Les livres de la liste -ACHATS- chez « Des mots en passage »

RYOKÂN – Poèmes de l’Hermitage
JEAN-LUC SARRE – Apostumes
OSSIP MANDELSTAM – Oeuvres complètes

KENNETH GOLDSMITH – L’écriture sans écriture – du langage à l’âge numérique

ALEXANDRE GEFEN – Réparer le monde / La littérature française face au XXIe siècle

WILLIAM HAZLITT – Sur l’amour de la vie et autres essais
BENJAMIN PÉRET – Les arts primitifs et populaires au Brésil

GUILLAUME MEURICE – Cosme

PAUL ARON – Une histoire du théâtre belge de langue française

  • Aux éditions Misma: http://www.misma.fr/

ANNE SIMON – Boris l’enfant patate

  • Aux éditions La Joie De Lire: https://www.lajoiedelire.ch

ADRIENNE BARMAN – Drôle d’encyclopédie végétale

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Julio Cortazar – L’homme à l’affût (Extraits) [1963]

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J’ai raconté ça une fois à Jim et il m’a dit que tout le monde éprouve la même chose dès qu’on commence à s’abstraire… C’est ce qu’il a dit : « Dès qu’on commence à s’abstraire. » Mais je ne m’abstrais pas moi, quand je joue. Je change simplement d’endroit. C’est comme dans l’ascenseur : tu es là, tu parles avec des gens, tu ne sens rien d’extraordinaire et pendant ce temps tu passes le premier étage, le dixième, le vingtième et la ville reste là-bas, dans le fond, et toi tu es en train de finir la phrase que tu avais commencée au rez-de-chaussée, et entre les premiers mots et les derniers il y a cinquante-deux étages. J’ai compris, quand j’ai commencé à jouer, que j’entrais dans un ascenseur mais c’était l’ascenseur du temps, tu saisis? Ne crois pas que j’en oubliais l’hypothèque ou la religion. Seulement, à ces moments-là, l’hypothèque et la religion, c’était comme les vêtements qu’on n’a pas sur le dos. Je sais que le costume est là, dans le placard, mais ne viens pas me dire qu’il existe quand je suis en pyjama. Le costume existe quand je le mets et l’hypothèque et la religion existaient quand je m’arrêtais de jouer et que la vieille arrivait avec ses cheveux dans la figure et se plaignait que je lui cassais la tête avec cette musique du diable

– Cette question du temps est compliquée, je n’arrive pas à m’en débarrasser. Je commence à comprendre que le temps n’est pas une bourse qu’on remplit à mesure qu’elle se vide. Il n’y a qu’une certaine somme de temps et après ça, adieu. Tu vois, Bruno? On peut y mettre deux costumes et deux paires de chaussures; eh bien imagine que tu les enlèves et qu’au moment de les remettre tu t’aperçoives qu’il n’y entre qu’un costume et qu’une paire de chaussures. Mais c’st pas ça le mieux, le mieux c’est quand tu comprends tout d’un coup que tu peux mettre une boutique entière dans la valise, des centaines et des centaines de costumes comme toute cette musique que je mets dans le temps, parfois, quand je joue: la musique et ce que je pense dans le métro.

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Jean-Marie Blas de Roblès – Là où les tigres sont chez eux (Extraits) [réédition 2016]

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Elle croyait l’entendre encore : « La science n’est qu’une idéologie parmi les autres, ni plus ni moins efficace que n’importe quelle autre de ses semblables. Elle agit simplement sur des domaines différents, mais en manquant la vérité avec autant de marge que la religion ou la politique. Envoyer un missionnaire convertir les Chinois ou un cosmonaute sur la Lune, c’est exactement la même chose : cela part d’une volonté identique de régir le monde, de le confiner dans les limites d’un savoir doctrinaire et qui se pose chaque fois comme définitif. Aussi improbable que cela ait pu apparaître, François-Xavier arrive en Asie et convertit effectivement des milliers de Chinois, l’Américain Armstrong – un militaire, entre parenthèses, si tu vois ce que je veux dire… – foule aux pieds le vieux mythe lunaire, mais en quoi ces deux actions nous apportent-elles autre chose qu’elles mêmes? Elles ne nous apprennent rien. Puisqu’elles se contentent d’entériner quelque chose que nous savions déjà, à savoir que les Chinois sont convertibles et la lune foulable

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L’agenda des mots : SOPHIE PODOLSKI – Le pays où tout est permis [20 Janvier – 01 Avril 2018 au Wiels]

WIELS présente la toute première exposition dédiée à l’artiste belge Sophie Podolski. Son travail est emblématique d’une époque marquée par la libération sexuelle, l’antipsychiatrie et un désenchantement de la jeunesse. En seulement quelques années (entre 1968 et 1974, date de son suicide à l’âge de 21 ans), elle a produit une œuvre graphique remarquable, ainsi qu’un livre : Le pays où tout est permis en 1972. Cette jeune savante autodidacte a écrit dans un style expressif et provocateur, sans retenue, sur la vie, la culture populaire et le conformisme de la société.

