Le Cactus Inébranlable Editions vous parle…

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S’abonner aux P’tits Cactus, c’est désormais possible !

 L’idée est simple : en 2018, un P’tit Cactus va paraître chaque mois, sauf en juillet et en août.

Dix ouvrages donc, certains signés par de nouveaux auteurs (Jane Agou, Sammy Sapin, Jean-Jacques Nuel…), et d’autres qui connaissent la maison (André Stas, Éric Dejaeger, Jean-Philippe Goossens…), toutes et tous des spécialistes de la formule brève qui fait mouche, la marque de fabrique de la collection.

L’idée de l’abonnement, c’est de vous permettre de recevoir chaque mois votre exemplaire livré par le facteur sifflotant de joie à l’idée de déposer dans votre boîte aux lettres un livre qui ne vient pas d’Amazon.

Dans cette collection, les ouvrages coûtent normalement 9 €, nous vous proposons l’abonnement d’un an pour 70 € et cela inclut les frais de timbre. Lire la suite

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Juliette Volcler – L’homme au magnétophone ou l’analyste en question

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« Je vous ai demandé de rentrer votre enregistreur. – Mais mon enregistreur, c’est pas une queue, vous savez. C’est un auditeur qui nous écoute avec beaucoup de bienveillance. »

Bruxelles, 1967, Jean-Jacques Abrahams, un artiste de 28 ans, se rend à sa séance de psychanalyse avec le psychiatre Jean-Louis Van Nypelseer, comme chaque semaine. « J’ai des comptes  à vous demander. Et des comptes importants. […] Et je ne vous les demande pas uniquement en mon nom. » Ses parents lui ont fait démarrer une thérapie quand il avait 14 ans. « Tout à l’heure vous avez commencé en parlant de faire face à mes fantasmes. J’aurais jamais pu faire face à quoi que ce soit, vous m’aviez obligé à vous tourner le dos. C’est pas comme ça qu’on peut guérir les gens. » Ce jour-là, Abrahams vient avec un enregistreur. «Au contraire, vous m’avez désappris le goût même d’essayer de vivre avec les autres […] Et c’est votre problème. C’est pour ça que vous mettez les gens comme ça. Parce que vous ne pouvez pas leur faire face. Et vous ne pouvez pas les guérir. Vous ne pouvez que leur refiler vos problèmes. » Le psychiatre refuse d’être enregistré, marmonne « Terminons là », proteste, annonce qu’il appelle la police. « Vous n’avez pas pu expliquer pourquoi vous ne vouliez pas d’enregistrement […] Parce que tout d’un coup je prenais les commandes de quelques chose, hein ? » Abrahams se moque, s’insurge, insiste. « Nous ne sortirons pas de ce huis clos tant que les choses ne seront pas plus claire. » Il est en train d’inventer les radios libres et les réseaux sociaux, le surgissement de mille voix, le déboulonnage de l’expertise traditionnelle : « Est-ce que vous ne vous rendez pas compte que vous êtes ridicule, tout d’un coup ? Qu’il y a quelque chose qui dépasse le moment présent ? » Le psychiatre veut partir, Abrahams assène : « Vous êtes un pitre sinistre. Vous esquivez. » Bruits de pas, voix contraintes par l’effort. « Violence physique ! » clame Van Nypelseer cinq fois. «Mais non c’est du théâtre. » Une fenêtre coulissante grince pendant de longues secondes en remontant. Abraham rit, incrédule, et le psychiatre crie dix-sept fois d’une voix aiguë : « Au secours ! » « Quel enregistrement rigolo ! » conclut le premier. Puis, alors que tout se calme :  « Nous allons commencer le procès de l’analyse. » Le psychiatre sort dans le couloir, fait appeler la police puis revient : « Je suis prêt à m’expliquer avec vous, sans enregistreur et devant des personnes capables de vous retenir. »  Il fait interner Abrahams à l’hôpital Brugmann. Celui-ci s’en évade par la fenêtre avant de fuir aux Etats-Unis. « Vous savez que nous écrivons un excellent chapitre de la psychanalyse en ce moment ? » En 1969, Sartre publie une transcriptions dans Les Temps modernes, occasionnant le départ de deux psychanalystes de la revue. « Je suis dangereux pour le médecin, pour le médecin sadique, par pour le petit Jean-Louis. » Sur l’avis de décès d’Abrahams, le 15 mai 2015, à Bruxelles, sa femme et ses enfants inscriront : « Jean-Jacques Abrahams, dit l’ – Homme au magnétophone -, docteur en droit de l’ULB, écrivain. »

©Texte : Article paru dans le premier numéro de la revue « Panthère Première »
net: http://pantherepremiere.org/
Plus d’infos sur le sujet (Analyse + Son): http://syntone.fr/pierre-yves-mace-ecoute-lhomme-au-magnetophone/
©Photo :  Joaquim Cauqueraumont

