Constant Malva à Henry Poulaille

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Flénu, le 28 octobre 1941

Mon cher Poulaille,

Ton petit mot m’a fait plaisir, beaucoup plaisir, d’autant que je ne m’y attendais pas. C’est sans doute Germaine qui t’a prié de me renvoyer le manuscrit. J’habite toujours à la même adresse, quoiqu’il soit fort possible que je change d’ici quelque temps. Il se peut que je sois concierge pour le secrétariat interprofessionnel de l’UTMI. Pour les syndicats, pour être plus clair. Et alors, j’irais sans doute habiter Quaregnon ou Mons. Mais je donnerais mon changement d’adresse. Seulement, je me demande s’il n’est pas risqué de m’envoyer le manuscrit, il ya grande chance qu’il soit retenu à la censure parce que si, dans ce journal de 37 à 38, je me dresse contre l’ordre ancien tout en me bornant qu’à écrire tout à fait objectivement la vérité, il y a cependant des faits ou des réflexions relatées qui ne sont pas conformes au régime actuel. Si tu pouvais m’envoyer cet ouvrage dactylographié, mon Dieu, s’il était perdu, il resterait toujours l’original. Il ne faudrait pas que cet ouvrage fût définitivement perdu car, tu le sais comme moi, c’est un document de valeur sur la vie d’un ouvrier à une époque donnée. J’espérais toujours aller à Paris et le reprendre moi-même mais ce n’est guère possible, pas tant du point de vue financier, mais vu la difficulté d’obtenir un passeport. Gérin, qui est à Bruxelles et que je vois de temps à autre quand il vient voir ses parents, se démène comme il peut pour rentrer à Paris, ne serait-ce que pour aller s’assurer du sort de ses meubles ; il ne parvient pas à obtenir le passeport nécessaire. Lire la suite

En attendant (3)… Les Editions « La Table Ronde »

Doug Headline

Le 26 mars auraient dû paraître les Lettres du mauvais temps de Jean-Patrick Manchette, correspondance inédite riche de plus de deux cents lettres écrites entre 1977 et 1995. L’actualité en a décidé autrement, mais ce livre rejoindra les tables de vos librairies dès que possible.
En attendant, pour vous faire patienter, les éditions « La Table Ronde » ont décidé de nous offrir chaque samedi (sur Facebook) la possibilité de lire une de ces lettres.

 

À Jean Echenoz
Le 13 juillet 1979
Cher Jean Echenoz,
Je veux vous remercier de l’aimable envoi que vous m’avez fait de votre Méridien de Greenwich. Je viens seulement de le lire, parce que j’avais d’abord été rebuté par son appartenance manifeste à la littérature d’Art. Or j’ai passé deux soirées intéressantes, et notamment à rire comme un bossu (cet effet entrait aussi dans vos buts, je n’en doute pas). Je suis d’autre part troublé par la grande similitude de beaucoup de nos intérêts, telle que j’ai pour ainsi dire eu l’impression que j’étais moi-même l’auteur de votre livre dans un univers parallèle. (Je passe sur les détails sauf celui-ci : je travaille depuis un moment à une histoire de tueur, et l’arme personnelle de mon personnage est un Heckler & Koch, cependant qu’une fois ses employeurs lui remettent pour son travail un revolver Rossi.) Je suis curieux de savoir si vous avez ou non écrit votre texte en utilisant un procédé systématique de démarquage d’autres textes, dont certains des miens. J’ai repéré un énoncé : Vous n’êtes pas parent avec un fabricant de cuivres ? (question à Selmer, p.84) qui me rappelle forcément : Vous n’êtes pas parente avec un politicien communiste ? (question à Julie Ballanger dans mon Ô dingos, ô châteaux !), ce qui peut n’être que pur hasard (1). En tout cas l’effet miroir concernant le Heckler & Koch de mon manuscrit est nécessairement du pur hasard. Ce qui ne peut évidemment qu’ajouter à mon inquiétude, surtout après avoir lu ce que vous écrivez du « malheureux hasard » (2). Tout ça est extrêmement hilarant.
Je vous laisse à mon inquiétude et vous adresse mes remerciements et mes compliments.

NOTES :
1. Dans Les Inrockuptibles, en août 1996, Jean Echenoz confirme que le hasard n’est pour rien dans ces échos : « Recevant mon premier livre, dans sa réponse il me suggère aimablement que je pourrais bien lui avoir piqué un plan de dialogue de Ô dingos, ô châteaux !, ce qui est vrai. »
2. Dans Le Méridien de Greenwich, un personnage doit faire face à d’effrayantes coïncidences. Il tente plusieurs fois de se rassurer en appelant le hasard à son secours :
« Certes, l’accumulation de ces hasards convergents avait quelque chose d’accablant, mais de tout cela n’émergeait aucun indice réel du dispositif persécuteur qu’il venait de pressentir, tout pouvait encore être fortuit. Tout pouvait encore être mis sur le compte du malheureux hasard. »

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Alejandra Pizarnik & André Pieyre de Mandiargues – Correspondance Paris-Buenos Aires 1961/1972 (Extraits) [2018]

on-the-clothesline marcel dzama©Marcel Dzama

 

À André Pieyre de Mandiargues
Buenos Aires 4 avril [1964?]

