Elisabeth de Gramont – Mémoires *** Clair de Lune et Taxi-auto (Extrait) [1932]

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Je voyais souvent Oscar de Lübocz Milosz, poète lithuanien qui écrit en français. Il avait passé son enfance en de vieux châteaux où le temps garde toujours une odeur de moisi, et sa jeunesse dans les universités allemandes et dans les cafés parisiens. Leurs tables de marbre ont coupé les bustes de tant de révolutionnaires et de chefs d’Etat de l’Europe nouvelle ! Au bruit des boules des vieux billards de la rive gauche, des événements formidables furent conçus, et l’atmosphère de Paris entre six et huit heures du soir est une couveuse monstrueuse qui fait éclore parfois des poussins du nom de Lénine ou Trotsky, c’est là que Venitch rêva de la plus grande Serbie et Benesch d’une Tchéco-Slovaquie. Milosz connaissait l’Allemagne, la Russie, cette immense pulpe sans noyau qu’une main vigoureuse peut aisément aplatir et modifier, et il prévoyait presque les événements de 1917. D’après lui, la raison profonde de la guerre de 1914 a été l’anéantissement de ces trois anachronismes : le tzar et les deux empereurs. Lire la suite

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