Armand Permantier – Le chant du barbaresque (Extrait) [1950]

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Ma Gwendoline, elle pourrissait sur l’arbre. Elle se cachait dans les buissons. Elle hurlait sa peine aux profondeurs nébuleuses des pastiches. Elle récriminait sans cesse sur sa besogne mitoyenne, ce qui la laissait pendante sur ses cornues.

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Annabelle Verhaeghe – Tu vas voir

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Je réussirai ce concours rue du Taureau et bien plus tard je dirai que c’était déjà un signe et après je rencontrerai une chouette fille et ça durera et elle m’attendra à Paris mais alors je ne l’aimerai plus vraiment et je n’arriverai pas à le lui dire parce que je me sentirai paumé alors je serai malheureux à Paris pendant plusieurs mois et puis j’arrêterai et je reviendrai dans ma ville et dans mon appartement avec les colocs nombreux et on jouera au foot et à la Play et entretemps je convulserai dans une église avant de devenir un peu mystique Lire la suite

Arno Calleja – Les animaux sont pauvres

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Les rues sont pleines de maisons vieilles.

Les gens passent : un gen a un chapeau dessus sa tête, un autre tombe il est tombé on le ramasse. C’est le passage des humains.

Les maisons vieilles on les habite pour ne pas payer cher. Et quand on tombe c’est gratuit. Mais si on tombe très fort il faut payer : parce que c’est l’hôpital.

L’hôpital est un vieil hôpital vieux, une soignante pour trente lits.

En général le soignant est une soignante parce que c’est une femme.

Les lits ne sont jamais vides. On dit ‘’lit’’ pour dire ‘’lit avec quelqu’un posé dessus’’.

Sur le lit on dort on se fait soigner et on se fait laver. C’est un lit comme une douche comme un cabinet et comme une pièce. En général, c’est multi-usage.

Quand on sort de l’hôpital il y a une pharmacie à côté, c’est obligé. Il y a toujours aussi un kiosque à journaux à côté quand on sort de l’hôpital pour que dans le lit le malade allongé dessus puisse lire dans son lit comme une bibliothèque.

Il n’y a pas de cheval il n’y a pas de vétérinaire non plus. Pour un vétérinaire il faut aller dehors de la ville, il faut donc trotter si on est un cheval. Si on est un cheval malade qui veut des soins.

Une piqure c’est un soin. Un bandage c’est un soin. Un vétérinaire donne des soins. C’est un médecin de cheval comme un docteur pour humain, pour guérir.

Les rues sont vides de chevaux mais pleines de gens malades dans les maisons vieilles.

On parle des animaux et des humains un peu mélangé.

Les animaux sont pauvres si on les regarde bien. D’ailleurs quand le cheval bande ce n’est pas par plaisir, ça prouve bien. D’ailleurs il ne loue pas sa maison. Il n’achète même pas son box. Ce qui prouve bien qu’un cheval n’a ni le sous ni de quoi le soutirer.

En plus un cheval n’a rien à dire c’est terrible. Aucune imagination. C’est un truc biblique qui remonte à la bible. Les animaux n’avaient rien à la lettre. On pouvait les manger dès qu’on savait cuisiner ils n’avaient rien à dire. Ils n’avaient rien à répondre les animaux longtemps n’avaient rien jusqu’au jour d’aujourd’hui où, en plus d’avoir rien, ils ont eu d’être pauvre. Franchement ça ne vaut pas le coup.

C’est tellement dommage de marcher dans une rue. Avec tous ces visages qui passent on ne voit rien d’autre. Seul un cheval ignore les visages. Il ne les voit pas qui passent. Le cheval n’est qu’au paysage. Le reste lui passe par dessus l’épaule et lui glisse par dessus l’épaule.

Ce sont des vérités de l’ordre de la science des chevaux et de l’ordre de la science des yeux en général.

Il y a des docteurs et des médecins qui se regroupent en cabinet et qui s’occupent de guérir et les animaux et les humains et c’est pratique.

Les docteurs médecins de cabinets ne travaillent jamais que pour le genre humain, c’est là l’intérêt d’être un cheval.

On rapporte des connaissances à son box le soir. Et des connaissances et des médicaments. Même si tu es un cheval pauvre. C’est tout l’intérêt.

©Texte : Arno Calleja
net: http://arnocalleja.tumblr.com/

Stéphane Mallarmé – La pipe

602410_4464077167495_1512152274_nHier, j’ai trouvé ma pipe en rêvant une longue soirée de travail, de beau travail d’hiver. Jetées les cigarettes avec toutes les joies enfantines de l’été dans le passé qu’illuminent les feuilles bleues de soleil, les mousselines et reprise ma grave pipe par un homme sérieux qui veut fumer longtemps sans se déranger, afin de mieux travailler : mais je ne m’attendais p…as à la surprise que préparait cette délaissée, à peine eus-je tiré la première bouffée, j’oubliai mes grands livres à faire, émerveillé, attendri, je respirai l’hiver dernier qui revenait. Je n’avais pas touché à la fidèle amie depuis ma rentrée en France, et tout Londres, Londres tel que je le vécus en entier à moi seul, il y a un an, est apparu ; d’abord les chers brouillards qui emmitouflent nos cervelles et ont, là-bas, une odeur à eux, quand ils pénètrent sous la croisée. Mon tabac sentait une chambre sombre aux meubles de cuir saupoudrés par la poussière du charbon sur lesquels se roulait le maigre chat noir ; les grands feux ! et la bonne aux bras rouges versant les charbons, et le bruit de ces charbons tombant du seau de tôle dans la corbeille de fer, le matin – alors que le facteur frappait le double coup solennel, qui me faisait vivre ! J’ai revu par les fenêtres ces arbres malades du square désert – J’ai vu le large, si souvent traversé cet hiver-là, grelottant sur le pont du steamer mouillé de bruine et noirci de fumée -avec ma pauvre bien-aimée errante, en habits de voyageuse, une longue robe terne couleur de la poussière des routes, un manteau qui collait humide à ses épaules froides, un de ces chapeaux de paille sans plume et presque sans rubans, que les riches dames jettent en arrivant, tant ils sont déchiquetés par l’air de la mer et que les pauvres bien-aimées regarnissent pour bien des saisons encore. Autour de son cou s’enroulait le terrible mouchoir qu’on agite en se disant adieu pour toujours.

©image : Collection – Willard Dickerman Straight and Early U.S.-Korea Diplomatic Relations, Cornell University Library