Ilarie Voronca – La confession d’une âme fausse (Extraits) [1943]

Pierre Liebaert (photographe)

Alors que des savants consacrent leur vie aux recherches en vue d’adapter à des humains, aux attrayants aspects, des âmes fortes et saines de bêtes, voici donc qu’il existe des sorciers et des magiciens qui transforment en bêtes des hommes et des femmes jeunes. Supposez que nulle âme pure ne vienne prononcer devant ceux-ci les formules d’anti-magie : ces êtres risquent de finir leur vie sous leur peau d’ânes, de porcs, de chevaux ou de tout autre animal. Ils peuvent avoir des petits qui ne sauront même pas qu’un de leurs parents ou de leurs ancêtres a été un homme ou une femme, condamnés par les maléfices d’une sorcière.
Ainsi, sur la terre, s’il y a des hommes avec des âmes de bêtes (mais ceci grâce aux louables travaux de savants) il y a des bêtes avec des âmes d’hommes. Des malheurs innombrables guettent ceux-ci car ils courent le risque d’être mangés par leur propres frères, les hommes, ou bien d’être soumis à des travaux pénibles, à une existence de privations et de douleurs. Pour une maigre pitance, on peut les faire souffrir car qui se soucierait de la condition de ces pauvres bêtes traînant de lourds chariots dans les mines ou faisant marcher la roue d’un moulin, ou peinant parmi les courroies d’une usine? Il y a, certes, la Société Protectrice des Animaux, qui prend surtout la défense des chiens et des chats, mais ses efforts s’avèrent insuffisants. Peut-être ignore-t-elle même que, parmi ces pauvres bêtes, il y a des homme comme vous et moi.

Lire la suite