Pierre Chabert – Les sales bêtes (Extraits) [1968]

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SALES BÊTES

Animaux en sucre, petits animaux de tout repos, même les loups sont herbivores. Gentil Dalléas, t’es l’ami des bêtes. Moi, je connais que la sale bête, je la fréquente pas, je la recherche pas, faut l’avouer,  mais elle se pointe quand même, toute seule et spontanée. Elle vient se frotter à ma veste avant de me faire quelque saloperie, elle me choisit. Note bien que la sale bête, on ne la décourage pas comme il faudrait, on ne la repousse pas, on l’admire bien au fond, on la trouve originale, audacieuse, adorable. La sale bête a du caractère, c’est connu, elle ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle s’avance avec son cri spécifique, son mufle, son bec, sa corne, et l’on se récrie, qu’elle est drôle, ma foi. Ou même on se promène dans un tapis craquant de sales bêtes plates qui ouvrent des mâchoires de cinquante centimètres, et font clac à un doigt de vos mollets. O caresser la toison écailleuse des dangereuses bêtes, quand la famille devient monotone, qu’en dis-tu, ma fille? Lire la suite

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Jean-Paul Thaulez – Le théorème du pitre (Extraits) [2001]

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(Hommage à Jean-Paul Thaulez, auteur belge d’aphorismes décédé au mois de février.)

 

« Dans la cage aux dompteurs, le lion pète d’effroi. »

« La labrador, des labrarêves. »

« J’ai fait mieux qu’Armstrong: j’ai été dans la Lune,
Et j’y ai laissé mon chapeau. » Lire la suite

Deux femmes au bord des mots…

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Éliane Polsky – Narcisse

J’ai fait aujourd’hui mes gestes de chatte au soleil
J’ai humé mes cheveux à l’odeur de santal
J’ai souri au miroir
Parce qu’il y avait une mer d’ambre dans mes yeux
et que mes mains étaient légères et nacrées. Lire la suite

À propos de…(12) Identité (poème d’Achille Chavée) (Par Robert Delieu)

BELGIUM. Brussels. 1982

 Achille Chavée – Identité

J’étais à ce moment-là au Centre Dramatique de Wallonie et nous avions créé à Binche « La mise à mort » de Gérard Prévost. Après le spectacle, nous sommes rendus dans une friture (nous étions avec quelques copains… Béchet… Prévost était là). Et puis Chavée s’est amené, un peu éméché, il est venu me trouver et m’a dit : «  Delieu, je viens d’écrire un merveilleux poème, tu vas me le lire, je ne sais pas ce qu’il donne ». Il sortit de sa poche une feuille crasseuse, du « papier de beurre »… il y avait griffonné « Identité » en entier, tout le poème. Il était très bouillant, il m’a dit « Allez, lis-moi ce poème, tout de suite, vas-y fonce ». Et puis dans cette friture on a assisté à une chose incroyable…

Imaginez la petite friture binchoise, avec des clients qui se demandaient ce qui se passait. On a assisté à une chose incroyable : voir le poète Chavée qui était là, à côté de Gérard Prévost, de Béchet, des amis qui étaient là, des comédiens, les clients de la friture… tout ce monde s’est tu pendant cinq à six minutes pour écouter ce poème.

Là… là, il s’est passé quelque chose

Robert Delieu, cité dans « Achille Chavée, poète de l’immanence (Arezki Mokrane / 1972)

Jacques Sternberg – Vivre en survivant / Démission, démerde, dérive (Extraits) [1977]