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Plus d’infos: http://www.wiels.org/fr/exhibitions/1063/Sophie-Podolski–Le-pays-o%C3%B9-tout-est-permis

 

À propos de…(13) André Frédérique ( Par Alexandre Vialatte)

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« Son amitié, son rire étaient indifférence, détachement. Il est mort de distance, à force d’être déjà loin et de s’en donner les plaisirs. Il est mort du besoin d’être absent, de ne plus faire semblant d’être là. De se procurer la poésie d’une perspective lointaine; jusqu’au vertige. Détaché, détaché. Comme un chien qui a rompu sa laisse. Ensuite, comme un bateau qui a brisé son amarre; enfin comme un ballon qui a jeté son dernier lest.

Qui sait combien de temps il s’est servi sa mort, comme un banquet à un satrape? Combien de temps il en a profité? L’histoire était intéressante; elle renouvelait l’aspect des choses; il a dû longtemps se la raconter… »

Alexandre Vialatte cité par Hubert Juin dans « Poètes maudits d’aujourd’hui 1946/1977 » [Seghers // 1979]
Peinture : James McNaught

Marcel Moreau – Morale des épicentres (Extraits) [2004]

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Ecrire me plongeait la tête dans mes entrailles. Puis c’est tout le corps verbal qui suivant, accroupi, ou agenouillé en elles. A ce prix, j’avais droit à une Muse, de noir vêtue. Mon corps verbal était un contorsionniste, dans mon corps charnel. Il le fallait, en raison des méandres. Mes tripes étaient les épousées de mes mots. Je ne vous raconterai pas ces noces. C’est déjà fait. Elles se sentent plus qu’elles ne se narrent. Cette oeuvre à une odeur. Elle se lit par les narines autant qu’avec les yeux, me disais-je.

Dans le dialogues, trop de boucliers, trop d’armures protègent la pensée de son authenticité. On se parle non pour agrandir sa conscience, mais pour la confirmer dans ses peurs, ses limites, le confort de savoir ce qu’elle sait, au lieu qu’elle se porte au-delà de ce qu’elle sait. Si le dialogue n’est pas une aventure dans l’inconnu, alors, il n’est qu’une conversation dont on connaît d’avance les moyens et les fins. Nous n’irons pas plus loin que ce que nous croyons que nous sommes. Nous ne sommes pas assez, mais il vaut mieux ne pas quitter les chemins balisés où nous nous résignons à ne pas être plus que ce pas assez. Quand à être trop n’y songeons pas. C’est tellement dangereux, et c’est contre-indiqué pour les lois de l’équilibre, si chers à la spiritualité moderne et triomphante.

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Pierre Chabert – Les sales bêtes (Extraits) [1968]

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Animaux en sucre, petits animaux de tout repos, même les loups sont herbivores. Gentil Dalléas, t’es l’ami des bêtes. Moi, je connais que la sale bête, je la fréquente pas, je la recherche pas, faut l’avouer,  mais elle se pointe quand même, toute seule et spontanée. Elle vient se frotter à ma veste avant de me faire quelque saloperie, elle me choisit. Note bien que la sale bête, on ne la décourage pas comme il faudrait, on ne la repousse pas, on l’admire bien au fond, on la trouve originale, audacieuse, adorable. La sale bête a du caractère, c’est connu, elle ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle s’avance avec son cri spécifique, son mufle, son bec, sa corne, et l’on se récrie, qu’elle est drôle, ma foi. Ou même on se promène dans un tapis craquant de sales bêtes plates qui ouvrent des mâchoires de cinquante centimètres, et font clac à un doigt de vos mollets. O caresser la toison écailleuse des dangereuses bêtes, quand la famille devient monotone, qu’en dis-tu, ma fille? Lire la suite

Jean-Paul Thaulez – Le théorème du pitre (Extraits) [2001]

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(Hommage à Jean-Paul Thaulez, auteur belge d’aphorismes décédé au mois de février.)

