gregoire guillemin -secret hero life-

J’aime les trous du cul j’aime  les trous du con
Toujours sans défaillir je les ai vénérés –
Mais, dépourvu de femmes et privé de garçons,
Je laisse bien mes doigts aimer les trous de nez.

©Livre : Ivar Ch’Vavar et camarades – CADAVRE GRAND M’A RACONTÉ  /Anthologie de la poésie des fous et des crétins dans le nord de la France ( Editions le corridor bleu)
©Image : Grégroire Guillemin
net: http://www.greg-guillemin.com/

 

Pierre Chabert – Les sales bêtes (Extraits) [1968]

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Animaux en sucre, petits animaux de tout repos, même les loups sont herbivores. Gentil Dalléas, t’es l’ami des bêtes. Moi, je connais que la sale bête, je la fréquente pas, je la recherche pas, faut l’avouer,  mais elle se pointe quand même, toute seule et spontanée. Elle vient se frotter à ma veste avant de me faire quelque saloperie, elle me choisit. Note bien que la sale bête, on ne la décourage pas comme il faudrait, on ne la repousse pas, on l’admire bien au fond, on la trouve originale, audacieuse, adorable. La sale bête a du caractère, c’est connu, elle ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle s’avance avec son cri spécifique, son mufle, son bec, sa corne, et l’on se récrie, qu’elle est drôle, ma foi. Ou même on se promène dans un tapis craquant de sales bêtes plates qui ouvrent des mâchoires de cinquante centimètres, et font clac à un doigt de vos mollets. O caresser la toison écailleuse des dangereuses bêtes, quand la famille devient monotone, qu’en dis-tu, ma fille? Lire la suite

Deux femmes au bord des mots…

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Éliane Polsky – Narcisse

J’ai fait aujourd’hui mes gestes de chatte au soleil
J’ai humé mes cheveux à l’odeur de santal
J’ai souri au miroir
Parce qu’il y avait une mer d’ambre dans mes yeux
et que mes mains étaient légères et nacrées. Lire la suite

Le jazz de Robert Goffin (1) – Sidney Bechet

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Quelle femme fleurit dans les rhododendrons
Sous la pluie aux clairières de Louisiane
Déjà le bruit du vent meurt dans les saxophones
Sous quel baiser nocturne ont noirci les sureaux
Des têtes d’astrakan sentent battre la jungle
Ils portent l’horizon d’un rythme maléfique
Et leurs lèvres sont bleues à force de nuits blanches Lire la suite

Paul Rameau – Gris (passages) (Extrait)

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[…] Innocente est la beauté qui commence avec des raisons. Que l’on devine amantes ou inconnues. La rue est l’épaisseur du moment. Le temps qu’elle fait dépend de ceux qui l’aggravent. Le pavé recule  ers l’industrie. Du fer roule d’esprit en esprit. Des femmes récoltent le sirop des tissus dont l’aigreur rappelle le sommeil au danger des hommes. Et ceux-là ne rentrent qu’avec deux grammes de pouvoir sur les fumées. Certaines ont planté leur croix et enfanté. Ici c’est la tourbe c’est le calcul c’est la rage c’est un glissement d’époque dans les voix. Ici on fait sonner ce qu’on rompt. Lire la suite

Jacques Sojcher – Éros errant (extraits) [2016]

Imogen Cunningham

Tu aimes le mot Femme.
Son orgasme fait trembler
la langue.
Tu envoies des cartes postales
urbi et orbi.
C’est une déclaration.
Peu de femmes restent
insensibles
à ce geste délicat.

Tu quittes les bras de Sophie
pour ceux de Marie.
Tu te retrouves dans le lit d’Angèle.
Félicienne arrive de son village natal,
Frida de la frontière avec l’Allemagne.
Tu n’as jamais connu d’Indienne,
de Japonaise au masque souriant.
Ta géographie féminine a des lacunes.
Ta vie te semble très locale.

Tu lui propose d’être l’intérimaire
Pendant l’absence de son mari.
Elle ne te dit ni oui ni non.
Tu la soupçonnes d’être volage.
C’est un secret visible
sur son visage.
Le désir aime la jalousie
et peut-être la trahison.

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Bernadette Bodson-Mary – Thamalou (Extraits) [2004]

Hilma-af-KlintsuperJumbo

Cassé

Mon coeur est un vase de Chine
chiné chez les Ming
cassé
bing bang
mon ami, mon aming
assez

Algérie

Belle et sensuelle
la voix
voilée
d’une fille
d’Allah
talon dénudés

Belle et sensuelle
la balade
ailée
d’une ballerine
dans les sables
de Bou-Saâdah Lire la suite