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Qui donc a affirmé que l’esclavage avait été aboli sur cette terre ? Et sur quoi se base-t-on pour affirmer cela ? Que sont ces milliards de salariés à bas prix, condamnés au silence forcé, au zèle à perpétuité, à la réclusion durant huit heures par jour, sinon des esclaves ? On dit que l’esclavage n’a plus cours pour truquer les cartes, créer du mirage, ne pas éclabousser le système, ce qui entraverait la bonne marche des affaires, donc la marche triomphale du monde. Tout ce qui fait la gloire et la puissance, la fierté de l’insolence des patries – ces gros patrons – découle en effet de l’efficience, du fric, du rendement, du bénéfice, donc du travail. Pas pour rien que ce mythe sacré est celui qui est le mieux protégé. Le plus sûrement aspergé de guirlandes et de sucre candi par la morale, la religion, la justice, le bon sens et l’ordre social. Pas pour rien non plus que les employeurs, tout en les méprisant et en les exploitant, craignent leurs salariés comme la peste noire : eux seuls, en cessant de travailler, en déposant la pelle, le tampon ou la truelle, peuvent provoquer l’écroulement de tout un monde, l’explosion de tout un échafaudage. Même les révolutions ne peuvent pas dynamiter le mythe du travail : quand elles réussissent, on change simplement de patron, l’Etat tout-puissant remplace le rapace patron privé, on travaille aussi dur pour un salaire de famine sous la bannière sacrée du prolétariat divin, et il faut la boucler sous prétexte que tout écart de langage peut nuire au Bien du Peuple.
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Michel Cattin – Fragments de lettres jamais adressées à Charlotte.

The Color Printer A Treatise on the Use of Colors – John Franklin Earhart [1892]

« Si tu venais en moi, tu serais surprise de te rencontrer. »

« On passe le plus clair de son temps à le noircir »

« Ce qui déclenche la haine pour un être, ce ne sont pas les pensées qu’il a, mais bien celles qu’on lui prête. »

« Déshabillez les mots leur nudité vous surprendra. » Lire la suite

À propos de…(11) René Char ( Par Paul Veyne)

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Un accent provençal à couper au couteau, une conversation raffinée, un vocabulaire choisi, beaucoup de politesse et un léger parfum d’eau de toilette qu’on percevait par bouffées. Ce colosse colérique et conquérant, aux yeux méditatifs et bons, parlait d’égal à égal aux petits comme aux grands, ne pontifiait pas, était éperdument généreux, violemment sympathique et à peu près invivable. Lire la suite

Chez les autres (4)… Revue Catastrophes.

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 Catastrophes : écritures sérielles & boum

Présentation par Tristan Hordé: https://www.sitaudis.fr/Parutions/catastrophes-revue-numerique-de-poesie.php

« Contrairement à ce que l’on pourrait penser, très peu de revues exclusivement consacrées à la publication de poèmes sont publiées sur internet, comme par exemple, « Ce qui reste. « Catastrophes », depuis octobre, a fait ce pari : pas de notes de lecture, pas de commentaires, seulement un éditorial en accord avec le titre retenu pour chaque livraison : « Octobre 17 », « Zombies ou fantômes », « Noël au ball-trap », « Hautes résolutions », « L’esprit du bas ». Chaque fois, les textes sont regroupés en ensembles dont la désignation n’est pas faite, volontairement, pour orienter le lecteur, mais participe de l’esprit de la revue ; qu’on en juge : pour le premier numéro, « Boum », « Tilt », « Shebam », « Dring », « Wizzzz », pour le dernier, « fous », « lubriques », « cornards », « bateleurs ». De plus, des poèmes publiés en feuilleton passent dans des rubriques différentes d’un mois à l’autre. »

L’agenda des mots : LA PLUS GRANDE CHASSE AUX LIVRES DE BRUXELLES [18 février – 25 février]

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En 2016, la Foire s’était associée à la Première RTBF et Visit.brussels pour proposer des bibliothèques éphémères dans différents lieux de la capitale. Cette année, nous allons encore plus loin dans notre objectif de démocratisation de la culture avec un projet ludique et familial. Les chasseurs de livres constituent une communauté née sur les réseaux sociaux dans le but d’encourager le partage et la découverte autour de la lecture. Pour cette nouvelle édition, la Foire s’inspire de cette belle initiative pour proposer la plus grande Chasse aux livres de Bruxelles. Plus de 1.000 livres seront cachés entre le 18 et le 25 février dans différents quartiers de la capitale. Chaque jour, des centaines de livres seront donc mis à disposition du public, dès 10h30.