 

« Dans la cage aux dompteurs, le lion pète d’effroi. »

« La labrador, des labrarêves. »

« J’ai fait mieux qu’Armstrong: j’ai été dans la Lune,
Et j’y ai laissé mon chapeau. » Lire la suite

Deux femmes au bord des mots…

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Éliane Polsky – Narcisse

J’ai fait aujourd’hui mes gestes de chatte au soleil
J’ai humé mes cheveux à l’odeur de santal
J’ai souri au miroir
Parce qu’il y avait une mer d’ambre dans mes yeux
et que mes mains étaient légères et nacrées. Lire la suite

À propos de…(12) Identité (poème d’Achille Chavée) (Par Robert Delieu)

BELGIUM. Brussels. 1982

 Achille Chavée – Identité

J’étais à ce moment-là au Centre Dramatique de Wallonie et nous avions créé à Binche « La mise à mort » de Gérard Prévost. Après le spectacle, nous sommes rendus dans une friture (nous étions avec quelques copains… Béchet… Prévost était là). Et puis Chavée s’est amené, un peu éméché, il est venu me trouver et m’a dit : «  Delieu, je viens d’écrire un merveilleux poème, tu vas me le lire, je ne sais pas ce qu’il donne ». Il sortit de sa poche une feuille crasseuse, du « papier de beurre »… il y avait griffonné « Identité » en entier, tout le poème. Il était très bouillant, il m’a dit « Allez, lis-moi ce poème, tout de suite, vas-y fonce ». Et puis dans cette friture on a assisté à une chose incroyable…

Imaginez la petite friture binchoise, avec des clients qui se demandaient ce qui se passait. On a assisté à une chose incroyable : voir le poète Chavée qui était là, à côté de Gérard Prévost, de Béchet, des amis qui étaient là, des comédiens, les clients de la friture… tout ce monde s’est tu pendant cinq à six minutes pour écouter ce poème.

Là… là, il s’est passé quelque chose

Robert Delieu, cité dans « Achille Chavée, poète de l’immanence (Arezki Mokrane / 1972)

Jacques Sternberg – Vivre en survivant / Démission, démerde, dérive (Extraits) [1977]

Hay Editor! Caption this - the Penguins

Qui donc a affirmé que l’esclavage avait été aboli sur cette terre ? Et sur quoi se base-t-on pour affirmer cela ? Que sont ces milliards de salariés à bas prix, condamnés au silence forcé, au zèle à perpétuité, à la réclusion durant huit heures par jour, sinon des esclaves ? On dit que l’esclavage n’a plus cours pour truquer les cartes, créer du mirage, ne pas éclabousser le système, ce qui entraverait la bonne marche des affaires, donc la marche triomphale du monde. Tout ce qui fait la gloire et la puissance, la fierté de l’insolence des patries – ces gros patrons – découle en effet de l’efficience, du fric, du rendement, du bénéfice, donc du travail. Pas pour rien que ce mythe sacré est celui qui est le mieux protégé. Le plus sûrement aspergé de guirlandes et de sucre candi par la morale, la religion, la justice, le bon sens et l’ordre social. Pas pour rien non plus que les employeurs, tout en les méprisant et en les exploitant, craignent leurs salariés comme la peste noire : eux seuls, en cessant de travailler, en déposant la pelle, le tampon ou la truelle, peuvent provoquer l’écroulement de tout un monde, l’explosion de tout un échafaudage. Même les révolutions ne peuvent pas dynamiter le mythe du travail : quand elles réussissent, on change simplement de patron, l’Etat tout-puissant remplace le rapace patron privé, on travaille aussi dur pour un salaire de famine sous la bannière sacrée du prolétariat divin, et il faut la boucler sous prétexte que tout écart de langage peut nuire au Bien du Peuple.
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Michel Cattin – Fragments de lettres jamais adressées à Charlotte.

The Color Printer A Treatise on the Use of Colors – John Franklin Earhart [1892]

« Si tu venais en moi, tu serais surprise de te rencontrer. »

« On passe le plus clair de son temps à le noircir »

« Ce qui déclenche la haine pour un être, ce ne sont pas les pensées qu’il a, mais bien celles qu’on lui prête. »

« Déshabillez les mots leur nudité vous surprendra. » Lire la suite

À propos de…(11) René Char ( Par Paul Veyne)

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Un accent provençal à couper au couteau, une conversation raffinée, un vocabulaire choisi, beaucoup de politesse et un léger parfum d’eau de toilette qu’on percevait par bouffées. Ce colosse colérique et conquérant, aux yeux méditatifs et bons, parlait d’égal à égal aux petits comme aux grands, ne pontifiait pas, était éperdument généreux, violemment sympathique et à peu près invivable. Lire la suite

Chez les autres (4)… Revue Catastrophes.