Cher André, pardonnez-moi mon long silence de petit quai abandonné. Je suis à peine de rétour de Miramar, une plage d’ici, où je suis restée presque deux mois (sans rien faire sauf le vélo et le ramassage d’escargots et d’impossibles étoiles de mer mais au soir, sous la néfaste influence de la lune de Miramar qui est toujours jaune, rose ou rouge mais jamais normalement blanche). Je me changeais en fille-louve et le résultat, ce sont 50 poèmes un peu trop forts pour les enfants (j’avais emportée La marée qui est plus admirable chaque fois qu’on la relit). Ici c’est la bourrasque. Je ne fais que revoir des amis qui ne sont pas, malheureusement, des français, puisque toutes les réunions finissent à l’aube (quand la couleur du temps reste trop de temps sur un mur abandonné), et c’est comme ça que mes mains tremblent de dormir peu et j’ai un étrange nuage dans le lieu par où tout le monde pense. Mais j’écris beaucoup, pour n’est pas me laisser dévorer ou pour me visiter ou pour maudire comme je ne le pourrais jamais faire personnellement. Après Paris, Buenos Aires est si laide qu’on ne peut pas le croire. Une Pampa plein d’édifices en forme de caisses. On ne sait pas où abandonner le régard. La nouveauté « littéraire » de la saison c’est sont les prochaines fiançailles de J.L. Borges, qui malgré ses 64 ans devra lutter beaucoup pour obtenir la permission de sa maman. Un fait curieux: l’ancien fiancé de sa fiancée s’est suicidée il y a quelques années après avoir publié un livre sur Borges.

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On numérise bien le passé (3)… La correspondance de Flaubert

Il a fallu cinq années de travail à une trentaine de professeurs de Lettres, dirigés par Danielle Girard et Yvan Leclerc, pour réunir la correspondance de Gustave Flaubert et la mettre en ligne. 4 450 lettres adressées à 272 destinataires dont sa nièce, Caroline, George Sand, Louis Bouilhet, sont en accès libre.

Article de présentation: http://www.relikto.com/4-450-lettres-de-flaubert-ligne/

Pour l’accès à la collection, cliquez ici

 

Escapade littéraire sur le net (4)…

(Quelques sites où je me perds en lecture)

Claude-Guite-Artiste-Peintre-Le-lecteur-0009-WEB

https://leblogdukarrefour.wordpress.com/

https://gazogene.wordpress.com/

http://cahiercritiquedepoesie.fr/

https://lesetatsdudesert.wordpress.com/

https://pardelablog.wordpress.com/

http://caira.over-blog.com/

http://www.deslettres.fr/

http://decadences.net/

©Peinture : Claude Guité
net: http://www.claudeguiteartistepeintre.ca/

Un morceau d’Eros dans mon café (14 février)

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C’était toujours des yeux que sa fièvre montait; elle faisait tanguer en moi les zones de mon enfance, bousculant mes fantômes en les menant à l’air libre, avide de débusquer toutes mes lignes de fond, de démonter mes horloges existentielles afin de saisir l’heure qu’elles taisaient.
En cet après-midi nimbé d’une lumière couleur miel, je me laissais conduire là où la bouche de Chloé m’emmenait. Algèbre en acte, trois variables tatouées au creux du cou; acrobatie digitale; le matin du monde, c’est la signature de Chloé sur mon corps lorsque l’amour, à l’équinoxe de lui-même, se tient dans l’axe du soleil. Tous les siècles respirant entre deux spasmes, Chloé faisait l’amour lieder de Strauss, faisait l’amour corrida des temps solaires et réveillait les déserts où dorment les parchemins des prophètes…

©Livre : Véronique Bergen – Fleuve de cendres
©Image : Picasso [Femme nue couchée]

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Ils burent du thé au salon. Constantin prit la jeune fille sur ses genoux et leurs bouches se joignirent. Il commença à la déshabiller. Ici Ariane opposa une résistance obstinée et ses ongles acérés jouèrent un rôle dans le combat. Il fallut moitié de gré, moitié de force, à coups de prières, à grand renfort d’ingéniosité et de ruse, conquérir l’une après l’autre chaque pièce du vêtement. La blouse légère tomba; les jeunes seins fermes et ronds apparurent sur une poitrine maigre. L’enlèvement de la jupe exigea un temps infini. Constantin en eut raison enfin. Il tenait la jeune fille presque nue dans ses bras.

©Livre : Claude Anet – Arianne, jeune fille russe
©Photographie : Mona Kuhn

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Ensemble

Dans la paume des chemins, dans l’éclatement de l’herbe,
Ton visage tout défait d’aimer

Tes mains au soleil couchant
Pétrissant l’argile, caressant les cous des chiens
Mouillés de la boue des pâturages

Ecoute: le pollen des rochers,
L’abri au fond de la mer.

