Claire Mousset – Et je rendais hommage…

amsterdam by jazzberry blues

Et je rendais hommage aux cadastres aux plans
Hommage à ce décor très bleu de mappemonde
Que mesure l’accord chiffré des portulans

L’Atlas soudain s’ouvrait comme une poétique
Où je cherchais perdus dans l’azur stylisé
Les cyclones qui vont leurs démarches épiques

Et je rendais hommage aux branches du compas
Qui dessinent pour moi le ciel géographique
Qui retracent en clair l’horaire migrateur
Des mouettes et des lignes aériennes…
Crépitements… La pluie allait son contrepoint
Quand les moteurs chantaient leur dur travail nocturne
Et le repos dans les clairières balisées
d’Amsterdam. Caracas Fort de France Madrid
Tous les pays mouraient dans cet effort cabré
De avions musclés par la course quand prenait
Le virage sur l’autoroute des grands cercles Lire la suite

Publicités

Fulgurance (13)… Anonyme

dan deseynon

« Le printemps de Belgique ressemble à un risotto trop cuit, mis à refroidir sur le rebord de la fenêtre, et qui aurait fini par chuter dans le cendrier froid du voisin du dessous »

©Illustration : Dan Des Eynon

Deux femmes au bord des mots…

Clara_Tice7

Éliane Polsky – Narcisse

J’ai fait aujourd’hui mes gestes de chatte au soleil
J’ai humé mes cheveux à l’odeur de santal
J’ai souri au miroir
Parce qu’il y avait une mer d’ambre dans mes yeux
et que mes mains étaient légères et nacrées. Lire la suite

Ernest Delève – Insomnie

londres-nuit-vide-01-707x920

La nuit parfois il s’éveille
tout bas l’appelle un poème
qui ne parvient pas à dormir
Dans son oreille il sent l’haleine
qui pour savoir s’il dort soupire
très fort pour l’éveiller s’il dort
et il voit s’ouvrir un sourire
comme une entaille lumineuse
dans un fruit juteux que l’on mord

Je dors dit-il je dors

Mais il ne peut se rendormir

Il se lève et le son de la nuit le surprend
des voix très haut très graves passent
certaines nuits on entend en sourdine des hymnes
de joie qui s’enfle et devient surhumaine
c’est l’homme éperdument qui chante
d’être homme éperdument sans bornes
depuis que la misère le traîne
devant tous les malheurs pour le faire abjurer
mais il rit quand on bénit ses chaînes
il jure et il chante à tue-tête

il chante à tout casser

Il chante à renverser les cierges
à casser les reins de plâtre du christ
à casser les vitraux et les vierges
à casser la voix du curé
à tuer les nonnettes

Il chante à tout casser
à faire sonner la tocsin
tant que les cloches se décrochent
à faire vibrer le béton des prisons
trembler les guichets des banques
à faire tomber l’aumône des mains du riche
à faire tomber les armes des gendarmes
à faire crouler le ciel
devant chaque maison dans chaque poubelle
Chantez avec lui vous qui l’entendez
chantez de tout votre souffle
Sinon tombez avec tout ce qui tombe
ou restez accroché comme un vieux calendrier
au mur moisi d’une maison
en démolition
©Livre : Ernest Delève – Poèmes inédits [Le Taillis Pré // 2003]
©Photographie : Harold Burdekin [London by night 1930]