 

Elisabeth de Gramont – Mémoires *** Clair de Lune et Taxi-auto (Extrait) [1932]

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Je voyais souvent Oscar de Lübocz Milosz, poète lithuanien qui écrit en français. Il avait passé son enfance en de vieux châteaux où le temps garde toujours une odeur de moisi, et sa jeunesse dans les universités allemandes et dans les cafés parisiens. Leurs tables de marbre ont coupé les bustes de tant de révolutionnaires et de chefs d’Etat de l’Europe nouvelle ! Au bruit des boules des vieux billards de la rive gauche, des événements formidables furent conçus, et l’atmosphère de Paris entre six et huit heures du soir est une couveuse monstrueuse qui fait éclore parfois des poussins du nom de Lénine ou Trotsky, c’est là que Venitch rêva de la plus grande Serbie et Benesch d’une Tchéco-Slovaquie. Milosz connaissait l’Allemagne, la Russie, cette immense pulpe sans noyau qu’une main vigoureuse peut aisément aplatir et modifier, et il prévoyait presque les événements de 1917. D’après lui, la raison profonde de la guerre de 1914 a été l’anéantissement de ces trois anachronismes : le tzar et les deux empereurs. Lire la suite

Jacques Izoard – Mots maudits sans mot dire ou dictons qui prennent eau de toutes parts

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« Nuage n’est que nuage si le ciel bat de l’aile. »

« Lapereau sous la paume. L’enfance y palpite. »

« La suie est la sœur. Le sable est le frère. »

Touche la petite haleine qu’un miroir ternit. »

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J. Vingtergnier – Dame seule [1923]

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Par un beau soir de Septembre
Olga lasse de lumière
à son heure coutumière
s’est enfermée dans sa chambre.
Mais le souvenir la hante
du soleil de la Riva
et de l’ombre du Ghetto.

Insomnie des nuits d’hôtel
au bassin Cavaletto!

Soupir voisin d’une amante!

« Et moi, serais-je moins belle
quand mon ami n’est pas là? »

Étreinte de l’oreiller
Désir ardent de caresses
qui vous retient éveillé.
Sur sa poitrine elle presse
La nuit chaude et langoureuse.
Oh! torpeur délicieuse!
Lent plaisir des solitaires!
Un spasme bref de la chair
et puis dans la chambre grise
la chute d’une âme éprise
du velours de son baiser.
De l’excès de son bonheur
en abîme extatique…

Au bruit lointain du moteur
d’un invisible moustique.

©Livre: J. Vingtergnier – Ronds de fumée Poèmes [Bruxelles // 1923]
©Illustration : Pierre de Vaucleroy

Paul Dewalhens – Cymbalum Mundi (Extraits) [1970]

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PHILEMON

Il était né avec des boyaux d’un vascularisme rhapsodial. Le cal mal placé sur la fessedroite, héritage de congénitalesque mascarade, l’incommodait et le portait à invectiver l’almanach à toute heure du jour. Il se nourrissait de condiments mauresques et de fruits de l’arbre à faune. Les perles, disait-il, sont aussi bien mangées par les cochons que par un président de tribunal de première instance. Il sentait la vie jusqu’au raglan et savait que les exigences sont faites de corps-de-garde et d’hommes-à-fleurs. Héla! Il avait la bourse sèche comme un rebec!

UN HOMME

Arthur a tout ce qu’il faut pour être heureux: des affaires qui prospèrent, une femme aimante et économe, des enfants qui ne boudent pas à la besogne, des propriétés, des argents.
– Comment vas-tu, Arthur?
– Mal, je m’emmerde!

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Jean-Marie Van Coppenolle – C’est pas avec l’insémination artificielle qu’on va au septième ciel…

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Bonjour, vos n’me counichè nî
C’eust mi l’petit’ vaque noûre et blanque
Qu’elle eust souvé à patrouillî
Su l’grande pasteur de l’césse de l’planque

Si j’ai lèyî l’césse de m’patron
Pou v’nu scrînè avu vous aut’es
C’eust qu’j’ai bî des r’vendications
A proposè: j’vas l’fé sans faute

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L’agenda des mots : Tusitala se raconte avec des mots d’éditeurs au magasin d’histoires [16 novembre 2017 // 20H00 – 23H00]

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Des mots d’éditeurs sont une série de rencontres littéraires itinérantes et éphémères. L’idée est de mettre en évidence le travail souvent peu connu et pourtant formidable de petites maisons d’éditions indépendante.Chaque rencontre se tiendra dans un lieu inattendu et insolite qui, fera office de librairie éphémère d’un soir dont les étagères ne seront remplies que par les livres de l’éditeur invité.