C’est ta paume qui s’épanouit,
C’est la peau de tes seins
Tendue comme une voile au soleil couchant.

Ecoute encore: ton pollen au pollen des rochers
Se mélange sur met,
Ton ventre amène et retire les marées,
Ton sexe occupe les sables chauds des profondeurs.

©Poème : Eugène Guillevic
©Peinture : Remedios Varo [Los Amantes]

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Le menu que je préfère,
C’est la chair de votre cou,
Tout le restant m’indiffère,
J’ai rendez-vous avec vous !

©Extrait tiré de la chanson « j’ai rendez-vous avec vous » de Georges Brassens
Image : Ingrid Bergman [Casablanca]

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Ma température intérieure, d’un coup, ferait rougir de honte le Vésuve, l’Etna et combien d’autres dragons de lave! Je suis torrents, écumes bouillonnantes, je deviens cascades, déferlantes, je vacille. Mes mains se crispent sur le stylo que j’ai du mal à guider sur la feuille définitivement vierge de toute intelligence. Peu de notes crédibles à transformer en rapport de conférence au programme du travail en cours. Les dérives de l’énergie nucléaire devront attendre que cessent nos dérapages intestins. Aujourd’hui, tout est dans les sens. Tout est « sens dessus », « sens dessous ».

©Extrait tiré de la nouvelle « Les hommes ne viennent pas de Mars » de Sylvie Godefroid parue dans le recueil « Assortiment de crudités »
©Photographie : Alix Cléo Roubaud

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Ma petite Loulou
Ma luciole ma mouche dorée de la Saint Jean
mon éphémère dans ta chair j’ai planté
mes dents d’amoureux
j’ai le goût de la mort en bouche

©Extrait tiré de « Mon terroir c’est les galaxies » de Julos Beaucarne

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Ah! dites-moi, de grâce, veuillez dire,
N’avez-vous pas revue mon adoré?
Celui pour qui je pleure et je soupire,
Ah! dites-moi, l’avez-vous rencontré?
– Quel est celui que tu cherches, ma fille?
Est-ce un Français, un Maure grenadin?
Est-ce un enfant de la libre Castille?
est-ce un courageux paladin?

– Oh! trouvez-moi, trouvez-moi sur la terre
Un chevalier sans reproche et sans peur,
Doux pour sa Dame, invincible à la guerre,
Ne combattant jamais que pour l’honneur,
Loyal amant, à son serment fidèle,
Et généreux, bien que toujours vainqueurs,
Il n’a jamais honoré qu’une belle:
Ah! c’est lui que cherche mon cœur.

©Extrait du poème « La fiancé de Roland » de Julie Hasdeu
Image : Mosaique sur la façade du « Crolux » Complex  [Barlad, Roumanie // 60’s]

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Je pars en permission sans avoir pu écrire aux miens
pour les prévenir de mon arrivée. […]
Personne à la maison. Je me débarbouille.
Ma femme arrive du marché, elle est toute saisie
et pleure de plaisir.

©Texte : Ivan Cassagnau – Ce que chaque jour fait de veuves, journal d’un artilleur 1914-1916

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andre-masson

Spectacle assez éblouissant pour évoquer des choses plus frivoles que solennelles. Il pensa à la soie fraîche et luisante du kimono de Satoko. Avec une clarté immatérielle, il aperçut ses yeux, là dans la lune, ces grands yeux magnifique qu’il avait vu si étonnamment proches, à le troubler. Le vent s’étai tu.
La chaleur brûlante du corps de Kiyoaki ne pouvait s’expliquer seulement par la température de la pièce, et une sorte de fièvre semblait picoter ses oreilles. Il rejeta la couverture et ouvrit le col de sa chemise de nuit. Un feu le brûlait encore en bouillonnant sous la peau et il sentit qu’il ne serait soulagé qu’en ôtant sa chemise, exposant son corps à la fraîcheur du clair de lune. A la fin, las de penser, il se tourna sur le ventre et reposa la tête enfouie dans l’oreiller, son dos nu tourné vers la lune, le sang échauffé battant encore à ses tempes.

©Livre : Yukio Mishima – Neige de printemps
©Image : André Masson

Carte postale (2)… Nismes (Province de Namur) 1927

Chère tante cousine et cousin

A l’occasion de la nouvelle année, je vous présente mes meilleurs souhaits de santé et de bonheur. Ainsi soit-il ! J’espère que vous êtes en bonne santé et que Gaston ne défait plus le lit ou bien « la vengeance de mes oreilles
Amitiés aux autres parents
J’écris à marraine

Bons baisers René

Nimes 1927

Me Mme Waroquet – Bodart
à la
station de Nismes
lez-Mariembourg
province de Namur

 

Carte postale (1)…Ostende 1935

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Chérie (?) je n’ai fait que passer un soir et une nuit à Brux
j’ai passé chez toi tu étais
sortie – dis moi si tu es à
Bruyelles encore car je
r(?) serai peut être par là
si tu y es – à la fin de cette
semaine – écris moi
villa le Pnant (?) 107 digue de mer
chez le …
affectueusement P…(?)