Jean Merdalor – Névroèmes (Extraits) [1980]

sara atka©Sara Atka

 

Né à Port-au-Prince, Jean Merdalor s’est pendant longtemps intéressé à la psychoculture humaine et spirituelle est s’est initié à divers clubs ésotériques. Se considère comme l’héritier direct du merdisme prôné dans les années 60 par Francis Séjour-Magloire.
(Biographie fournie dans l’ Anthologie de la nouvelle poésie haïtienne de Christophe Philippe Charles // Centre de recherches littéraires et sociales //  1991)

 

L’idée meurt une seconde après sa mise à vie seigneur donne-moi la sagesse je ne sais pas ce que je veux mais c’est la perfection la toute-science la sagesse infinie ah la rivalité féroce et plus que tragique mes poumons dans mon thorax comme un désert maudit je mourus de chagrin de vieillesse et je suis ressuscité j’agonise à nouveau toujours je me suis crucifié j’ai brisé mes vertèbres et mes clavicules puis lorsque j’ai été une dépouille parfaite je suis monté au ciel incandescent fin divine ô faim divine je serai toujours malheureux ô ma dette karmique les chars maudits supprimons-le ô ma vie ma croix hélas ce n’est pas encore la consécration mon cœur un îlot dans la mare putride et si l’on apprenait que je vis en sage rends-moi ma mère rends-moi mon père c’est un film à revoir histoire de se retremper je ne conçois pas que deux hommes puissent aller les auriculaires la vie rangée la pureté le paradis perdu le péché le mal au pouvoir ma gorge obstruée de nostalgie et de remords j’ai bu de la glycérine en coulées de lave équilibré trop équilibré exorciser Dieu ô mon livre-sang.

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Jacques Montaur – Les portes de l’imaginaire (Extraits) [1956]

P1050904©Joaquim Cauqueraumont

 

POURQUOI LA MORT…

Il est arrivé l’instant incroyable
Où le temps s’arrêtera dans mes veines,
Où je m’affalerai au pied du mur
Comme un condamnée au pied du poteau;
Elle a sonné l’heure de m’ôter la vie,
Les fiertés, les douceurs et les peines. Lire la suite

Radu Bata – Survivre malgré le bonheur (Extraits) [2018]

P1230340©Catalina Gavrilita

 

CHÂTEAUX DE SABLE

l’été
je dessine des filles
sur la plage

quand je réussis
les grains de peau

elles m’invitent
dans le tableau Lire la suite

Ilarie Voronca – Ulysse dans la cité (Extraits) [1933]

P1020641©Bucarest [Joaquim Cauqueraumont]

 

III

Maintenant la rue comme un boîte aux lettres te reçois
L’habitude sur tes épaules est une chemise usée
La rue est à tes pieds un chien fidèle
L’air sur les toits un paillasson
Toi une lettre dans la rue boîte aux lettres
Ta destinée est là distributeur automatique
Qui te portera vers la destination tracée sur ton cerveau
Certes c’est toi qui marches sous les maisons aux tabliers de boulangère
Mais c’est un autre qui remonte le ressort de tes prunelles
Les bruits lèchent tes tempes tes artères
La marchande te tend le journal du matin
Oh! Le journal quelle dentelle pour ta mélancolie
Un professeur de stratégie est assassiné dans le rapide Paris-Marseille
Le prix du pain sera augmenté de dix centimes
Mais l’air entre tes cils flotte comme un drapeau
La solitude est droite comme un signal d’usine
Les quartiers battent comme des pouls s’emplissent de suc comme des ovaires
Le groin des astres te fouille
C’est un continent la femme qui marche devant toi
Et te voila à Casablanca tu es sans travail
Dans le port les caisses roulent comme des monnaies
Il y a une forte odeur d’huile et de bruit
Tu avances à travers l’équation du sang
Dans la chevelure de l’air les mâts et les cordages
Sont pareils à des plumes de faucon sur la tête d’un chef indien
Voilà les grains et le coton comme des amulettes
Les étoiles argenterie du lac claquent
Une barque fend les joncs des veines
Mais ce n’est que la vitrine d’une Compagnie de navigation Lire la suite