Le jeudi 16 novembre à 20h les éditions Tusitala investiront le magasin d’histoires

Plus d’infos: https://www.eventbrite.fr/e/billets-tusitala-se-raconte-avec-des-mots-dediteurs-au-magasin-dhistoires-39183098703

 

Roger Vailland – 325 000 Francs (Extraits) [1955]

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Marie-Jeanne est lingère. Elle coud ou brode toute la journée, assise près de la fenêtre. Elle habite le seul baraquement de la Cité Morel qui se trouve en bordure de la route de Saint-Claude. Ainsi les passants la voient tout au long de l’année, assise bien droite sur une chaise de paille à haut dossier, maniant des choses délicates, du linon, de la soie, de la batiste, rien que des blancheurs où ses ongles vernis posent des taches de rouge vif.

L’air sentait bon l’herbe mouillée, la terre chaude. De grosses gouttes d’eau coulaient lentement sur les feuilles des grandes gentianes.

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Alexandre Lemonier, Ervin Karp & Donald Pratt – 6|5 (Extraits) [2013]

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Mon nouveau bureau se trouve au Imperium 315, Cranes Farm Road, dans cette petite localité de la banlieue londonienne qu’est Basildon, ville-dortoir de peu d’intérêt, si ce n’est qu’elle est la ville d’origine d’un groupe visiblement fort prisé par les humains du nom de Depeche Mode. Cranes Farm Road a été retenue en raison de sa discrétion – aucun logo d’ailleurs ne signale la présence des marchés -, parce que s’y trouvait un ancien bâtiment dédié au stockage de marchandises grand comme six stades de football, qu’Euronext a pu recycler en forteresse en ne gardant que les murs extérieurs, mais surtout pour des questions de sécurité: aucun risque d’inondation, et aucun couloir aérien  proximité – de toute manière, même si un anticapitaliste kamikaze avait en tête de s’écraser avec un avion sur ce world trade center, les murs de 4 mètres d’épaisseur cachés par la structure extérieure du bâtiment résisteraient sans aucune difficulté, sans compter les 7000 tonnes d’acier utilisées pour la structure intérieure du bâtiment, dont le moindre recoin est équipé de caméra de surveillance qui tournent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

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Jean-Claude Roulet – Portraits en trompe-mots (Extraits) [1994]

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Douterait-on qu’elle fût vierge,
Marie l’étalagiste? Le zodiaque en
fait foi. Fille-mère irréprochable, si
elle conçoit, divinement, des crèches
pour Noël c’est que rien n’est trop
beau pour son fils unique.

Languide, près du thé refroidi,
Madeleine grignote de molles
biscottes et goûte Proust, peu,
mais assez pour pleurnicher sur
un temps révolu. Un présent
séchera-t-il ses larmes? Lire la suite

Jean Stiénon du Pré – Pensées (Extraits) [1966]

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« Les souvenirs lointains perdent leurs contours; de là, leur étendue. »

« Les fruits rares reposent sur la paille; les artistes également. »

« Il en va de certaines vies comme de certains tableaux : elles ne valent que par les détails. »

« Le pain le meilleur peut renfermer une blatte. »

« C’est en marchant à l’ombre qu’on apprécie l’été. »

« La main fine, non la bague, mérite l’écrin. »

« Je ne suis heureux qu’attelé; l’écurie me dégoûte. »

« La solitude est un verre d’eau où fond un morceau de sucre. »

« La flamme n’a pas toujours l’éclat du chandelier. »

« On peut additionner les chiffres; on n’en découvre pas l’essence. »

« La vertu est un glaive dont on ne voit que la garde. »

« On aime caresser la plume d’une flèche. »

« Va-t-on perdre sa route, une croix vous l’indique. »

« La mer embrumée respire par les bouées. »

« Quand passent les nuages, on regarde le ciel. »

« Qui tient le milieu de la route, ne cueille pas les fleurs. »

« Parfois les bras de la croix qu’il porte en lui sont tels, que l’homme ne peut joindre les mains. »

« L’esprit brûle, toutes portes ouvertes. »

©Livre : Jean Stiénon du Pré – Magnificence [Editions des artistes // 1966]
Bijou : Artiste : Margaux Lange
net: http://www.margauxlange.com

 

Marie Depussé – Dieu gît dans les détails / La Borde, un asile (Extrait) [2014]

Jean Dubuffet - Large Black Landscape, 1946 (Left) and L Homme a la Rose, 1949 (Right)

POUSSIÈRE

Des gens haineux disent parfois « Mais ici, c’est sale. »

Savent-ils que le corps des malades mentaux, que leurs gestes, effritent l’espace au lieu de l’habiter, en une desquamation monotone qui remplit les cendriers, fait déborder les chiottes, salit, efface la grâce des objets, pulvérise ? Qu’ils ont besoin, souvent, de la poussière qui les protège de la violence du jour, de celles des autres, et qu’il faut faire très doucement quand on balaye ?

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