Claire Mousset – Et je rendais hommage…

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Et je rendais hommage aux cadastres aux plans
Hommage à ce décor très bleu de mappemonde
Que mesure l’accord chiffré des portulans

L’Atlas soudain s’ouvrait comme une poétique
Où je cherchais perdus dans l’azur stylisé
Les cyclones qui vont leurs démarches épiques

Et je rendais hommage aux branches du compas
Qui dessinent pour moi le ciel géographique
Qui retracent en clair l’horaire migrateur
Des mouettes et des lignes aériennes…
Crépitements… La pluie allait son contrepoint
Quand les moteurs chantaient leur dur travail nocturne
Et le repos dans les clairières balisées
d’Amsterdam. Caracas Fort de France Madrid
Tous les pays mouraient dans cet effort cabré
De avions musclés par la course quand prenait
Le virage sur l’autoroute des grands cercles Lire la suite

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Hélène Prigogine – L’objet de cet objet (Extrait) [1983]

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le bras d’abord avant même que la main ne se raidisse ou ne s’ouvre ou ne se sente avant même

le bras souple celui de droite peut-être porté à droite montrant la droite en un geste non calculé celui de droite sans doute à droite

à plat et perpendiculaire

perpendiculaire au corps raide non assoupli avant même qu’il ne sente le mouvement une douleur à l’aisselle un picotement à la hanche une contraction de l’épaule avant même

qu’il n’avance jusqu’à la perpendiculaire qu’il monte en direction de la tête et s’arrête avant même la perpendiculaire à plat sur le drap sans doute sur le drap fripé et moite peut-être Lire la suite

Joël Lenfant – Compensation

gregoire guillemin -secret hero life-

J’aime les trous du cul j’aime  les trous du con
Toujours sans défaillir je les ai vénérés –
Mais, dépourvu de femmes et privé de garçons,
Je laisse bien mes doigts aimer les trous de nez.

©Livre : Ivar Ch’Vavar et camarades – CADAVRE GRAND M’A RACONTÉ  /Anthologie de la poésie des fous et des crétins dans le nord de la France ( Editions le corridor bleu)
©Image : Grégroire Guillemin
net: http://www.greg-guillemin.com/

 

Pierre Chabert – Les sales bêtes (Extraits) [1968]

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SALES BÊTES

Animaux en sucre, petits animaux de tout repos, même les loups sont herbivores. Gentil Dalléas, t’es l’ami des bêtes. Moi, je connais que la sale bête, je la fréquente pas, je la recherche pas, faut l’avouer,  mais elle se pointe quand même, toute seule et spontanée. Elle vient se frotter à ma veste avant de me faire quelque saloperie, elle me choisit. Note bien que la sale bête, on ne la décourage pas comme il faudrait, on ne la repousse pas, on l’admire bien au fond, on la trouve originale, audacieuse, adorable. La sale bête a du caractère, c’est connu, elle ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle s’avance avec son cri spécifique, son mufle, son bec, sa corne, et l’on se récrie, qu’elle est drôle, ma foi. Ou même on se promène dans un tapis craquant de sales bêtes plates qui ouvrent des mâchoires de cinquante centimètres, et font clac à un doigt de vos mollets. O caresser la toison écailleuse des dangereuses bêtes, quand la famille devient monotone, qu’en dis-tu, ma fille? Lire la suite

Deux femmes au bord des mots…

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Éliane Polsky – Narcisse

J’ai fait aujourd’hui mes gestes de chatte au soleil
J’ai humé mes cheveux à l’odeur de santal
J’ai souri au miroir
Parce qu’il y avait une mer d’ambre dans mes yeux
et que mes mains étaient légères et nacrées. Lire la suite

Le jazz de Robert Goffin (1) – Sidney Bechet

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Quelle femme fleurit dans les rhododendrons
Sous la pluie aux clairières de Louisiane
Déjà le bruit du vent meurt dans les saxophones
Sous quel baiser nocturne ont noirci les sureaux
Des têtes d’astrakan sentent battre la jungle
Ils portent l’horizon d’un rythme maléfique
Et leurs lèvres sont bleues à force de nuits blanches Lire la suite

Paul Rameau – Gris (passages) (Extrait)

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[…] Innocente est la beauté qui commence avec des raisons. Que l’on devine amantes ou inconnues. La rue est l’épaisseur du moment. Le temps qu’elle fait dépend de ceux qui l’aggravent. Le pavé recule  ers l’industrie. Du fer roule d’esprit en esprit. Des femmes récoltent le sirop des tissus dont l’aigreur rappelle le sommeil au danger des hommes. Et ceux-là ne rentrent qu’avec deux grammes de pouvoir sur les fumées. Certaines ont planté leur croix et enfanté. Ici c’est la tourbe c’est le calcul c’est la rage c’est un glissement d’époque dans les voix. Ici on fait sonner ce qu’on rompt. Lire la suite

Jacques Sojcher – Éros errant (extraits) [2016]

Imogen Cunningham

Tu aimes le mot Femme.
Son orgasme fait trembler
la langue.
Tu envoies des cartes postales
urbi et orbi.
C’est une déclaration.
Peu de femmes restent
insensibles
à ce geste délicat.