Pour participer, rien de plus simple : il suffit de télécharger l’application de géolocalisation Neareo. Celle-ci vous permettra de trouver l’endroit exact où se trouvent les livres et vous avertit si vous passez près de l’un d’eux.

Plus d’infos: http://flb.be/la-plus-grande-chasse-aux-livres-de-bruxelles/

Facebook: https://www.facebook.com/events/1161466364018648/

Oeuvre (Photographie) :  Mazrie Montard

Inédits (6)… André Stas & Eric Dejaeger – SOrNETS (IX)

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Fort nerveuse, elle attend, pâle, sur le divan,
Rêveuse, hystérique, paranoligophrène,
Edmund aka Sigmund, aux trois quarts schizophrène,
Un géant la poursuit, bâti comme Cravan.

Détends-toi ! Je te prends le surmoi par devant.
Je suis trop pressé à ton avis, hébéphrène !
Ulule tant et plus, il n’est rien qui me phrène,
Ne crains pas de tenter ce trip très captivant.

Gentille montre-toi, qu’à fond je te consulte,
Laisse-moi te fouiller pour qu’après je t’insulte
Ainsi que tous les psys attendant leur cachet.

Caractériel émoi qui tes tripes convulse !
Anorexique, allez, vomis dans ce sachet !
Ne crains rien, fais-moi tout, ton âme se révulse.

©André Stas & Eric Dejaeger (http://courttoujours.hautetfort.com/)
Illustration de Jean-Paul Verstraeten
Extrait de SOrNETS, recueil sextumane en chantier
soRnets (sornet : masculin de sornette, sonnet classique avec acrostiche)

 

Le jazz de Robert Goffin (1) – Sidney Bechet

sidney bechet

Quelle femme fleurit dans les rhododendrons
Sous la pluie aux clairières de Louisiane
Déjà le bruit du vent meurt dans les saxophones
Sous quel baiser nocturne ont noirci les sureaux
Des têtes d’astrakan sentent battre la jungle
Ils portent l’horizon d’un rythme maléfique
Et leurs lèvres sont bleues à force de nuits blanches Lire la suite

Extraits du hasard (7)

(Des extraits trouvés au hasard d’un site internet, d’un partage sur Facebook, d’une citation dans un livre, une référence dans un film…)

mode homme moderne

« Dans une société qui ne sait plus rien de l’Ascète, ni du Guerrier; dans une société où les mains des derniers aristocrates semblent faites davantage pour des raquettes de tennis ou des shakers de cocktails que pour des épées ou des sceptres; dans une société où le type de l’homme viril – quand il ne s’identifie pas à la larve blafarde appelée “intellectuel” ou “professeur”, au fantoche narcissique dénommé “artiste”, ou à cette petite machine affairée qu’est le banquier ou le politicien – est représenté par le boxeur ou l’acteur de cinéma; dans une telle société, il était naturel que la femme se révoltât »

©Livre : Julius Evola – Révolte contre le monde moderne, XX “Homme et femme”, 1934

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Inédits (5)… André Stas & Eric Dejaeger – SOrNETS (II)

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Eh ! vous l’avez élu, ne venez pas vous plaindre
Même si ce qu’il fait n’est pas pour vous ravir.
Marine ce fut non, qui eût su mieux sévir.
Avec le beau Manu, avez-vous moins à craindre ?

N’en doutez pas, il sait à douiller vous contraindre.
Un chouia de patience, il va vous asservir
Et très bientôt son goût du pouvoir assouvir.
La matrolygnagnie, il aime à s’y astreindre.

Maîtresse puis épouse, un fort bel amour fou.
Avec un pareil couple amoureux de Corfou,
C’est sûr que les people auront saines lectures.

Rien vous ne sauverez, c’est plutôt décevant.
On aura beau vous voir perdus en conjectures,
Nous, c’est : chacun sa merdre ! Allez donc de l’avant !

