À propos de…(5) : Henri Heine (Par Stéphanie Chandler)

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Or, c’est dans cette Germanie rajeunie, appelée  à la discipline de la pensée, initiée à la solidité architectural d’un beau poème, qu’apparut l’écrivain le plus tourmenté, le moins accessible au calme de l’esprit et à l’unité des tendances intérieures.

Il ne pouvait suffire à ce poète de vivre dans un monde où la ligne l’emporte sur le coloris et l’abstraction sur la sensation. Possédé par le sens du réel immédiat, du réel douloureux et joyeux tout à la fois. Il ouvrit les yeux au mouvement des choses et aima chercher en dehors de lui ce qui répondit à la trépidation de ses instincts.

Son émotivité, son agitation innée, le mirent en opposition avec tout art instransigeant ou sèchement équilibré. Il n’avait ni le tempérament du conservateur, ni l’âme du courtisan; il sympathisait avec tout ce qui était hardi, frondeur et violent. Les mouvements révolutionnaires, sinon les idées des novateurs, exercèrent sur sa nature instable une attraction décisive. Prix dans le tourbillon de ses impulsions diverses. Il clama sa détresse et se retourna contre lui-même avec une ironie débordante d’amertume.

Poète, la joie de toute harmonie, de toute vie, résonnait en son coeur, et il donna libre cours à sa fantaisie.

« Mon poème est le songe d’une nuit d’été: je l’ai chanté sur les bords de ce beau fleuve où la folie pousse sur de vertes montagnes. C’est moi qui ai chanté le dernier chant dans les livres et printanières forêts du Romantisme. »

Imaginez une nature sceptique, une âme capricieuse mais enivrée d’amour, un être exalté par la souffrance et torturé par le besoin de se donner, et vous verrez devant vous le fantasque, le voluptueux, le tragique, l’insaisissable Henri Heine.

©Livre : Stéphanie Chandler – Henri Heine / Essai anthologique poèmes et citations en version inédite [La maison du poète // 1940]
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