Tu quittes les bras de Sophie
pour ceux de Marie.
Tu te retrouves dans le lit d’Angèle.
Félicienne arrive de son village natal,
Frida de la frontière avec l’Allemagne.
Tu n’as jamais connu d’Indienne,
de Japonaise au masque souriant.
Ta géographie féminine a des lacunes.
Ta vie te semble très locale.

Tu lui propose d’être l’intérimaire
Pendant l’absence de son mari.
Elle ne te dit ni oui ni non.
Tu la soupçonnes d’être volage.
C’est un secret visible
sur son visage.
Le désir aime la jalousie
et peut-être la trahison.

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Bernadette Bodson-Mary – Thamalou (Extraits) [2004]

Hilma-af-KlintsuperJumbo

Cassé

Mon coeur est un vase de Chine
chiné chez les Ming
cassé
bing bang
mon ami, mon aming
assez

Algérie

Belle et sensuelle
la voix
voilée
d’une fille
d’Allah
talon dénudés

Belle et sensuelle
la balade
ailée
d’une ballerine
dans les sables
de Bou-Saâdah Lire la suite

Calogero Volpe

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(Calogero Volpe, élève à l’Ecole Primaire Communale de la rue de Fexhe, à Liège, avait dix ans lorsque ces textes furent écrits. Il est née en 1957 à Favara (Italie) et vit (ou a vécu?) à Liège. Les textes suivants ont été publiés dans la revue POESIE #27 « La nouvelle poésie française de Belgique. En 1971, les droits de reproduction étaient réservés à Jacques Izoard.)

LA SOUPE AU CHOUX ROUGES

La soupe aux choux rouges, il lui faut longtemps pour qu’elle se cuise, car il lui faut une demi-seconde pour qu’elle se cuise. Je la cuis, quand un chou me salua par ses deux oreilles pour dire qu’il avait froid. Je ne savais plus où je devais le mettre. Je le mets dans le placard noir. Il dit qu’il fait trop clair. A la fin, je le tue et un coup de pied tomba par le plafond. Car ce plafond été troué, car il était trop solide assez.

LE LOUP CURIEUX

Un jour, quand je jouais, j’ai vu un loup. C’était un loup pas comme les autres. Au lieu d’être carnivore, il était granivore. Il avait une tête de chat et une gueule de chien. J’écrase sa queue et elle devient une queue d’ours. Et la pelure de singe.

Il était un jour un petit garçon qui trouve un franc. Alors il plante le franc. Et un jour il y a un arbre avec énormément d’argent. Il était si petit qu’il achète un alais de géant. Il se dit : « Comment faire pour monter les marches ? » Soudain, il a une idée. Il ouvre la bouche, met la pompe et se gonfle.

Il y a un serpent. Je lui coupe la tête. Il lui en pousse deux. Comme il a une queue, je lui en coupe deux. Il mesure cinq mètres et comme cinq mètres égalent cinq centimètres, je le mets dans une boîte de cinq centimètres cubes. Un bon jour, il meurt, parce qu’il faisait « atchoum ! », et puis il devient du sable. Lire la suite

Karel Van de Woestijne – Poèmes choisis (extraits) [1964]

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WAT IS HET GOED AAN ‘T’ HART.

Wat is het goed aan’t hart van zacht verliefd te zijn,
zijn luimen naar een verre’ of naêren lach te meten,
en, te elken avond weêr het kommer-brood gegeten,
weêr blij te mogen rijze’ in iedren morgen-schijn,
deed nieuwe liefde-lach het oude leed vergéten.

Ik weet niet wat geluk is; maar uw schoon gelaat
is kalm, en maakt me blijde, en doet mijn leden rillen;
– en’k lâch, gelijk een kind dat door een water wadt,
en, vreemde vreugde in de oofen, aarzelt in den killen
en ringlend-zilvren vloed die zijne voeten baadt.

Want ik bemin u, vrouw; en zoo mijn dralend schromen
slechts de oogen toé uw tegen-lachen is genaakt:
zoo was ik als een kind dat, geerens-blij gekomen
naar glanz’ge vruchten-racht in loomende avond-boomen,
beducht om zooveel schoons, geen enkle vrucht en raakt.

QUEL BIEN PEUT FAIRE AU COEUR

Quel bien peut faire au cœur d’être pris d’amour doucement,
de mesurer ses caprices à tel rire lointain ou proche,
et, chaque soir, ayant mangé le pain des soucis,
de resurgir joyeux aux lueurs de l’aurore,
quand même un rire d’amour vierge efface l’ancien chagrin.