Marcel Mariën – Le paysan du tendre (Fragment) [1982]

P1230334

« La Serrure » (Pol Bury)

 

je t’épaule
je t’épaulette
je t’épauliche
je t’épaulinge
je tépaulonge
je t’épauloupe
je t’épine
je te fentaille
je te fentiche
je te fentille
je te fentoise
je te fentôme
je te friselangue
je te friselise
je te friselisse
je te frisemaille
je te frisemange
je te frisemouche
je te frisemouille Lire la suite

Georges Fourest – Renoncement

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Quid dignum stolidis mentibus imprecet ?
Opes honores ambiant !
Et, quum falsa gravi mole paraverint
Tum vera cognoscant bona !

S. Bœtius (De consolatione philosophiæ. Lib. III)

 

Bourgeois hideux, préfets, charcutiers, militaires,
gens de lettres, marlous, juges, mouchards, notaires,
généraux, caporaux et tourneurs de barreaux
de chaise, lauréats mornes des Jeux Floraux,
banquistes et banquiers, architectes pratiques
metteurs de Choubersky dans les salles gothiques,
dentistes, oyez tous ! — Lorsque je naquis dans
mon château crénelé j’avais trois mille dents
et des favoris bleus : on narre que ma mère
(et croyez que ceci n’est pas une chimère !)
m’avait porté sept ans entiers. Encore enfant
j’assommai d’une chiquenaude un éléphant. Lire la suite

Géo Libbrecht – Attila

géo libbrecht

Poète remettant le passé au présent,
GÉO LIBBRECHT.

Tout récemment, le poète nous a adressé un poème étrange. Fait d’un seul mot, sans syntaxe, constituant une « expérimentation » au sujet de laquelle il nous a fourni le commentaire que voici: Lire la suite

Hubert Mottart – Le luth noir (Extraits) [1964]

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« Forcené de la foi, de l’amour et de l’absolu, Hubert Mottart n’a écrit que des poèmes excessifs, chaotiques, fulgurants. Cette ardeur même, si elle s’accompagne rarement d’un souci artistique, convainc par sa sincérité: un besoin éperdu de sympathie refusée. Hubert Mottart s’est consumé de frénésie: on devrait se souvenir de lui, pour son tempérament. »
[Présentation du poète dans « La poésie francophone de Belgique 1903-1926 Tome 3 » de Liliane Wouters et Alain Bosquet]

 

Poème de la bien-aimée

Tes seins sont les portes de Jérusalem.
Tes cuisses le chemin entre les oliviers.
Ton ventre, le temple d’or où naquit la vie.
Ta croupe est fraîche comme la nuit.
Tes doigts effilés tiennent la fleur du lotus.
Et ta bouche est murmurante comme la fontaine,
Où s’abreuvent des soupirs, où rit le vent.
Viens dans ma tente ô bien-aimée!
Nous entendrons toute la nuit le chant des cèdres.
Nos baisers seront joyeux comme l’été.
Nos rires seront des colliers de perles
Brillant dans un coffret de bois clair.
Dans nos cœurs chanteront les sources lointaines.
Comme, à la fin d’une belle journée,
Dans l’âme de l’eau et des nuées,
Et dans les coupes de fruits, les grappes d’ombre.
Il sera dans le jardin parfumé de ton corps
En la chaleur de midi,
Comme le cri d’appel des oiseaux enamourés,
Comme la paix mystérieuse des feuilles.
L’amour est notre patrie.
Ici est la douce fin de notre voyage
A travers le désert de l’espace et des années.
Ici brillent les joyaux de l’éternité.
Notre lit moelleux sera le miroir de nos songes.
Il sera le témoin de notre ardeur.
Il entendra nos chants et nos soupirs.
Près de toi, la mort me sourira autant que la vie.
Tes caresses me donneront le repos.
Ta bouche me livrera tous les secrets
D’un long silence joyeux. Lire la suite

Ivar Ch’vavar – La lune [2008]

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La lune

Pour Claire Ceira.