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 Catastrophes : écritures sérielles & boum

Présentation par Tristan Hordé: https://www.sitaudis.fr/Parutions/catastrophes-revue-numerique-de-poesie.php

« Contrairement à ce que l’on pourrait penser, très peu de revues exclusivement consacrées à la publication de poèmes sont publiées sur internet, comme par exemple, « Ce qui reste. « Catastrophes », depuis octobre, a fait ce pari : pas de notes de lecture, pas de commentaires, seulement un éditorial en accord avec le titre retenu pour chaque livraison : « Octobre 17 », « Zombies ou fantômes », « Noël au ball-trap », « Hautes résolutions », « L’esprit du bas ». Chaque fois, les textes sont regroupés en ensembles dont la désignation n’est pas faite, volontairement, pour orienter le lecteur, mais participe de l’esprit de la revue ; qu’on en juge : pour le premier numéro, « Boum », « Tilt », « Shebam », « Dring », « Wizzzz », pour le dernier, « fous », « lubriques », « cornards », « bateleurs ». De plus, des poèmes publiés en feuilleton passent dans des rubriques différentes d’un mois à l’autre. »

L’agenda des mots : LA PLUS GRANDE CHASSE AUX LIVRES DE BRUXELLES [18 février – 25 février]

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En 2016, la Foire s’était associée à la Première RTBF et Visit.brussels pour proposer des bibliothèques éphémères dans différents lieux de la capitale. Cette année, nous allons encore plus loin dans notre objectif de démocratisation de la culture avec un projet ludique et familial. Les chasseurs de livres constituent une communauté née sur les réseaux sociaux dans le but d’encourager le partage et la découverte autour de la lecture. Pour cette nouvelle édition, la Foire s’inspire de cette belle initiative pour proposer la plus grande Chasse aux livres de Bruxelles. Plus de 1.000 livres seront cachés entre le 18 et le 25 février dans différents quartiers de la capitale. Chaque jour, des centaines de livres seront donc mis à disposition du public, dès 10h30.

Pour participer, rien de plus simple : il suffit de télécharger l’application de géolocalisation Neareo. Celle-ci vous permettra de trouver l’endroit exact où se trouvent les livres et vous avertit si vous passez près de l’un d’eux.

Plus d’infos: http://flb.be/la-plus-grande-chasse-aux-livres-de-bruxelles/

Facebook: https://www.facebook.com/events/1161466364018648/

Oeuvre (Photographie) :  Mazrie Montard

Inédits (6)… André Stas & Eric Dejaeger – SOrNETS (IX)

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Fort nerveuse, elle attend, pâle, sur le divan,
Rêveuse, hystérique, paranoligophrène,
Edmund aka Sigmund, aux trois quarts schizophrène,
Un géant la poursuit, bâti comme Cravan.

Détends-toi ! Je te prends le surmoi par devant.
Je suis trop pressé à ton avis, hébéphrène !
Ulule tant et plus, il n’est rien qui me phrène,
Ne crains pas de tenter ce trip très captivant.

Gentille montre-toi, qu’à fond je te consulte,
Laisse-moi te fouiller pour qu’après je t’insulte
Ainsi que tous les psys attendant leur cachet.

Caractériel émoi qui tes tripes convulse !
Anorexique, allez, vomis dans ce sachet !
Ne crains rien, fais-moi tout, ton âme se révulse.

©André Stas & Eric Dejaeger (http://courttoujours.hautetfort.com/)
Illustration de Jean-Paul Verstraeten
Extrait de SOrNETS, recueil sextumane en chantier
soRnets (sornet : masculin de sornette, sonnet classique avec acrostiche)

 

Le jazz de Robert Goffin (1) – Sidney Bechet

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Quelle femme fleurit dans les rhododendrons
Sous la pluie aux clairières de Louisiane
Déjà le bruit du vent meurt dans les saxophones
Sous quel baiser nocturne ont noirci les sureaux
Des têtes d’astrakan sentent battre la jungle
Ils portent l’horizon d’un rythme maléfique
Et leurs lèvres sont bleues à force de nuits blanches Lire la suite