Le livre et l’écolier au 19e siècle (extrait) [1970]

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ABECEDAIRES

« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu… » (A. Rimbaud)

Au début du XIXe siècle, il faut parfois plusieurs années pour apprendre à lire. L’enfant commence à épeler une grande partie de la journée; puis il assemble des groupes de lettres de plus en plus longs; il aborde enfin directement les mots sans les décomposer en syllabes. Les textes latins aux articulations plus simples et sans voyelles muettes sont fréquemment utilisés. Nombreux sont encore les « patoisants », et les frères des Ecoles Chrétiennes eurent la lourde tâche de renoncer au latin pour leur apprendre à lire en français

Après 1830, la méthode Peigné connaîtra un vif succès; elle va de syllabes simples aux mots simples et passe rapidement à de petites phrases pour encourager les enfants du siècle : « On aime à porter un pantalon de nankin au mois d’août…Les Kalmouks habitent la grande Tartarie… »

L’élève, sous la Restauration, apprend les lettres dans des alphabets ou « Sainte Croix » ornés d’un crucifix. Souvent avant de lire, il porte le doigt sur chaque branche de la croix en disant : « Sainte Croix Aidez-moi A bien lire Ma leçon ». Ces alphabets ont un aspect austère si nous les comparons aux ravissants abécédaires illustrés à l’usages des enfants des classes aisées. L’image, discrètement, s’introduit en suggérant les sons.

On remarquera surtout, dans l’évolution de l’abécédaire, les diverses astuces typographiques pour diminuer peu à peu les caractères,  séparer les syllabes, mettre en valeur les lettres réellement prononcées d’un mot, qui, trop souvent encore, n’évoque rien pour l’enfant.

Dans les salles de classe des tableaux de bois, sur lesquels sont peints l’alphabet, les principales syllabes et les signes de ponctuation, précèdent les tableaux imprimés pour lesquels des caractères de taille suffisante manquent au début du siècle. Parfois même une ingénieuse « machine à rubans » permet de faire glisser des bandes et de juxtaposer radicaux et suffixes de façons variées.

©Le livre et l’écolier au 19e siècle [Nice 1970]
©Photographie : Becca Bond Photography
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Maurice Marcinel – EN WALLONIE // Les petits métiers disparus (Extrait)

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…Liège n’a plus de -Botteresses-. C’est une belle part de son décor et de son symbolisme qu’elle a perdu. Nos enfants ne savent déjà plus quelle a été la tâche de ces humbles femmes courbées sous le faix de leur hotte trop haute, trop lourde, trop sale.Elles se rendaient à domicile. Elles remontaient de la cave la poussière de charbon, l’étalaient dans la cour ou au seuil du client, l’humectaient et la mélangeaient de terre glaise plus adhérente. De cette préparation boueuse qu’elles manipulaient activement, après l’avoir piétinée durant des heures, elles faisaient des boulets de charbons (ou « hotchets »). Elles travaillaient parfois chez elles, en groupe, en association, pour les clients cossus que leur spectacle indisposait…

Charles Fréger – Wilder Mann ou la figure du sauvage (extrait) [2012]

P1280471Mascarade Zoomorphe en Roumanie (Le jeu de l’ours)

Le jeu de l’Ours, trouverait ses origines dans les montreurs d’ours, qui, jusque dans les années 1940, parcouraient les villages roumains du début du printemps jusqu’au milieu de l’automne. L’animal était alors investi, selon la tradition populaire, d’une série de pouvoirs. C’est ainsi que la danse de l’Ours, dirigée par son Montreur, était supposée être favorable aux récoltes et aux jeunes filles. Les poils de l’Ours étaient censés protéger celui qui les arrachait et détenir des pouvoirs prophylactiques. Les malades espéraient, quant à eux, que la bête les piétine pour chasser la maladie ou la douleur. Aujourd’hui l’animal semble avoir gardé son aura sacrée et tout son attrait.

©Livre : Charles Fréger – Wilder Mann ou la figure du sauvage [Thames & Hudson // 2012]
©photo : Charles Fréger ( Ursul, Boroaia, Roumanie)

La cabane Sylvie [Flobecq – Belgique]

IMG_0637.JPGSylvie naquit à Etikhove le 21 janvier 1851. Son père, François Baudry était sabotier, sa mère, Mélanie Vandereecken était fileuse. Elle avait un frère, Ivo. Elle était bobineuse puis devint couturière. Sylvie a beaucoup voyagé; elle a habité à Paris et s’est rendue dans des régions lointaines.