La lune est bleue comme une flamme.
La lune déploie une ombre énorme, longue et tirée comme une épée.
Tourne la lune: cou flexible et musclé, oh! l’os de la mâchoire est trop beau!
La lune est une perle qui regarde une perle qui regarde la lune.
La lune nous suit par la lunette arrière.
Des fiacres se rangent dans la lune, qui est une rue du XIXe siècle dans une nuit sans lune. Lire la suite

Albert D. Lucky – Terrain vague (Extraits) [1957]

albert lucky terrain vague (recueil de poésie)(Illustration tirée du livre)

Rue pauvres
quartiers morts

les souvenirs
tas de pierres en pleurs
ne parleront qu’en évoquant
une pluie fine de pensées tristes
qui piquent le cœur d’une raison

Il n’y a ni grand ni beau ni laid
l’infini est indifférent
l’indifférence est infinie

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Ileana Mălăncioiu – Comme pleurent les âmes seules (Extraits) [2016]

Edmund Monsiel Edmund Monsiel

 

Coșmar

Întreg orașul era plin de morți,
Ieșiseră pe strada principală
Așa-mbracați în hainele de gală
Pe care cît ești viu nu prea le porți.

Treceau rîzînd și nu-i puteam orpi,
Păreau că nu mai înțelg de loc
Că sïnt prea mulți și nu mai este loc
Și pentru cei care mai suntem vii

Ne-nfricoșa grozav fantasticul delir,
Dar stam și ne uitam uimiți, ca la paradă,
Căci fiecare-aveam pe cineva pe stradă
Și n-am fi vrut să fie închiss în cimitir. Lire la suite

Marcel Ginion – Chanson pour rire

le chat

Ce n’est pas une chanson d’amour
Comme chantait Tino Rossi
Gilbert Bécaud ou Aznavour
C’est beaucoup mieux puisqu’on en rit.

On avait bu tout un samedi
Des Jupiler des Martini
Avec Nestor et des copains
On déconnait chez Célestin.

On n’a rien vu rien entendu
Il est rentré le p’tit Chinois
Venant d’en haut ou bien d’en bas
Et il prêchait comme un Jésus : Lire la suite

Claire Mousset – Et je rendais hommage…

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Et je rendais hommage aux cadastres aux plans
Hommage à ce décor très bleu de mappemonde
Que mesure l’accord chiffré des portulans

L’Atlas soudain s’ouvrait comme une poétique
Où je cherchais perdus dans l’azur stylisé
Les cyclones qui vont leurs démarches épiques

Et je rendais hommage aux branches du compas
Qui dessinent pour moi le ciel géographique
Qui retracent en clair l’horaire migrateur
Des mouettes et des lignes aériennes…
Crépitements… La pluie allait son contrepoint
Quand les moteurs chantaient leur dur travail nocturne
Et le repos dans les clairières balisées
d’Amsterdam. Caracas Fort de France Madrid
Tous les pays mouraient dans cet effort cabré
De avions musclés par la course quand prenait
Le virage sur l’autoroute des grands cercles Lire la suite

Hélène Prigogine – L’objet de cet objet (Extrait) [1983]

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le bras d’abord avant même que la main ne se raidisse ou ne s’ouvre ou ne se sente avant même

le bras souple celui de droite peut-être porté à droite montrant la droite en un geste non calculé celui de droite sans doute à droite

à plat et perpendiculaire

perpendiculaire au corps raide non assoupli avant même qu’il ne sente le mouvement une douleur à l’aisselle un picotement à la hanche une contraction de l’épaule avant même

qu’il n’avance jusqu’à la perpendiculaire qu’il monte en direction de la tête et s’arrête avant même la perpendiculaire à plat sur le drap sans doute sur le drap fripé et moite peut-être Lire la suite

Joël Lenfant – Compensation

gregoire guillemin -secret hero life-

J’aime les trous du cul j’aime  les trous du con
Toujours sans défaillir je les ai vénérés –
Mais, dépourvu de femmes et privé de garçons,
Je laisse bien mes doigts aimer les trous de nez.

©Livre : Ivar Ch’Vavar et camarades – CADAVRE GRAND M’A RACONTÉ  /Anthologie de la poésie des fous et des crétins dans le nord de la France ( Editions le corridor bleu)
©Image : Grégroire Guillemin
net: http://www.greg-guillemin.com/