André Stas – Mal nommer les choses… [2019]

Texte écrit pour le colloque « L’art brut existe-t-il? », qui s’est déroulé en mars 2019, à la Maison John et Eugénie Bost et publié dans l’ouvrage collectif « L’art brut existe-t-il? » aux éditions Lienart.

Editions Lienart

Mal nommer les choses…

Dans les Fragments inédits de NIETZSCHE, on découvre cet avis : Ce qu’il y a d’original dans l’homme, c’est qu’il voit une chose que tous ne voient point. Affinant sa réflexion, il y revient dans Le Gai Savoir : Qu’est-ce que l’originalité ? C’est voir quelque chose qui n’a pas encore de nom, qui ne peut encore être nommé, bien que cela soit sous les yeux de tous. Tels sont les hommes habituellement qu’il leur faut d’abord un nom pour qu’une chose leur soit visible. Les originaux ont été le plus souvent ceux qui ont donné des noms aux choses. Comment ne pas penser à ÉLUARD qui par ces mots entama sa préface pour Anciennetés de Saint-Pol-Roux : Par l’honneur qu’il fait aux choses en les nommant, …  ou encore à cette inscription de l’immense Louis SCUTENAIRE : Il faut créer ce qui existe. ? Lire la suite

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Jean Dubuffet – L’art brut préféré aux arts culturels (Extraits)

Miyama

Ça se peut que la position assise de l’intellectuel soit une position coupe-circuit. L’intellectuel opère trop assis : assis à l’école, assis à la conférence, assis au congrès, toujours assis. Assoupi souvent. Mort parfois, assis et mort.

On a longtemps tenu l’intelligence en grande estime. Quand on disait d’un qu’il est intelligent, n’avait-on tout dit ? Maintenant on déchante là dessus, on commence à demander autre chose, les actions de l’intelligence baissent bien. C’est celles de la vitamine qui sont en faveur maintenant. On s’aperçoit que ce qu’on appelait intelligence consistait en un petit savoir faire dans le maniement de certaine algèbre simpliste, fausse, oiseuse, n’ayant rien du tout à voir avec les vraies clairvoyances (les obscurcissant plutôt).

On ne peut pas nier que sur le plan de ces clairvoyances là, l’intellectuel brille assez peu. L’imbécile (celui que l’intellectuel appelle imbécile) y montre beaucoup plus de dispositions. On dirait même que cette clairvoyance les bancs d’école l’éliment en même temps que les culottes. Imbécile ça se peut, mais des étincelles lui sortent de partout comme une peau de chat au lieu que chez monsieur l’agrégé de grammaire pas plus d’étincelles que d’un vieux torchon mouillé, vive plutôt l’imbécile alors ! C’est lui notre homme !

©Texte : Jean Dubuffet – L’art brut préféré aux arts culturels
Photo : Eijiro Miyama

Dessins d’aliéné (Magazine EMPREINTES #10)

L’auteur de ces dessins était interné en 1950 dans un hôpital psychiatrique en Roumanie

Sur quatre pages d’un cahier d’écolier ont été tracés, avec une encre légèrement effacée par le temps, une soixantaine de dessins qui paraissent prisonniers des rayure de la feuille.
La surface du papier quadrillé a été divisée en lignes parallèles qui forment un damier. chacune des cases de ce damier contient un personnage ou un visage.
Les espaces vides étaient sans doute destinés à recevoir des textes

En les agrandissant, on perçoit une écriture. Les dessins semblent constitués par des hiéroglyphes dont le sens nous échappe.

©Texte et images : Magazine Empreintes #10