Ihara Saikaku – Histoire de l’éditeur d’almanachs (Extrait)

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Si claire conscience qu’ils aient de ce que les circonstances ont pour eux de défavorable, les joueurs se taisent quand ils ont perdu; quand elles les ont dépouillés les gens qui s’offrent des courtisanes font bon visage; l’amateur de querelles cache sa défaite; le marchand tient secrètes les pertes que lui valut sa spéculation à la hausse. Toutes ces fâcheuses circonstances reviennent en effet à « fouler de la crotte de chien dans l’obscurité »: on n’en parle pas. Mais, parmi toutes les infortunes, l’inconduite d’une épouse volage est pour un mari trompé la plus pénible. O-San étant morte, la question était réglée. Chez le « daikyöjiya », on agit en conséquence. Bien qu’au souvenir de plusieurs années qu’il avait passées intimement avec elle, sa trahison la lui fit détester, le mari invita les bonzes à célébrer une cérémonie pour le repos de l’âme de la défunte. Hélas! c’est ainsi que les robes choisies par O-San avec un goût raffiné furent offertes au temple de la famille pour devenir bannières ou baldaquins qui flottèrent au vent de l’impermanence, ornements qui devaient évoquer plus encore le regret de la disparue.

©Livre : Ihara Saikaku – Cinq amoureuses [Gallimard // 1987]
©Estampe : Kitagawa Utamaro