Je ne sais ce qu’est bonheur; mais ton jolie visage
est calme, me donne joie et fait frémir mon corps;
– Je ris comme un enfant qui passe l’eau à gué,
avec dans les yeux une joie étrange, et il hésite dans
l’onde froide cerclée d’argent qui lui baigne les pieds.

Car moi je t’aime, ô femme, et si ma crainte hésitante
m’obligea d’aborder ton sourire, yeux fermés,
j’étais comme un enfant qui, convoitant joyeux la splendeur
des fruits luisants dans les arbres pesants du soir,
troublé par tant de beauté, ne touche à aucun fruit. Lire la suite

Jacques Izoard – Mots maudits sans mot dire ou dictons qui prennent eau de toutes parts

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« Nuage n’est que nuage si le ciel bat de l’aile. »

« Lapereau sous la paume. L’enfance y palpite. »

« La suie est la sœur. Le sable est le frère. »

Touche la petite haleine qu’un miroir ternit. »

Lire la suite

Nâzim Hikmet – Il neige dans la nuit et autres poèmes (Extraits)

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ESPOIR

Ils marchent, ils marchent, les réacteurs atomiques,
et passent au soleil levant les lunes artificielles.
Et les camions d’ordures, au point du jour,
ramassent les morts sur les trottoirs,
cadavres d’affamés, cadavres de chômeurs.

Ils marchent, ils marchent les réacteurs atomiques,
et passent au soleil levant les lunes artificielles.
Au soleil levant, la famille de paysans
homme et femme, âne et charrue de bois;
l’âne et la femme attelés à la charrue
labourent la terre. Une poignée de terre. Lire la suite

Robert Goffin – Sidney Bechet

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Quelle femme fleurit dans les rhododendrons
Sous la pluie aux clairières de Louisiane
Déjà le bruit du vent meurt dans les saxophones
Sous quel baiser nocturne ont noirci les sureaux
Des têtes d’astrakan sentent battre la jungle
Ils portent l’horizon d’un rythme maléfique
Et leurs lèvres sont bleues à force de nuits blanches

Quel souvenir de fille aux épaules cuivrées
Quelle laiteuse ardeur d’organes caressés
Quel nénuphar de muqueuses camélia
Quelle herbe ensorcelée d’épeautre et de métisse
Ressurgit aux poivrons râpeux des contretemps
A l’heure où le Congo lâche ses chiens de cuivre
Vent du large aux forêts-vierges des pâmoisons
Maman est morte Adieu siffle Peter Bocage
Pas redoublé d’Afrique au coin des beaux quartiers.

Et soudain accroché dans l’épave d’un thème
De ses doigts aux bourgeons d’argent du soprano
Sidney Bechet coule de transe et balbutie
Sa peine de créole aux virages des stomps
Les négresses qui fument la pipe défaillent
Les quarteronnes répartissent les mains chaudes
L’air noue des couples bleus d’iode et de broussaille
Sidney gonfle ses joues aux écluses de l’aube
De sa lèvre à ses mains une lumière gicle
Et lâche tous les ballons captifs du sang rouge
Sidney Sidney toute la nuit lourde de fleurs
Toutes les chairs couleur d’asperge et d’aubergine
Toute l’eau qui s’égare de mare et de pluie
Tout le parfum des débardeurs et des violes
Tout le dialecte félin des lucioles
Le bruit qui fuit aux ruisssellements  de la suie
Sidney Sidney s’enfuit aux patins de l’alcool
Et des frissons s’attardent aux belles de nuit
Qui répètent des ruts de rythme et de parole
Gonna give nobody none of this jelly roll.

Annabelle Verhaeghe – Tu vas voir

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Je réussirai ce concours rue du Taureau et bien plus tard je dirai que c’était déjà un signe et après je rencontrerai une chouette fille et ça durera et elle m’attendra à Paris mais alors je ne l’aimerai plus vraiment et je n’arriverai pas à le lui dire parce que je me sentirai paumé alors je serai malheureux à Paris pendant plusieurs mois et puis j’arrêterai et je reviendrai dans ma ville et dans mon appartement avec les colocs nombreux et on jouera au foot et à la Play et entretemps je convulserai dans une église avant de devenir un peu mystique Lire la suite

Charles Baudelaire – Mon cœur mis à nu [1887]

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Le premier venu, pourvu qu’il sache amuser, a le droit de parler de lui-même

Il y a dans tout changement quelque chose d’infâme et d’agréable à la fois, quelque chose qui tient de l’infidélité et du déménagement. Cela suffit à expliquer la Révolution française.

Presque toute notre vie est employé à des curiosités niaises. En revanche, il y a des choses qui devraient exciter la curiosité des hommes au plus haut degré, et qui, à en juger leur train de vie ordinaire, ne leur en inspirent aucune.

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