Un jour, elle en a eu assez du monde et des bruits.

Le soir du 4 avril 1902, maigre et grisonnante, elle débarqua à la gare de Flobecq-Bois, sans argent ni bagages. Elle trouva un logement au « Café Rimeur ».

Mr Gilliot, un anversois, qui possédait les bois du « Mont de Rhodes » lui proposa gratuitement une parcelle de terre. Elle s’enfonça dans les bois, jusqu’au sommet et choisit une petite clairière, où l’on extrayait du sable.

Les frères Dendaux d’Opbrakel, lui construisirent une cabane avec des rondins. Le tout faisait un rectangle d’environ 5 mètres sur 4. La toiture était recouverte de tôles métalliques. La cabane comprenait une cuisine, une chambrette et une petite chapelle décorée d’une statue de la Vierge.

Eté comme hiver, avec son chien « Bufke », elle marchait à travers bois afin de se rendre journellement aux offices liturgiques à l’église de La Houppe.

Le mardi, jour du marché, elle descendait à pied à la place de Flobecq, afin d’y faire ses emplettes.

Elle possédait un jardin dans lequel on la voyait planter et cultiver des fleurs dans le sable jaune, avec une patience angélique. Primevères, giroflées, myosotis, perce-neige et pensées lui souriaient à longueur de journée, tout en embaumant l’air autour d’elle.

La cabane prit le nom de « MAISON DES FLEURS ». Elle élevait quelques poules qui lui donnaient des œufs. L’été, il y avait beaucoup de promeneurs. Sylvie vendait ses fleurs, ses légumes, des tasses de café, des tartines de pain qu’elle cuisait, des cartes postales qui représentaient son pavillon.

Une terrasse fut aménagée devant la cabane. Des bancs et une table accueillaient le visiteur qui s’arrêtait pour un instant de repos.
Un jour, Sylvie retira une pierre qui se trouvait sous sa cabane. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque l’eau lui apparut. Elle s’en servit pour arroser son jardin. Elle menait une existence heureuse et paisible. Elle parlait très rarement aux étrangers et se plaisait dans sa solitude.

Le dimanche 12 octobre 1924, des promeneurs trouvèrent Sylvie au pied d’une arbre. Elle gémissait, des personnes charitables l’emmenèrent à la clinique d’Opbrakel. Elle y décéda le 15 février 1928 vers 3H30 du matin.

Depuis lors, sa cabane, envahie par une folle végétation, tomba très rapidement en ruine.

Son souvenir et son histoire hantent toujours la mémoire des flobecquois. Aussi, l’administration communale décida de mettre ce souvenir plus proche de la réalité. Elle fit contruire cette nouvelle Cabane Sylvie, avec les mêmes types de matériaux. L’administration communale confia la réalisation du projet à l’architecte Luc Van Coppenolle.

Le couronnement de cette figure flobecquoises à été inauguré le 3 septembre par le ministre Grafe et le député-bourgmestre Denis D’hondt

Le Tétaïré

12341423_10207560246311716_3023626925059233093_nIl y avait autrefois, dans de nombreux villages du Gard et de l’Hérault un homme surnommé –lou tétaïré-. Son rôle consistait à téter le lait trop abondant. Souvent, en plus de l’enfant, la mère allaitait un petit chien.
Charles Gros, dans sa monographie sur le –Plateau du Somail-, nous donne quelques détails sur un téteur héraultais :

Si dans cette région, on méconnaît le service des praticiens dans un accouchement, on ne manque pas cependant de recourir aux service du tétaïre. Celui-ci excerce certainement une profession peu répandue en France.
Le tétaïré est un miséreux sans âge bien déterminé, qui parcourt le pays partout où on lui signale une naissance. Il est d’ailleurs bien informé et arrive toujours à temps. On sait combien est souvent difficile au nourrisson de prendre le sein pour le première fois. Le tétaïré est un façonnier à sa manière, qui, par des succions savantes et des lipages répétés, facilité la tâche future du jeune bébé.


©Livre : Claude Seignolle – Promenades à travers les traditions populaires languedociennes – Des Cévennes à la mer