©André Stas & Eric Dejaeger (http://courttoujours.hautetfort.com/)
Illustration de Jean-Paul Verstraeten
Extrait de SOrNETS, recueil sextumane en chantier
soRnets (sornet : masculin de sornette, sonnet classique avec acrostiche)

 

Valentine Goby – « Je me promets d’éclatantes revanches » (Extraits) [2017]

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Depuis l’enfance, la littérature ne m’est jamais apparue comme un divertissent, une chance de métamorphose, de projection dans des formes et des voix étrangères. Sous les fleurs du papier peint de ma chambre, ce n’est pas quitter la pièce que j’ai voulu, la maison, le village, m’échapper hors du monde connu; au contraire, tous mes voyages littéraires ont été intérieurs. J’ai reconnu en moi l’ennui de Madame Bovary en sa province triste, en moi le désir de fugue du Grand Meaulnes, en moi la foi aveugle de l’amoureuse Ariane dans Belle du Seigneur, en moi la colère des mineurs de Zola devant l’injustice; ils ont surgi comme autant de trésors enfouis, enfin débusqués. Je me revois, petite fille, chauffer à l’ampoule d’une lampe une lettre écrite au jus de citron, jusqu’à ce qu’apparaisse le message caché. La littérature n’a eu d’autre mission que sonder mes cavernes, allumer des torches. Lire a été non une quête d’exotisme mais une entreprise d’excavation: la révélation de ce qui me relie intimement au monde; me coule dans sa respiration; me fait une semblable.

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Paul Rameau – Gris (passages) (Extrait)

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[…] Innocente est la beauté qui commence avec des raisons. Que l’on devine amantes ou inconnues. La rue est l’épaisseur du moment. Le temps qu’elle fait dépend de ceux qui l’aggravent. Le pavé recule  ers l’industrie. Du fer roule d’esprit en esprit. Des femmes récoltent le sirop des tissus dont l’aigreur rappelle le sommeil au danger des hommes. Et ceux-là ne rentrent qu’avec deux grammes de pouvoir sur les fumées. Certaines ont planté leur croix et enfanté. Ici c’est la tourbe c’est le calcul c’est la rage c’est un glissement d’époque dans les voix. Ici on fait sonner ce qu’on rompt. Lire la suite

Henri Nouveau – Pensées et Aphorismes (Extraits) [1970]

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« Penser, ce n’est pas réfléchir mais devancer. »

« Remarque : au cinquième étage, sur un piano désaccordé, quelqu’un joue du Chopin. C’est atroce. Se pourrait-il que mes nerfs fussent semblablement mal accordés, et que la vie, en jouant sur eux, produisît une aussi atroce musique? »

« – O vie, laisse-moi! Je te bénis quand même! » Lire la suite

Fables de La Fontaine interprétées par Coco Lulu (Extraits)

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Trintje et el’ cruch’ avec du lait
(à Fredje Mabille)

Trintje allait porter z’en ville
Un’ cruch’ avec du lait…
Et comm’ toujours ça s’fait
Y gn’avait plus’ du l’eau que du lait
Dans l’ cruch’ de cett’brav’ file… Lire la suite

Jacques Sojcher – Éros errant (extraits) [2016]

Imogen Cunningham

Tu aimes le mot Femme.
Son orgasme fait trembler
la langue.
Tu envoies des cartes postales
urbi et orbi.
C’est une déclaration.
Peu de femmes restent
insensibles
à ce geste délicat.

Tu quittes les bras de Sophie
pour ceux de Marie.
Tu te retrouves dans le lit d’Angèle.
Félicienne arrive de son village natal,
Frida de la frontière avec l’Allemagne.
Tu n’as jamais connu d’Indienne,
de Japonaise au masque souriant.
Ta géographie féminine a des lacunes.
Ta vie te semble très locale.

Tu lui propose d’être l’intérimaire
Pendant l’absence de son mari.
Elle ne te dit ni oui ni non.
Tu la soupçonnes d’être volage.
C’est un secret visible
sur son visage.
Le désir aime la jalousie
et peut-être la trahison.

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