Poèmes en partage…

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Jean-Paul Thaulez – Le théorème du pitre (Extraits) [2001]

Clara Tice-Jedna od ilustracija

(Hommage à Jean-Paul Thaulez, auteur belge d’aphorismes décédé au mois de février.)

 

« Dans la cage aux dompteurs, le lion pète d’effroi. »

« La labrador, des labrarêves. »

« J’ai fait mieux qu’Armstrong: j’ai été dans la Lune,
Et j’y ai laissé mon chapeau. » Lire la suite

À propos de…(12) Identité (poème d’Achille Chavée) (Par Robert Delieu)

BELGIUM. Brussels. 1982

 Achille Chavée – Identité

J’étais à ce moment-là au Centre Dramatique de Wallonie et nous avions créé à Binche « La mise à mort » de Gérard Prévost. Après le spectacle, nous sommes rendus dans une friture (nous étions avec quelques copains… Béchet… Prévost était là). Et puis Chavée s’est amené, un peu éméché, il est venu me trouver et m’a dit : «  Delieu, je viens d’écrire un merveilleux poème, tu vas me le lire, je ne sais pas ce qu’il donne ». Il sortit de sa poche une feuille crasseuse, du « papier de beurre »… il y avait griffonné « Identité » en entier, tout le poème. Il était très bouillant, il m’a dit « Allez, lis-moi ce poème, tout de suite, vas-y fonce ». Et puis dans cette friture on a assisté à une chose incroyable…

Imaginez la petite friture binchoise, avec des clients qui se demandaient ce qui se passait. On a assisté à une chose incroyable : voir le poète Chavée qui était là, à côté de Gérard Prévost, de Béchet, des amis qui étaient là, des comédiens, les clients de la friture… tout ce monde s’est tu pendant cinq à six minutes pour écouter ce poème.

Là… là, il s’est passé quelque chose

Robert Delieu, cité dans « Achille Chavée, poète de l’immanence (Arezki Mokrane / 1972)

Achille Chavée – Le grand cardiaque (Extrait) [1969]

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Elle hésite à se poser sur mon épaule ainsi que sur branche de son passé.

Elle hésite à se poser entre mes mains que je dispose en forme de nid de coupe rituelle

Elle choisit enfin de se blottir dans l’ombre de mon cœur, dans ma poitrine de communion dispersée aux quatre vents de l’incommunicable

C’est ainsi que je fus excommunié dans une vie antérieure, à l’époque Ming, au cours de l’une de mes réincarnations.

Et voilà que le poète Louis Scutenaire sort d’un vieux tiroir et me déclare: Achille tu as plus de souvenirs que si tu avais Milan

Je suis confus Je luis souris Je lui tends une main fraternelle

L’aube se lève

TOUR D’HORIZON

Un confetti sur un écueil
un nécromant dans un cercueil
un dromadaire portant le deuil

Un spirochète dans l’artère
un aléa dans le mystère
un autochtone sur ses terres

Une gondole sur un canal
un électron phénoménal
un cri d’oiseau qui me fait mal

Un galopin qui se mutine
un adjudant dans ses sardines
un grand amour qui se débine

Un léopard dans son manteau
un poil de cul sous les ciseaux
un évéché dans le ruisseau

Un aristo à la lanterne
un vieux grognard en sa giberne
un horoscope à la citerne

Un nom pour le calendrier
l’orage dans un encrier
la chute dans un cendrier

Un enfant nu sur une plage
une âme ratant un virage
l’éternité aux seins volages

PEUT-ETRE BIEN

Que ce soit aux frontière indécises et douloureuses
de la banlieue
ou dans le cœur meurtri d’une grande cité
j’aime les palissades tristes
que chaque fois je longe
avec une très étrange angoisse
comme si derrière ces planches de bois pauvre
s’accomplissait toujours quelque mystère

Je crois me souvenir aussi que je suis né
dans un grand terrain vague
palissadé
et c’est peut-être la raison
que de très ancienne mémoire
je me découvre en lui
ému d’être un enfant trouvé
un enfant recueilli dans la rosée
par des mains de miséricorde
par un ange égaré
dans un geste perdu du grand incontrôlable

©Texte : Achille Chavée – Le grand cardiaque [Le Daily Bul // 1969]
net: http://www.dailybulandco.be/
©Photographie : Tessa Angus
net: http://www.tessaangus.com
©Oeuvre : Polly Morgan
net: http://pollymorgan.co.uk/

Achille Chavée – …Quand ayant arraché ses yeux

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« …Quand ayant arraché ses yeux

Les ayant déposés sur la table

On se regarde de l’extérieur

Et que l’on n’a plus d’autres ressources

Que de hausser les épaules

Que de se laisser métamorphoser

En morceau de matière première

Pour que n’importe quoi sous la  main

Se transforme en vous à son tour

En stalactite d’authenticité

En ayant l’air de dire

Vous voyez bien que je suis un peu là

Pour tout échange profitable à nos destins »

©image : Marcel Mariën (Sans titre // vers 1955)